Du vrai dans les faux médiévaux

Les « révolutions de l’écrit » qui culminent sous les Carolingiens et au XIIe siècle ont été accompagnées de bricolages, déviations, manipulations… qui évoquent à certains égards la prolifération des « fake news » à l’ère numérique. Mais des contrôles ont existé et il faut se départir d’une distinction trop rigide entre le vrai et le faux

   Peut-on établir un parallèle entre la viralité du fake en nos temps numériques et la montée en puissance du faux qui accompagna les « révolutions de l’écrit » au Moyen Age ? C’est en tout cas le grand écart que tente Paul Bertrand (Université catholique de Louvain) après avoir analysé une trentaine de cas entre l’Antiquité tardive et la Renaissance [1]. Les exemples que je retiendrai ici concernent plus particulièrement nos régions.

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Des « imprimeresses » au Grand Siècle

Si la transmission des imprimeries est le plus souvent patrilinéaire, des femmes apparaissent régulièrement dans les dossiers joints aux demandes d’autorisation (licences et privilèges) adressées au Conseil privé. En tant qu’héritières, il est admis qu’elles puissent se trouver à la tête de l’entreprise familiale (XVIIe siècle)

   Le rôle des femmes dans les premiers développements de l’histoire du livre est généralement bien documenté. Il n’en va toutefois pas de même pour les transmissions à la tête des entreprises éditoriales, le plus souvent envisagées comme exclusivement patrilinéaires (du père au fils ou au beau-fils). Ce ne fut pourtant pas toujours le cas, comme le montre Heleen Wyffels  (Katholieke Universiteit Leuven) dans un article dérivé de sa thèse de doctorat [1].

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« C’t’avec du vieux qu’on fait du neuf »

Bien avant que Jacques Brel la chante, la maxime était mise en pratique aux temps mérovingiens. Des outils en silex taillés à l’âge néolithique, les hommes faisaient des « pierres à briquet » pour la production du feu. On en a retrouvé notamment dans plus d’un quart des tombes fouillées à Grez-Doiceau et à Pont-à-Celles (Ve-VIIe siècles)

   Pour faire du feu, la pierre à briquet frottée sur un objet métallique fut longtemps la méthode par excellence. Il fallut pour la détrôner l’avènement des allumettes à friction, du briquet à essence ou, dans un autre registre, du fusil à percussion. Ce qu’on ignorait avant que l’archéologie nous le révèle, c’est qu’à certaines époques, les hommes produisirent les indispensables étincelles en réemployant des silex taillés des millénaires auparavant, au néolithique.

   L’étude de cet usage vient d’être enrichie par Michel Fourny (Société royale d’archéologie de Bruxelles) avec cinq collègues, à la suite des fouilles menées dans les nécropoles mérovingiennes de Bossut-Gottechain (section de la commune de Grez-Doiceau) et de Viesville (section de Pont-à-Celles), occupées entre le Ve et le VIIe siècle après J-C [1]. Des silex préhistoriques y ont été mis au jour respectivement dans 108 tombes sur 436 du site brabançon et 50 sur 145 du site hennuyer – des tombes essentiellement masculines. Des compléments d’information ont été apportés par des échantillons issus des fouilles de Ciply (Mons), menées à la fin du XIXe siècle, quand les procédés traditionnels d’inflammation étaient encore très présents dans les mémoires. S’y ajoutait alors la croyance qu’il avait suffi à nos ancêtres de se baisser pour ramasser des artefacts. L’archéologue Louis Leguay, s’adressant en 1870 à la Société d’anthropologie de Paris, n’en doutait, pas: « Aux temps mérovingiens, au Moyen Age, dans tous les pays, chaque homme portait son briquet avec lui, et n’importe où il se trouvait, il se procurait du feu avec le premier silex venu » .

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