Entre Vérone et Liège, la mobilité épiscopale au Xè siècle

En 955, l’évêque Rathier est débarqué de son siège liégeois pour avoir été précédemment à la tête du diocèse vénitien. Les vraies raisons sont davantage politiques, mais en plaidant sa cause, le prélat déchu contribuera à mettre en valeur des sources canoniques qui serviront de base à la levée de l’interdiction de tels transferts (930-974)

  Le 21 septembre 953, le prélat Rathier de Vérone est élu évêque de Liège. L’élévation se fait « en présence du Roi au palais appelé Aix par les représentants appropriés » , écrira-t-il plus tard, précisant qu’il a aussi été nommé « par les évêques, les abbés, les comtes et les chefs du royaume entier » . Le dimanche suivant, l’élection est réitérée en présence notamment de sept confrères évêques. L’archevêque de Cologne Brunon, frère d’Otton Ier, roi de Germanie, a fermement soutenu cette candidature. Et pourtant, au bout de dix-huit mois, Rathier doit abandonner son siège.

   La raison ? Il a porté la mitre en Vénétie et ne peut donc pas faire de même en bord de Meuse. Les transferts de la tête d’un évêché à celle d’un autre ont été, en effet, interdits par le concile de Nicée en 325. Mais cette disposition est elle-même discutée et derrière le motif canonique de l’éjection s’en cachent bien d’autres [1]

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Une noblesse qui ne roulait pas sur l’or

Une charte de 1217 récemment découverte fait état de la cession d’une dîme par le sire de Faing (Falaën, Onhaye) à l’abbaye bénédictine de Brogne. Rien de plus normal pour un impôt en principe ecclésiastique. Mais l’opération reflète aussi les difficultés financières que connaissent les élites aristocratiques de l’époque (XIIIè siècle)

  Un parchemin haut de 11 centimètres, un sceau rond détérioré en cire brune où figurent deux léopards, un contre-sceau (empreinte complémentaire) comportant une sextefeuille (fleur stylisée) ainsi que quatre fleurs de lys dans les espaces intermédiaires… et cette note: « Charta Goberti domini de Byurt de decimis de Maharenne » .

La charte de Gobert de Bioul relative à la dîme de Maharenne. (Source: Archives générales du royaume, Bruxelles, Grand Conseil des Pays-Bas, Appels de Namur, n° 2452, dans n. 1, p. 115)

   Ainsi se présente un acte de 1217 découvert par Marc Ronvaux, président de la Société royale Sambre et Meuse, dans les archives du Grand Conseil de Malines, la juridiction suprême de nos anciens Pays-Bas. Le document était inséré dans le dossier d’un procès opposant, à l’époque moderne, les bénédictins de l’abbaye Saint-Pierre de Brogne (Saint-Gérard, Mettet) aux chanoines de la collégiale Saint-Feuillen de Fosses (Fosses-la-Ville), à propos de l’érection d’une chapelle en église paroissiale. Mais les enseignements qu’on peut tirer de cette pièce oubliée, qui n’avait laissé aucune trace in situ, vont bien au-delà de ce conflit singulier [1].

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Autonomie et souci de l’image dans la ville médiévale

Conçus pour valider les actes par lesquels un pouvoir engage sa responsabilité vis-à-vis de tiers, les sceaux sont révélateurs de la manière, parfois changeante, dont les villes médiévales et modernes se percevaient et voulaient être perçues. Ils ont aussi joué un rôle d’emblème dans la défense des autonomies communales (XIIè-XVè siècles)

Grâce en soit rendue à Hergé, dans les générations qui furent diverties et instruites à la fois par les aventures de Tintin et Milou, on sait depuis son plus jeune âge ce qu’est la sigillographie, spécialité du professeur Halambique dans Le sceptre d’Ottokar (1939). Bien que cette science ait pu paraître improbable à nombre de jeunes lecteurs – combien ont cru qu’elle était sortie de l’imagination du maître de la ligne claire ? – les sceaux, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, ont beaucoup à nous apprendre, notamment sur les villes médiévales et modernes, l’autorité qui s’y exerçait ainsi que la manière dont les collectivités se percevaient et voulaient être perçues.

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Sceau et contre-sceau en argent de la Ville de Bruges en 1304, avec les étuis de cuir originaux. (Source: Stadsarchief Brugge, Hugo Maertens dans « 1302. Le désastre de Courtrai. Mythe et réalité de la bataille des Eperons d’or » , dir. Raoul C. van Caenegem, Anvers, Fonds Mercator, 2002, p. 77)

Un nouvel outil, édité par les Archives générales du royaume, est venu enrichir ce champ de recherche [1]. Consacré au comté de Flandre de la fin du XIIè siècle à la fin du XVè, il couvre pas moins de 63 villes: la densité urbaine constitue bien une des réalités belges les plus prégnantes. Pour chaque commune, les empreintes sont recensées, leur période d’utilisation déterminée, leurs lieux de conservation précisés. Si la fonction du sceau est de valider les actes par lesquels un pouvoir engage sa responsabilité vis-à-vis de tiers, bon nombre des éléments qu’on va y retrouver en font aussi un média avant la lettre, en ce qu’il transmet un message, celui de l’identité juridique et politique de la ville. C’est d’ailleurs par le terme « imago » que furent désignés les cachets quand ils commencèrent à se répandre dans l’Europe du XIè siècle. « Sigillum » n’est apparu que plus tard. Continuer à lire … « Autonomie et souci de l’image dans la ville médiévale »

Sainte Begge n’était pas béguine

Veuve, ayant décidé de se consacrer à Dieu, la fondatrice de l’abbaye d’Andenne, qui fut aussi la grand-mère de Charles Martel, a bénéficié d’un regain de popularité au XVè siècle, quand son nom la fit associer erronément au mouvement des béguinages (VIIè siècle)

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Buste reliquaire de sainte Begge en l’église de Chèvremont. (Source: Yves Sorée, https://www.bibliotheca-andana.be/?page_id=153704)

« Une sainte noble au destin tourmenté et à la descendance royale » : telle fut Begge d’Andenne selon les termes de Sophie Leclère (Université Saint-Louis-Bruxelles) [1]. Et cependant, les médiévistes ne se sont pas bousculés au portillon pour mettre en lumière la fondatrice de l’abbaye de la ville mosane, morte sans doute vers 693. Sa renommée, en fait, n’a guère débordé le cadre local et son dossier hagiographique ne pèse pas bien lourd: un texte, quatre copies, trois miracles. L’historienne a entrepris d’établir une généalogie des sources (stemma codicum) relatives à cette figure inscrite dans un lignage des plus prestigieux: fille du maire du palais d’Austrasie saint Pépin de Landen et mère de son successeur (non immédiat) Pépin le Jeune, dit de Herstal, lui-même père de Charles Martel, futur vainqueur des musulmans dans les environs de Poitiers, et grand-père de Charlemagne. Le royaume mérovingien d’Austrasie s’étend alors sur le nord-est de la Gaule, en ce compris la Belgique contemporaine, avec Metz pour capitale.

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A vos plumes, copistes cisterciens!

Une grande diversité caractérise les cartulaires où étaient transcrits les chartes, titres, bulles… des abbayes de l’ordre né à Cîteau. Ces manuscrits, qui constituaient la mémoire vivante de la communauté, pouvaient avoir une fonction pratique, de défense des intérêts de l’établissement ou de pur prestige (XIIè-XVè siècles)

Dans le dernier tiers du XIXè siècle, l’archiviste et historien Léopold Devillers entreprenait la description analytique de cartulaires et de chartriers du Hainaut. In fine, ce travail d’érudition remplit pas moins de huit volumes, outre un mémoire de plus de 350 pages rien que sur le cartulaire et les archives de l’abbaye d’Aulne (Thuin). C’est assez dire l’importance de ces recueils où étaient transcrits les titres de propriété, les privilèges temporels et plus largement tout ce qui pouvait constituer la mémoire de la communauté monastique.

Nathalie Verpeaux (Université de Namur) s’est livrée pour sa part à l’examen et à la comparaison des copies dues aux cisterciens, sur le territoire de la Région wallonne actuelle, entre le XIIè et le début du XVè siècle [1]. Le choix du cadre tant géographique que chronologique est évidemment arbitraire, l’intérêt de l’exercice étant de pouvoir aborder la question de l’uniformité ou de la diversité des pratiques en cours au sein de l’ordre né à Cîteau, au XIIè siècle, d’une volonté de renouer avec l’austérité première de l’idéal bénédictin.

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Inégalité et fraternité dans les guildes gantoises

A travers l’étude d’un groupe de tisserands et de drapiers dans la capitale du comté de Flandre, il apparaît que la solidarité corporative n’exclut pas l’existence de conflits d’intérêts et, parmi les maîtres, de stratégies visant à élargir leur réseau et renforcer ainsi leur position, tant dans le métier que dans la cité. C’est grave, docteur ? (XIVè siècle)

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Les armes de la guilde des tisserands gantois. (Source: « Wapenen vanden edelen porters van Ghendt alzo zij van hauts tijden in schepenen bouck staen… » , Ghendt, by my Pieter de Keysere, 1524,
https://lib.ugent.be/en/catalog/rug01:000836445 et n. 1, p. 21)

   Conscience de guilde ou conscience de classe ? Dans les villes du comté de Flandre comme dans celles du duché de Brabant ou de la principauté de Liège, les associations constituées autour d’un métier commun sont connues et reconnues pour la fraternité et les protections qu’elles apportèrent à leurs membres au cours de leur longue histoire. Ont-elles pour autant échappé à tout conflit d’intérêts en leur sein ? Evidemment non, vient nous dire Wout Saelens (Universiteit Antwerpen et Vrije Universiteit Brussel) [1]. A travers le cas d’un groupe de tisserands et de drapiers gantois au XIVè siècle, l’historien fait avouer aux sources l’existence et l’importance, entre supérieurs hiérarchiques (ou maîtres), de relations matrimoniales, économiques et/ou amicales étroites et durables. « En fin de compte, ajoute-t-il, de telles stratégies de réseaux ont été des instruments de contrôle de champs cruciaux dans la guilde de métier, la politique urbaine et l’industrie textile » .

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Une tour sur le chemin de la guerre de la Vache

Construite par des bourgeois de Huy dans la seigneurie de Goesnes (Ohey), d’où est partie la guerre de la Vache, la tour-porche de Filée n’a pas pu la connaître. Avec son portail de façade et sa superstructure en colombage et en encorbellement, ce joyau patrimonial rare était plus guerrier d’allure que de fonction (XIIIè-XIVè siècles)

Si le Moyen Age ne fut pas la longue nuit décriée par une historiographie obsolète, il comporte aussi ses zones d’ombre: aucune civilisation en aucune époque n’en est dépourvue. Sans doute convient-il d’y faire figurer la guerre de la Vache (1275-1278), même délestée de ses amplifications légendaires. Des années de ravages à travers tout le Condroz, des dizaines de villages attaqués, des morts par milliers… à la suite du vol d’un bovidé à Ciney (principauté de Liège) et de la pendaison, certes inique au regard de la seule loi du talion, du chapardeur pris sur le fait à Andenne (comté de Namur). Le prétendu casus belli n’a été, bien sûr, qu’un prétexte pour mettre aux prises des voisins rivaux et, à travers eux, quelques grandes puissances de l’époque. Le comte de Flandre, qui a acquis le Namurois, avance ici ses pions de concert avec la France qui inaugure la longue série de ses interventions dans les affaires de l’évêché de Liège. Le comte de Luxembourg est allié de Namur et le duc de Brabant l’est de Liège. C’est finalement le roi Philippe III le Hardi qui impose la paix. Vingt ans plus tard, la guerre des Awans et des Waroux, qui décimera beaucoup plus longuement la Hesbaye, sera du même acabit.

Le paysan qui a payé cher son larcin provient du village de Jallet, relevant de la seigneurie de Goesnes, une partie de la commune d’Ohey aujourd’hui, qui appartient alors à une branche des Beaufort, famille liégeoise de haut rang. Cette terre est devenue du coup un des foyers du conflit fameux où a échoué le droit féodal, le maître des lieux n’acceptant pas que le bailli du Condroz ait fait exécuter un de ses manants. Le règlement final de la querelle, en 1297, consacrera le passage de Goesnes de l’orbite liégeoise à la namuroise. C’est bien assez pour que des étapes oheytoises soient ménagées dans l’actuel circuit touristique de la guerre de la Vache [1].

Y figure notamment la maison forte de Filée, hameau de l’entité, qui a fait partie du système défensif seigneurial avec le castrum (château) de Goesnes et la tour de Hodoumont. Continuer à lire … « Une tour sur le chemin de la guerre de la Vache »

Comte de Luxembourg, roi de Bohême, maître de Lucques…

La carrière européenne de Jean Ier, dit l’Aveugle, est riche en rebondissements et en héroïsme. Mais comme en témoigne un acte nouvellement découvert, dressé au cours d’une campagne italienne des plus mouvementées, la question des moyens matériels n’a cessé de le poursuivre (1333)

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Jean Ier de Luxembourg, dit l’Aveugle, est passé à la postérité comme un guerrier infatigable. (Source: Jean de Gelnhausen, Gelnhausenův kodex, 49v, début du XVè siècle, Státní okresní archiv v Jihlavě (Jihlava), République tchèque, http://www.manuscriptorium.com/apps/index.php?direct=record&pid=AIPDIG-SOAJ__MESTSKASPRAV2CZZRP5-cs)

Fameux curriculum que celui de Jean Ier de Luxembourg, dit l’Aveugle (1296-1346): roi de Bohême en 1310 par son premier mariage, comte de Luxembourg en 1313, roi titulaire de Pologne, fils d’un Empereur germanique, rêvant lui-même en vain d’accéder à ce trône mais parvenant à y faire élire son fils, et mariant sa fille Bonne au futur roi de France Jean II le Bon (leurs noms au moins étaient assortis!). Pour couronner le tout, une fin héroïque à la bataille de Crécy (26 août 1346), que le poète Guillaume de Machaut et le chroniqueur Jean Froissart ont fait entrer dans la légende. Au cours de ce premier grand affrontement franco-anglais de la guerre de Cent Ans, Jean, frappé de cécité depuis 1339, charge sur son cheval lié par la bride à quatre chevaliers de son entourage, lesquels ne pourront empêcher son désarçonnement fatal.

Pour avoir été hors du commun, cette destinée n’a cependant pas échappé aux contingences matérielles, généralement négligées par l’historiographie romantique. Avoir les moyens d’une politique aussi ambitieuse devait fatalement tenir de la gageure. C’est ce qu’éclaire Max Schmitz, docteur des Universités de Louvain (UCL) et d’Erlangen-Nürnberg (FAU), à travers la présentation et l’examen d’une archive passée jusqu’ici sous les radars des chercheurs. Celle-ci ne paye pas vraiment de mine: huit lignes, 23,8 x 15,6 centimètres, avec un grand et un petit trous qui empêchent de restituer le texte entièrement. Et pourtant, la trouvaille « suscite une certaine sensation, bien que modeste » , observe l’historien, dans la mesure où elle apporte de nouveaux éclairages sur « une figure significative du Moyen Age européen, qui en outre fait véritablement figure de symbole pour la population luxembourgeoise » [1]. Car loin de se laisser accaparer par la scène « internationale » (terme anachronique, mais on se comprend), Jean de Luxembourg a œuvré activement pour sa patrie dont il disait qu’elle « lui était la plus douce » : conclusion d’une paix régionale, frappe de monnaies communes avec les princes voisins, création d’une foire annuelle (ancêtre de l’actuelle Schueberfouer), aménagement d’un cordon de villes fortifiées et de châteaux, création de nouveaux sièges de prévôtés (pouvoirs locaux), association progressive des villes au gouvernement du pays… Le bilan n’est pas mince [2].

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De l’enlèvement comme stratégie de mariage

A travers une étude de cas dans le Gand du bas Moyen Age, il apparaît que les enfants n’hésitaient pas à recourir à ce moyen pour contourner la volonté des parents. En matière de patrimoine ou d’héritage et devant la justice, les femmes et les jeunes adultes pouvaient aussi avoir gain de cause (XVè siècle)

Jusqu’à quel point, dans les sociétés d’Ancien Régime, les futurs conjoints se choisissaient-ils ou devaient-ils se ranger à l’avis des parents et aux stratégies d’alliances familiales ? La question a été et demeure amplement débattue entre historiens. Assurément, les père et mère avaient une voix au chapitre importante, parfois exclusive, pour le meilleur ou pour le pire, mais une grande diversité de pratiques et d’usages s’observe selon les régions, les rangs sociaux, les sexes… On s’accorde à estimer que les contraintes étaient généralement moindres dans les groupes moins fortunés ou moins influents, le mariage n’y revêtant pas d’enjeu économique ou politique. Cependant, même les jeunes gens des classes supérieures ne furent pas tous voués à partager le sort des enfants d’Harpagon, l’avare de Molière, promis aux fiancé(e)s les plus improbables pour eux mais les plus profitables pour lui. Comme chez Molière du reste, où Elise et Cléante finissent par avoir gain de cause, les projets des géniteurs ne se réalisaient pas toujours. La littérature regorge d’intrigues inspirées par ces situations conflictuelles. L’Eglise avait pour sa part indiqué de longue date comment les trancher en imposant la condition impérative, rappelée au concile de Trente, du consentement mutuel des époux [1].

A travers une étude de cas située dans le Gand du XVè siècle, Jelle Haemers et Chanelle Delameillieure, de la Katholieke Universiteit te Leuven (KULeuven), apportent un éclairage éloquent sur les moyens mis en œuvre pour rectifier ou contrecarrer au besoin les plans parentaux [2]. Le paterfamilias ici concerné, Simon van Formelis, n’est pas le premier venu. Docteur en droit, juriste et diplomate, appartenant à l’élite du comté, il est président du Conseil de Flandre, la plus haute instance juridique, quand son fils Jan, en 1433, va défrayer la chronique. Il a en effet recours au procédé alors le plus populaire pour surmonter les réticences mises à lui octroyer la main de sa bien-aimée et aimante Gertrude, fille de Jan van Strépy, seigneur d’Oisquercq (Tubize): l’enlèvement. Continuer à lire … « De l’enlèvement comme stratégie de mariage »

Clercs, nobles, villes, franchises…: les représentants politiques sous les ducs de Brabant

Alors que le « parlement » du clergé, de la noblesse et du tiers état devient une puissance avec laquelle il faut compter, les hommes de condition y sont moins présents, les représentants des villes se révélant les plus actifs. La distance par rapport à Bruxelles joue aussi un rôle (XVè siècle)

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Jacob van Abcoude, seigneur de Gaasbeek, n’apparaît pas avec ce titre dans la liste de convocation de 1415. Son auteur savait qu’il n’était pas chevalier. (Source:  vitrail de la cathédrale d’Utrecht, dans Arnoldus Buchelius, « Monumenta passim in templis ac monasteriis Trajectinae urbis atque agri inventa » , manuscrit, 1630, Het Utrechts Archief, HUA [Bibliotheek], XXVII L 1, http://hdl.handle.net/1874/25842; n. 1, p. 25)

Si la fin du Moyen Age est marquée à bien des égards par une tendance lourde à la centralisation princière, on demeure à mille lieues des formes modernes d’absolutisme ou de pouvoir personnel. Le prince n’est pas seul: régulièrement, sa décision sur des matières de première importance est subordonnée à la concertation avec des représentants, sinon du « peuple » comme on l’entendrait de nos jours, du moins des ordres qui composent la société d’Ancien Régime. Dans le duché de Brabant, l’assemblée des « trois états » est dénommée comme telle à partir du XVè siècle, mais la pratique s’est développée dès le XIIIè, à l’initiative tantôt du souverain, tantôt des pouvoirs urbains.

A travers l’étude des listes de convocation à trois de ces réunions brabançonnes (1406, 1415 et 1489) et une aux Etats généraux (1464), listes par ailleurs publiées et assorties de l’identification des invités, Mario Damen, maître de conférences à l’Université d’Amsterdam, apporte de précieux éclairages sur la composition et le fonctionnement de cette instance en même temps qu’un véritable who’s who des personnes qui comptent alors politiquement [1]. Des listes identiques existent ailleurs en Europe. La plus ancienne qui nous soit parvenue est celle des villes de la province pontificale du Patrimoine de Saint-Pierre, datée de 1298. Les sources qui font l’objet du présent travail apparaissent cependant, par comparaison, comme particulièrement riches.

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