Philippe Boesmans, l’homme de toutes les musiques

Marqué à ses débuts par le courant sériel, le compositeur de « La Passion de Gilles » et de « Pinocchio » a évolué vers une écriture plus classique, convaincu qu’il fallait « retrouver la grâce » et s’inspirant librement des styles de n’importe quelle époque. Le tout sans jamais se départir de son sens de l’humour (1960-2022)

   Son décès, le 10 avril 2022 à Bruxelles, mobilisa les médias beaucoup moins que celui du chanteur Arno… treize jours plus tard, ou celui de l’écrivain Hugo Claus quelques années auparavant. Philippe Boesmans fut pourtant une figure majeure de ce qu’il est convenu d’appeler la jeune musique. Le livre que lui consacre le journaliste et pédagogue Camille De Rijck, qui fut son confident, se présente comme un hommage, avec le caractère laudatif qui est la loi du genre [1]. Il n’en est pas moins instructif, après les études musicologiques suscitées par l’œuvre du compositeur et en attendant, le recul aidant, sa biographie scientifique.

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L’inspirante faïence de Bruxelles

Suivant les goûts des collectionneurs de faïences de l’époque, la manufacture de Géo Martel à Desvres (Pas-de-Calais) a produit nombre de pièces inspirées notamment de modèles bruxellois anciens. Il est arrivé que les imitations soient prises pour les originaux ou que ses créations propres soient présumées bruxelloises (1900-1930)

   En présence de deux assiettes de faïence dont le décor vert de cuivre évoque des papillons survolant des herbes, avec les larves ou les chenilles de leur cycle de vie, nul besoin d’être doté un œil expert pour deviner une influence de l’une sur l’autre ou l’existence d’un modèle commun. Dans le cas présent, en effet, l’une provient d’une manufacture de Desvres (Pas-de-Calais), où l’on a imité fidèlement un des motifs les plus caractéristiques de la production bruxelloise du XVIIIe siècle, représentée par l’autre pièce.

   De l’entreprise des actuels Hauts-de-France, Géo Martel et son épouse Marguerite, tous deux artistes peintres, se sont rendus propriétaires en 1900. Pourquoi et comment se sont-ils orientés vers la reproduction d’anciens modèles bruxellois, mais aussi delftois, rouennais, neversois…, généralement conservés dans des musées ? A cette question répond un récent article de Claire Dumortier, conservatrice honoraire des céramiques européennes aux Musées royaux d’art et d’histoire, et Patrick Habets, professeur émérite de mathématiques à l’Université catholique de Louvain, avec la céramique pour violon d’Ingres [1].

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Nos peintres en Espagne, c’était la nouvelle vogue

Après Rogier Van der Weyden, le Maître de la Légende de sainte Catherine est choisi pour orner l’église de la chartreuse de Miraflores où repose Jean II, père d’Isabelle la Catholique. L’œuvre du peintre porte maintes traces de son origine, mais un certain « exotisme septentrional » séduit alors le monde ibérique (XVe siècle)

   Dans les dernières années du XVe siècle, Isabelle Ière la Catholique commande un triptyque représentant les premiers chapitres des Evangiles. La reine de Castille, qui est aussi la protectrice de Christophe Colomb, s’adresse pour cela à un peintre actif à Bruxelles, dont le nom nous demeurera inconnu. On le désigne comme le Maître de la Légende de sainte Catherine, en référence à une de ses œuvres, consacrée à la vie de la patronne des philosophes et des jeunes filles, aujourd’hui conservée aux musées royaux des Beaux-Arts.

   Les panneaux réalisés pour la souveraine espagnole ont été depuis dispersés. L’un d’entre eux, la Fuite en Egypte, exposé depuis 2022 dans la Casa de Colón à Las Palmas, capitale de la Grande Canarie, vient de recevoir de nouveaux éclairages [1].

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Les premières séquences de la bande dessinée

Les publications belges francophones sont marquées par les exemples étrangers, français surtout, parfois repris à l’identique. Le caractère national s’affirme dans le choix des lieux et des sujets. Pour la professionnalisation progressive et l’émergence d’une presse destinée à la jeunesse, il faut attendre le début du XXe siècle (1840-1914)

   C’est aux débuts, encore peu explorés, de la bande dessinée sous nos cieux que Frédéric Pâques a consacré sa thèse de doctorat dont un livre est issu [1]. Le champ précis de sa recherche est la production francophone avant 1914 en Wallonie et à Bruxelles – un cadre géographique à nuancer, les frontières politiques ou culturelles n’étant pas étanches.

   L’auteur est professeur à l’Ecole supérieure des arts (ESA) Saint-Luc (Bruxelles et Liège) ainsi qu’à l’Université de Liège (en 2024). Quantitativement et proportionnellement, les matériaux qu’il a rassemblés situent la Belgique au même rang que les autres pays industrialisés à l’époque. Mais peut-on déjà parler, comme ce sera le cas plus tard, d’une spécificité ou d’une école propres à notre pays ? De toute évidence, ce serait pousser le bouchon trop loin.

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Le bourgeois dans ses meubles

Au salon « féminin », d’inspiration aristocratique française et richement décoré, est fréquemment opposée la salle à manger « masculine », sobre et de style Renaissance. Mais les distinctions ne sont pas aussi nettes en fait. Et si l’offre d’ensembles préconstitués croît, une aspiration à la personnalisation des intérieurs s’affirme aussi (1850-1914)

   En 1850, un demi-million de Belges (10 % de la population) appartiennent à la bourgeoisie, proportion qui ne fera que croître par la suite. Cette montée n’est pas sans influence sur l’offre et la demande pour toute une série de biens, notamment ceux qui touchent à l’aménagement des foyers. Le concept d’ « habitation bourgeoise » se répand d’ailleurs dans les quartiers nouvellement créés au cœur et autour des centres-villes. Il s’agit souvent de  maisons offrant de grands espaces intérieurs, à la manière des hôtels de maître du XVIIIe siècle, mais jouant sur la profondeur plutôt que la largeur.

   Comment les meubler, selon quels goûts, quelles modes, quelle culture de l’intimité ? Bart Nuytinck (Universiteit Gent, Vrije Universiteit Brussel) a pris la question à bras-le-corps dans une étude qui porte sur le segment le mieux nanti de la classe moyenne, entre le milieu du XIXe siècle et la Grande Guerre, le focus étant mis sur ces deux lieux hautement stratégiques que sont le salon et la salle à manger [1].

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L’ambigu « cadeau » de Charles le Téméraire aux Liégeois

Souvent considéré comme un acte de repentance après le saccage de la ville, le don du célèbre reliquaire, grand chef-d’œuvre de l’orfèvrerie du temps, fut plutôt une manière d’affirmer l’emprise du duc de Bourgogne, « gardien et avoué souverain héréditaire » des églises locales et de la principauté (1467-1471)

   Les Liégeois doivent au (trop) hardi successeur de Philippe le Bon d’avoir vu leur ville mise à sac, certes, mais aussi de détenir un des tout grands chefs-d’œuvre d’orfèvrerie du temps. J’ai cité, bien sûr, le reliquaire de Charles le Téméraire, selon l’appellation discutable que l’usage a consacrée. Mais quel sens donner à un « cadeau » offert dans pareil contexte ? Pour prendre à bras-le-corps cette question ouverte depuis cinq siècles et demi, Philippe George, conservateur honoraire du Trésor de Liège (cathédrale) où le joyau est conservé, était des plus idoines [1].

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Les œuvres coulées du bronzier bruxellois

Bronzier et orfèvre au service de Charles de Lorraine, Michel Dewez a notamment travaillé à la salle d’audience et au grand salon du palais du gouverneur général, avant de tomber en disgrâce en même temps que son frère l’architecte Laurent. Rares sont ses œuvres à avoir survécu aux troubles révolutionnaires (1773-1789)

   A Bruxelles au cœur du quartier royal, non loin de la place du même nom, s’élève le palais de Charles de Lorraine, témoin, certes transformé au fil du temps, des plus hauts fastes du XVIIIe siècle. De la salle d’audience aménagée par le gouverneur général des Pays-Bas méridionaux, qui ne put toutefois l’achever, l’historien d’art Reinier Baarsen (Université de Leyde,  Rijksmuseum Amsterdam) écrit qu’elle constitue « une sorte d’apothéose des réalisations des artistes et des artisans » de nos régions à l’époque et même « une des pièces les plus prodigieuses créées en Europe à la fin de l’Ancien Régime » ainsi qu’ « une brillante démonstration des fruits d’un gouvernement bienveillant » .

   Comment, pour parvenir à pareille réussite, se sont noués les rapports entre les métiers de la création et leurs clients ou mécènes des élites dirigeantes ? C’est ce que vient éclairer une étude de cas due à Kevin Brown, « chercheur indépendant » vivant en Ecosse, ce qui n’est pas sans lien avec le sujet [1].

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Du patrimoine flamand réfugié dans un château wallon

De juin 1942 à août 1944, des œuvres et des documents de tout premier plan, appartenant à des musées d’Anvers et de Bruges, ont été mis à l’abri au château de Lavaux-Sainte-Anne. Le jeune expert Herman Bouchery a assuré la garde de ce trésor… à la préservation duquel les Allemands n’étaient pas moins intéressés (1938-1945)

   Au cœur de la plaine famennoise, entouré de douves et d’une nature où s’égaient les daims, le château de Lavaux-Sainte-Anne (Rochefort) élève, en vénérable survivant des siècles ici mélangés, ses tours de pierre médiévales, ses appartements renaissants, sa ferme attenante et son jardin à la française. Mais parce qu’il n’a laissé aucune trace, bien peu de visiteurs du site et des musées qu’il abrite savent ce que fut son rôle très particulier pendant la Seconde Guerre mondiale: un refuge pour des centaines d’œuvres, de manuscrits, d’archives de tout premier plan, mis en caisses et amenés d’Anvers et de Bruges pour attendre des temps meilleurs dans les souterrains et le grand donjon. En Bert Govaerts, cet épisode singulier a trouvé son narrateur [1].

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Du ciseau au barreau: un art pour inspirer les avocats

Comment « L’orateur » du sculpteur symboliste George Minne a pu, au tournant des XIXe et XXe siècles, rendre hommage aux avocats réformistes de l’époque, témoigner de leurs liens avec les artistes et / ou leur rappeler l’importance de l’éloquence persuasive, qui ne s’improvise pas, ainsi que de l’introspection et de la contemplation (1901)

   L’homme est d’âge moyen, élégamment coiffé, vêtu d’une longue robe, les yeux presque clos. Il a une pile de livres à portée de la main. De tout son corps penché, qui forme comme une ligne, il s’appuie par son avant-bras droit et son coude gauche sur un bloc massif qui semble émerger du sol. Tel est L’orateur (De redenaar) de George Minne (1866-1941), une sculpture datée de 1901, de petites dimensions (40,9 x 40,6 x 57,8 cm), dont existent deux versions, une en bronze (musée des Beaux-Arts de Gand) et une en marbre (collection privée).

   Qu’a voulu représenter l’artiste, avec quel éventuel message sous-jacent ? A ces questions, Chiara Logghe (Université de Gand) a entrepris de répondre [1]. Son analyse nous instruit, à bien des égards, sur une époque, un milieu, un moment.   

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Le poète et le peintre au service de la fertilité dynastique

Les tableaux mythologiques de Titien, inspirés d’Ovide et destinés à Philippe II après son mariage avec Marie Tudor, sont animés par la conviction que les effets de l’art s’exercent sur l’imagination, l’âme et le corps. Le peintre a pris en compte la place d’Eros dans un cadre nuptial et l’importance de la beauté pour la fécondité (1550-1575)

   Roi d’Espagne et des conquêtes américaines et asiatiques, seigneur de nos Pays-Bas, régnant également sur le Portugal, Naples et la Sicile, par ailleurs duc de Milan, comte de Bourgogne et de Charolais, sans oublier quelques postes fortifiés en Afrique du Nord, Philippe II fut aussi, par son mariage avec Marie Tudor en 1554, Roi consort d’Angleterre. Cet événement, qui peut nous paraître insolite aujourd’hui, ne pouvait échapper à l’illustre Tiziano Vecellio, Titien en français, peintre de plusieurs cours mais principalement de celle des Habsbourg depuis 1530 environ.

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