Le Congo belge, vivier d’inventeurs

Inspiré de celui de la métropole, le système des brevets a été conçu avec des facilités destinées à attirer les inventeurs et les entrepreneurs étrangers dans la colonie et les territoires sous mandat. Le nombre des Belges bénéficiant de ce monopole d’exploitation n’a dépassé celui des non-Belges qu’en 1922 (1885-1945)

   En pointe dans le système des brevets, la Belgique s’est dotée en 1854 d’une législation adaptée après avoir hérité du régime français. Elle a figuré en outre parmi les premiers signataires, en 1883, de la Convention de Paris pour la protection de la propriété industrielle et, trois ans plus tard, de la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques. Au début du XXe siècle, on décernait chez nous chaque année quelque 5500 titres assurant un monopole temporaire d’exploitation d’une invention. C’était davantage qu’en Allemagne où la moyenne annuelle tournait autour de 5000.

   Un pouvoir d’attraction débordant largement nos frontières explique ce succès auprès des professeurs Tournesol de l’époque. Le Congo léopoldien puis belge a joué à cet égard un rôle majeur, que vient illustrer un article de Véronique Pouillard, docteure en histoire de l’Université libre de Bruxelles et professeure à l’Université d’Oslo [1].

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Un catholicisme en déconstruction

Sa minorisation dans notre société a conduit de nombre d’organismes et de personnalités à s’engager dans la voie du pluralisme ou à chercher des ajustements avec les idéologies dominantes, quitte à se distancier du magistère ecclésial. Mais il y eut aussi, même si elles peinaient à se faire entendre, des voix pour prôner la résistance (1945-)

   D’un rapport d’activités publié en 2023 par l’Eglise de Belgique, il ressort que la moitié de nos compatriotes se déclarent catholiques [1]. Dans les années 1970, selon l’European Value Study, ils représentaient pas loin de trois quarts de la population (72 %). Le même rapport estime à près de 9 % la proportion des Belges qui se rendent au moins une fois par mois à une célébration religieuse. Les sociologues Liliane Voyé et Karel Dobbelare en avaient dénombré moins de la moitié en 2012: seulement 4 % [2].

   Paradoxalement, cette bérézina n’affecte pas ou très peu les principales composantes du pilier catholique – syndicale, mutualiste, scolaire, universitaire… Les chiffres ne peuvent toutefois masquer que le rapport de ces structures à la foi fait l’objet d’interrogations et qu’un pluralisme de fait s’est imposé en leur sein. Même parmi bon nombre de fidèles pratiquants, la prise de distance à l’égard des enseignements du magistère ecclésial, surtout quand ils vont à rebours des idéologies dominantes, a été établie par maintes enquêtes d’opinion. On a pu forger à leur propos le concept de « catholaïques » . C’est principalement à l’étude de ces transformations du paysage religieux que s’est consacrée Cécile Vanderpelen-Diagre, professeur d’histoire contemporaine à l’Université libre de Bruxelles [3].

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Les Belges fauteurs de troubles aux Pays-Bas ?

Attirés par les salaires hollandais, les travailleurs frontaliers ont été souvent montrés du doigt pour avoir instigué des conflits sociaux à l’encontre de la culture du consensus qui prévaut chez nos voisins. Dans la plupart des cas, il ont en fait défendu leurs intérêts spécifiques ou suivi des mouvements décidés par les syndicats nationaux (1960-1980)

   Au tournant des années ’60 et ’70, on compte quelque 25.000 Belges travaillant aux Pays-Bas sans y résider, contre moins de 10.000 en 1960. Cette progression est due en grande partie à l’attractivité des salaires hollandais poussés à la hausse par un marché de l’emploi serré dans le secteur industriel. Avec la crise de 1974 viendra la décrue. Dans les années ’80, il ne restera qu’une fourchette de 14.000 à 16.000 hommes et femmes. Les contingents les plus importants ont été engagés dans des entreprises proches de la frontière: à Eindhoven chez le fabricant d’électronique Philips (2200 en 1962) et les automobiles Daf (1000) ainsi qu’à Maastricht à l’usine de céramique Sphinx (1700), qui constituent le « top trois » .

   Faut-il s’en étonner ? Ces compatriotes franchissant quotidiennement la frontière ont été loués ou dénigrés – selon les points de vue – pour avoir été les instigateurs de nombre de conflits sociaux survenus dans les entreprises néerlandaises où ils pesaient numériquement. Reste à savoir si ce fut à tort ou à raison… Ad Knotter, professeur émérite de l’Université de Maastricht, a pris cette question à bras-le-corps [1].

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L’indépendance et déjà un Nothomb

Luxembourgeois, Jean-Baptiste a dû accepter la perte de l’actuel grand-duché. Unioniste, il a vu l’unionisme voler en éclat. Mais il a laissé sa marque dans la Constitution, pris la mesure de la question sociale et incarné l’esprit européen au milieu des périls. Et puis, quelle étonnante descendance! (1830-1881)

   Il n’a que 25 ans quand il devient, en octobre 1830, secrétaire de la commission chargée de rédiger un projet de Constitution pour la Belgique. Ce n’est là que le premier jalon d’une vie déroulée tout entière au devant de la scène. Député (à partir de 1831), secrétaire général des Affaires étrangères (1831-1836), dans une période périlleuse pour le nouvel Etat, ministre des Travaux publics (1837-1840), à l’origine d’un grand réseau routier et ferroviaire, il sera finalement chef du Cabinet (= Premier ministre) et ministre de l’Intérieur (1841-1845), avant de nous représenter à Berlin jusqu’à sa mort, le tout sans jamais cesser d’être un homme de confiance hautement apprécié de Léopold Ier. Je m’en tiens à l’essentiel.

   Jean-Baptiste Nothomb (1805-1881) méritait donc bien qu’un biographe moderne s’intéresse à lui. C’est un homme politique, François Roelants du Vivier, ancien élu du parti Ecolo, archéologue et historien de l’art de formation, qui s’est attelé à la tâche [1]. Il est aussi descendant en ligne collatérale de son sujet, qui fut en quelque sorte le fondateur d’une très féconde dynastie.

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Le futur Léopold II et la présence chrétienne en Orient

Les voyages de l’héritier du trône en terres alors ottomanes ont des visées avant tout socio-économiques, voire coloniales, mais ses écrits témoignent aussi de son attachement à la cause catholique confrontée à l’islam et plus encore à la concurrence orthodoxe grecque (1854-1864)

   Un séjour à Constantinople pendant près d’un mois en 1860, trois en Egypte, nominalement vassale des Ottomans, entre 1854 et 1864: de toute évidence, l’Orient proche a figuré parmi les destinations privilégiées de celui qui se préparait alors à être le Roi des Belges. En août 1862, à Londres où il s’était rendu pour l’Exposition universelle, le duc de Brabant, alors âgé de 27 ans, précisa dans ses notes personnelles l’objectif de ses nombreux voyages: chercher « des arguments en faveur de ma thèse chérie: le développement honnête de ma patrie par l’acquisition de provinces extérieures. Mon œuvre est civilisatrice, chrétienne et patriotique » .

   Les sources relatives à ces périples, notamment les journaux tenus par le jeune prince, ont été enrichies par la découverte de l’étonnant fonds des frères Goffinet, confidents de nos deux premiers Souverains, acquis en 1993 par la section du patrimoine de la Fondation Roi Baudouin et déposé aux Archives du Palais royal. Ces écrits, avec d’autres émanant de l’entourage, ont permis de mieux cerner l’approche léopoldienne d’un empire des sultans et des vizirs hautement complexe, « homme malade » selon l’expression attribuée au tsar Nicolas Ier, avec sa mosaïque de religions au sein desquelles le maintien d’une présence chrétienne fait à nos yeux figure de défi permanent.

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La crèche entre le drapeau rouge et la croix

Comme la famille, les lieux d’accueil de la petite enfance ont été conçus différemment au sein des « piliers » chrétien et socialiste, le premier privilégiant les gardiennes privées dans un cadre à dimension humaine, le second préférant les puéricultrices diplômées et les structures publiques. Mais les lignes ont bougé avec le temps (1960-1980)

   A partir des années 1960, l’accès croissant des femmes au travail salarié rend criants les besoins en lieux d’accueil pour les enfants en bas âge. Les mouvements féminins tant chrétiens que socialistes – pour s’en tenir aux deux principaux « piliers » – se mobilisent à cette fin, mais pas toujours de la même manière. Les modalités de leur action, ses résultats et les oppositions qu’elle révèle ont fait l’objet d’une étude due à Juliette Masquelier, postdoctorante à l’Université d’Anvers et à l’Université libre de Bruxelles, et Margaux Roberti-Lintermans, titulaire d’un doctorat en histoire à l’Université catholique de Louvain [1].

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Les premières séquences de la bande dessinée

Les publications belges francophones sont marquées par les exemples étrangers, français surtout, parfois repris à l’identique. Le caractère national s’affirme dans le choix des lieux et des sujets. Pour la professionnalisation progressive et l’émergence d’une presse destinée à la jeunesse, il faut attendre le début du XXe siècle (1840-1914)

   C’est aux débuts, encore peu explorés, de la bande dessinée sous nos cieux que Frédéric Pâques a consacré sa thèse de doctorat dont un livre est issu [1]. Le champ précis de sa recherche est la production francophone avant 1914 en Wallonie et à Bruxelles – un cadre géographique à nuancer, les frontières politiques ou culturelles n’étant pas étanches.

   L’auteur est professeur à l’Ecole supérieure des arts (ESA) Saint-Luc (Bruxelles et Liège) ainsi qu’à l’Université de Liège (en 2024). Quantitativement et proportionnellement, les matériaux qu’il a rassemblés situent la Belgique au même rang que les autres pays industrialisés à l’époque. Mais peut-on déjà parler, comme ce sera le cas plus tard, d’une spécificité ou d’une école propres à notre pays ? De toute évidence, ce serait pousser le bouchon trop loin.

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Colonialisme: ne peut-on enquêter qu’à charge ?

Pour les tenants des études « décoloniales », les progrès matériels accomplis au temps de la dépendance ne peuvent être mis à son actif dans la mesure où ils ont visé à asseoir une domination violente ou ont résulté de rapports de force. La question de la frontière entre démarches scientifique et militante est posée (1885-1960)

   Depuis plusieurs années, le passé colonial de la Belgique se trouve au banc des accusés, sous l’influence d’organisations telles que le Collectif mémoire coloniale et lutte contre les discriminations (CMCLD) ou d’universitaires tels que la politologue Nadia Nsayi. Une commission d’enquête parlementaire a rendu des conclusions, saluées ou critiquées selon les points de vue [1], alors que des volontés de « décoloniser l’espace public » ont fait leur chemin dans certaines communes.

   Dans la conception que défendent les activistes, les mobiles civilisateurs invoqués pour justifier notre présence en Afrique ne furent qu’un masque, alors que le système reposait sur la violence et que la modernisation ainsi que l’indépendance promises étaient sans cesse ajournées. Les « plus profonds regrets » exprimés par le Roi, notamment à Kinshasa en juin 2022, sont insuffisants pour les tenants de cette vogue idéelle, qui déplorent l’absence d’excuses en bonne et due forme et la présentation par Philippe de la colonisation comme une première étape, même malheureuse, dans le partenariat entre la Belgique et le Congo.

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Le plastique, c’est aussi du belge

Industrialisée notamment par Leo Baekeland, inventeur de la bakélite, la substance moulable ou modelable s’est répandue comme traînée de poudre à partir de l’Entre-deux-guerres. Prestigieuse naguère, critiquée aujourd’hui, elle est entrée dans le patrimoine et demeure omniprésente (1907-)

   Il suffit de jeter un simple coup d’œil autour de nous, où que nous soyons, pour constater que le plastique est partout. Il est plus difficile d’imaginer le prestige qui entoura, il y a cent ans ou davantage, ce matériau devenu aujourd’hui si commun, voire décrié. De fait, ses effets délétères sur la santé et l’environnement sont régulièrement pointés du doigt. Mais il y a des nuances à apporter au réquisitoire et la consommation de masse est un vaisseau dont la trajectoire ne se modifie pas aisément…

   Publié à l’occasion d’une exposition présentée à l’Industriemuseum de Gand en 2024-2025, un ouvrage collectif fait le point sur la technique et ses principales applications, du A de « automobiel » au Z de « zak » [1]. On y vérifie que la place de notre pays dans cette histoire n’est nullement négligeable.

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L’éternel retour du fisc prodigue

A quelques nuances près selon les périodes, nos contributions ont toujours fonctionné sur des ponctions importantes dans les revenus du travail et le maintien à un niveau bas des prélèvements sur les revenus du capital. Les arguments pour ou contre cette constante reposent sur des grands principes identiques hier et aujourd’hui (1830-1962)

   Les impôts perçus en Belgique sur les revenus du travail figurent parmi les plus élevés du monde. Il n’en va pas de même, c’est le moins qu’on puisse dire, pour les capitaux mobiliers, au point que les fortunes étrangères, notamment françaises, nous jugent particulièrement attractifs. Cette double caractéristique de notre fiscalité remonte loin dans le passé. Elle constitue même une véritable permanence depuis l’indépendance. On le mesure, en même temps que la constance des arguments et des contre-arguments invoqués à son propos, à la lecture de la grande synthèse que Simon Watteyne (Université libre de Bruxelles) a consacrée à cet épineux sujet, de 1830 à la réforme de 1962, base du système toujours en vigueur [1]. Même les contradictions à l’origine du blocage de l’actuel gouvernement fédéral font écho, à bien des égards, aux principes généraux naguère en affrontement.

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