Ennemi du Reich, torturé en Angleterre

Passé en Grande-Bretagne avec des renseignements précieux pour les Alliés obtenus d’Allemands antinazis, l’Anversois Jacques de Duve fut bien mal récompensé. Pris pour un dangereux espion potentiel, il fut emprisonné, mis au secret, brutalisé… Après la guerre, la Justice belge l’a définitivement blanchi (1943-1946)

  Dans le Pas-de-Calais, sur le territoire de la commune d’Helfaut, la base de tir de fusées V2 que firent construire les Allemands dresse toujours vers le ciel sa sombre coupole, forte de cinq mètres d’épaisseur de béton. Si les travaux entrepris ici avaient été menés à terme, c’est par dizaines que le dôme aurait pu cracher ses engins de morts vers l’Angleterre et la Belgique. Le débarquement de Normandie en décida autrement. Le site est aujourd’hui devenu le musée de la Coupole, un centre d’histoire et de mémoire.

  Ce qu’on ne savait pas, jusqu’à récemment, c’est que les Britanniques furent informés par un patriote belge de l’existence de ce chantier entrepris dans le plus grand secret, et ce dès son commencement en 1943. Cet informateur, Jacques  de Duve – frère de Christian, le prix Nobel de médecine –, fut pourtant bien mal récompensé, pour le dire par euphémisme… A partir des papiers de famille ainsi que de recherches menées dans les archives publiques, son beau-fils Charles-Albert de Behault a retracé minutieusement, pas à pas, cette incroyable (més)aventure [1].

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(Vers) L’Avenir: histoire d’un désengagement

Né au lendemain de la Grande Guerre, le quotidien namurois a cessé, à partir de la fin des années ’70, d’être un journal de combat pour le trône et l’autel. Est restée une dimension de proximité, dans les petits comme dans les grands événements, qui en fait à la fois le miroir et le lien d’une province (1918-2018)

   Centenaire depuis 2018, L’Avenir (ex-Vers l’avenir) appartient à cette presse de proximité, provinciale et locale, qui assume d’être la messagère de la petite histoire autant ou davantage que de la grande, des faits divers et du sport, des fêtes populaires et des caprices du temps, des noces d’or et des jubilés sacerdotaux… Une presse où l’avis du garde champêtre d’Hastière importe autant ou davantage que celui de la ménagère de 50 ans dans la sphère des annonceurs télévisuels.

   Dans les rédactions des quality papers – ou qui se croient tels –, il est de bon ton de dauber sur les « chiens écrasés » . Mais témoins et victimes d’un grave accident de la route, par exemple, savent à quel point cet événement « sépare du reste de la population ceux qui sont impliqués » et les place en « un endroit coupé de la réalité habituelle » . Ainsi témoigne François-Xavier Heynen, docteur en philosophie devenu fait-diversier, dans l’ouvrage collectif, associant journalistes et historiens, publié à l’occasion des cent bougies du quotidien namurois [1]. A côté de ce « monde parallèle » où on peut trouver « de l’amitié, une forme de rédemption et du sacré » (p. 123), rien moins, c’est aussi d’être, dans la vie ordinaire, tout à la fois le miroir et le lien d’une collectivité à taille humaine qui confère toute leur importance aux actualités d’une ville et de sa province.

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Etre édité en Tchécoslovaquie communiste

Le contrôle exercé sur les traductions et publications d’auteurs néerlandophones illustre le caractère orwellien d’un monde où le passé est gommé ou réécrit en fonction des décisions du Parti. Sauf pendant le dégel des années ’60, le caractère « rural » d’une œuvre suffit à la faire frapper d’interdit (1948-1989)

   « La littérature est un des plus puissants moyens pour diriger, mener et éduquer le peuple et la nation. Elle est certainement plus efficace que la science, l’école  ou les autres domaines de l’éducation » . Ainsi s’est exprimé Zdeněk Nejedlý, considéré comme le principal idéologue du régime communiste tchécoslovaque, au Congrès des écrivains du 6 mars 1949. Est alors imposée, comme on le sait, la norme du « réalisme socialiste » que le même Nejedlý définit non pas comme un reflet de la réalité mais comme l’évocation « par des procédés artistiques de l’idée de la réalité » . Parmi les effets de l’action des dispositifs de propagande de l’Etat, on observe notamment une prolifération de fictions populaires idéologiquement inoffensives, alors que les ouvrages instructifs se raréfient jusqu’à la pénurie.

   Les livres étrangers sont eux aussi soumis « au système orwellien à l’œuvre derrière l’octroi des permissions de publication » , selon les termes de Wilken Engelbrecht, docteur de l’Université d’Utrecht, professeur aux Universités d’Olomouc (République tchèque) et de Lublin (Pologne). Il est l’auteur d’un gros plan sur le sort réservé dans ce contexte particulier aux littératures néerlandaise et flamande [1]. Un sort tributaire notamment d’une autre des prédilections du pouvoir marxiste-léniniste: celle qui favorise le roman historique, en ce qu’il permet « de lier le combat présent avec la tradition et le passé révolutionnaires du peuple » , dixit Georgi Dimitrov, le leader bulgare qui a été l’agent principal de Staline au sein de la IIIè Internationale. Ainsi, parmi les 186 titres néerlandophones publiés en traduction tchèque entre 1949 et 1989, 50 (27 %) relèvent du genre cher à Alexandre Dumas père. Cette part diminue toutefois dans les années ’70 et ’80: plus que 9 sur 49 (18 %) pendant la période 1980-1989.

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La grève de la faim, signe de débilité mentale ?

Dans les prisons de l’Entre-deux-guerres, les détenus qui y ont recours sont traités comme des cas psychiatriques. Les médecins, parfois, interviennent auprès des autorités en leur faveur. Mais si l’insistance ou les menaces ne suffisent pas à les convaincre de se nourrir de nouveau, on passe presque toujours à l’alimentation forcée (1918-1939)

Quand un groupe de sans-papiers occupant une église entreprend une grève de la faim, il est aussitôt entouré de sympathisants et assuré de recevoir un ample écho médiatique. Tout autre est la situation du prisonnier isolé: la même action le confronte directement à l’autorité, aux structures et à la discipline de l’institution carcérale. On ne badine guère avec ces dernières et dans un passé même relativement proche, l’improbabilité d’obtenir gain de cause par une insoumission nutritionnelle fut plus grande encore. En témoigne le master qu’Ayfer Erkul (Vrije Universiteit Brussel) a consacré à l’ultime recours des détenus protestataires dans la Belgique de l’Entre-deux-guerres [1].

L’historienne s’est plongée d’abord dans la presse de l’époque. Les articles, généralement brefs, consacrés à des internés ayant refusé de s’alimenter précisent fréquemment que ceux-ci ont été transférés vers l’aile psychiatrique de la prison. Ce que vont confirmer les autres sources. « Ce transfert peut être vu comme une mesure pour être débarrassé d’un élément perturbateur » , écrit la chercheuse. Mais joue aussi un contexte bien particulier, qui favorise alors l’idée d’un lien entre inanition volontaire et troubles mentaux. Continuer à lire … « La grève de la faim, signe de débilité mentale ? »

Comme un étranger dans la ville d’Anvers

Jusqu’à la fin du XIXè siècle, de par sa vocation internationale liée à l’activité portuaire, la Métropole est accueillante aux non-Belges et peu encline à mettre en œuvre la politique plus restrictive voulue par le gouvernement. Mais la plupart des arrivants proviennent des pays limitrophes (1830-1880)

Une idée largement partagée veut que l’intégration des migrants ait toujours été problématique, même quand ceux-ci provenaient d’autres pays européens et ne creusaient donc pas un fossé culturel dans leur terre d’élection. Mais les sciences historiques sont le plus souvent rétives aux généralisations. Ainsi ressort-il de la thèse de doctorat d’Ellen Debackere, portant sur la ville d’Anvers au cœur du XIXè siècle, que celle-ci fut alors des plus accueillantes à l’étranger, davantage même que ne le souhaitaient les autorités nationales [1].

Notre très ancienne tradition d’autonomie communale, jointe aux incohérences nombreuses dans les lois, décrets, arrêtés et instructions qui régissaient cette matière, ont favorisé le développement de spécificités locales. Ce fut plus vrai encore dans la cité portuaire, où les relations avec la capitale sont fréquemment à couteaux tirés. « La Ville, souligne la chercheuse, restait le principal acteur avec lequel les étrangers entraient en contact. A partir de cette position privilégiée, elle pouvait ou non être attentive aux directives d’en haut » (p. 24). 156.171 dossiers individuels sont conservés au Stadsarchief pour la période 1840-1914. Ils témoignent en grand nombre d’une latitude certaine et de l’usage qui en a été fait.

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Il y a cent ans, ma tante institutrice

Les arts ménagers, l’hygiène, l’épargne, les travaux agricoles… sont omniprésents dans les leçons d’écolière de Berthe Vaute-Tromont ainsi que dans les cours préparatoires à son futur métier d’enseignante. On y rencontre aussi le traumatisme de la Grande Guerre et un nouveau danger: la grippe (1918-1924)

Ce n’est pas un effet du confinement, mais une heureuse redécouverte s’est imposée à moi en triant et classant mes vieux papiers. Ceux qu’on accumule, dans nos caves ou nos greniers, en croyant – le plus souvent à tort – qu’ils pourraient s’avérer utiles un jour. Il s’agit des écrits d’élève et d’étudiante d’une tante qui fut institutrice à partir des années ’20 du siècle dernier. L’intérêt plus que familial de cette source m’a paru mériter d’y faire ici écho, en dérogeant à la norme qui veut que le présent blog rende compte de travaux aboutis.

Le fonds comprend un « cahier journal » de l’année scolaire 1918-1919, quand la future maîtresse était toujours sur les bancs de l’école, en sixième primaire. S’y ajoutent principalement des dizaines de fiches cartonnées, non lignées et non quadrillées, issues de ses années de formation au métier. On reste admiratif, sachant que tout a été fait à la plume trempée dans l’encre rouge ou noire, par la finesse de l’écriture, qui sait cependant s’épaissir pour les titres, et la qualité des nombreux dessins dont certains, sans doute, devaient être reproduits au tableau. Continuer à lire … « Il y a cent ans, ma tante institutrice »

La Résistance belge dans le brouillard

La petite minorité qui s’y est engagée pouvait être fière du bilan de ses actions. Mais les clivages politiques et linguistiques ainsi que l’absence de coordination à l’échelle nationale ont fait obstacle à son inscription dans la mémoire collective. Deux historiens renommés appellent à la ressortir des oubliettes (1940-1944)

« Le rôle de la Résistance au cours de la Deuxième Guerre mondiale n’est pas ancré dans la mémoire collective des Belges comme il l’est chez leurs voisins français et néerlandais. L’héritage politique et moral de la Résistance est même largement oublié en Belgique » . Les récentes célébrations en mode mineur du septante-cinquième anniversaire de la victoire n’ont pas démenti ce constat dressé avec regret par Bruno De Wever, professeur à l’Université de Gand, et Nico Wouters, responsable du Centre d’études et de documentation Guerre et sociétés contemporaines (CegeSoma) [1].

Pour expliquer pareil déficit de reconnaissance, plusieurs raisons peuvent être invoquées: la superposition des souvenirs des deux conflits mondiaux, avec la mise en valeur prépondérante du rôle des soldats à l’issue du premier; l’éclatement des regards rétrospectifs entre droite et gauche, léopoldistes et antiléopoldistes; la structuration de notre vie politique à partir des années ’60 autour du clivage communautaire, au détriment d’une culture du récit national; le développement à la même époque dans le monde occidental des mouvements contestataires, pacifistes, soixante-huitards… certes antifascistes mais peu sensibles au discours patriotique des associations d’anciens résistants… Une photo, parmi celles qui illustrent l’article des deux historiens, apparaît des plus symptomatiques à cet égard: prise en 1979 au camp de Breendonk, elle montre un vétéran ignorer ostensiblement le militant homosexuel qui tente de lui donner un tract. Ce document nous a rappelé les termes virulents par lesquels l’écrivain et ancien déporté Arthur Haulot s’opposait à l’assimilation des porteurs du triangle rose aux autres victimes du national-socialisme.

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Civilisation, exploitation, exactions…: le Congo léopoldien (2)

La protection des indigènes était inscrite dans la législation de l’Etat indépendant. Mais l’autorité centrale, incapable de contrôler l’ensemble du territoire, n’a pas pu empêcher les abus et les violences d’Européens comme d’Africains. L’unification du pays et l’amorce de son développement n’en sont pas moins l’héritage de cette époque (1885-1908)

Leopold II des Belges
Léopold II souverain absolu du Congo ? En théorie seulement. Sur le terrain, les relais ont largement fait défaut. (Source: Rue des Archives / PVDE, https://www.bridgemanimages.us/en-US/search?filter_text=Leopold%20II&filter_group=all&filter_region=BEL&sort=most_popular)

Le 14 septembre 1908, Albert Lantonnois van Rode, vice-gouverneur général de l’Etat indépendant du Congo (EIC), adresse à Bruxelles une liste des agents contre lesquels une instruction judiciaire a été ouverte. Cela donne, commente-t-il en substance, l’impression que les abus sont devenus bien ordinaires. Les dévoyés sont particulièrement nombreux au Kasaï (Zana Etambala, pp. 114-117) [1].

Dans un ouvrage publié en 1898, le docteur Raymond Rihoux relate les propos d’un chef de poste de l’Etat à Nkutu (district du Lac Léopold-II), lequel s’est vanté, au retour d’une expédition décidée à la suite d’une révolte, d’avoir avec ses meilleurs tireurs tué deux ou trois hommes dans chaque village de la région. Sans faire de blessés: l’ordre a été donné de « viser le cœur »  (Zana Etambala, p. 166).

En 1904, Alfred Scrivener, de la British Baptist Missionary Society, dénonce le travail forcé et le régime de terreur instaurés dans l’actuelle province de Maï Ndombé par le sous-lieutenant de la Force publique (police) Charles Massard. Celui-ci sera poursuivi mais non condamné, faute de preuves diront les uns, ou parce qu’on a voulu éviter le procès d’un système selon les autres (Zana Etambala, pp. 179-185). Dans le contexte des concurrences coloniales et religieuses, un témoignage anglo-saxon et protestant peut certes être sujet à caution. Mais quand le gouverneur général Théophile Wahis interdit les incendies de villages par représailles, il reconnaît à tout le moins qu’ils existent. Et son ordre n’est pas nécessairement suivi partout…

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Civilisation, exploitation, exactions…: le Congo léopoldien (1)

Pour le Roi comme pour ses contemporains, il n’y avait pas de contradiction entre l’élévation des peuples coloniaux et l’enrichissement de la métropole. Mais sur le terrain, on ne peut nier que l’entreprise a dérapé, même si les accusations récurrentes furent au départ étroitement liées aux ambitions britanniques en Afrique centrale (1885-1908)

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Cette superposition de la carte du Congo (frontières en pointillé) sur celle de l’Europe donne une idée de l’immensité du territoire. (Source: n. 2, p. 69)

L’abondante bibliographie de notre histoire coloniale s’est enrichie de trois ouvrages centrés sur la période léopoldienne – la plus controversée, comme on le sait. Signe des temps: deux sont dus à des chercheurs natifs du Congo, dont un y vit. Leurs regards n’en divergent pas moins, exactement comme l’ont fait ou le font toujours ceux des acteurs, des témoins et des experts belges. Le livre de Mathieu Zana Etambala, docteur en histoire (Katholieke Universiteit Leuven), a été entrepris dans le prolongement d’un projet de recherches du Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren [1]. On y trouve brassées amplement les sources relatives aux débuts de la colonisation dans quatre régions tenues pour avoir été durement éprouvées: le royaume Kuba (qui résista longtemps à toute pénétration étrangère blanche ou noire), le Domaine de la  couronne au lac Léopold-II (aujourd’hui Maï Ndombé), la province de l’Equateur et l’Ituri (ou Aruwimi). D’une tout autre tonalité, l’essai de Jean-Pierre Nzeza Kabu Zex-Kongo, chercheur et enseignant, docteur en géographie et pratique du développement, est un véritable plaidoyer pour l’œuvre africaine de notre deuxième souverain, sans pour autant faire l’impasse sur les zones d’ombres [2]. Venu un peu avant les deux précédents, Pierre-Luc Plasman a adapté sa thèse de doctorat, défendue à l’Université catholique de Louvain, en une étude où prévaut la volonté d’équilibrer les points de vue [3].

L’ampleur de ces travaux et du sujet lui-même justifie qu’exceptionnellement, deux articles consécutifs leur seront consacrés. Les trois approches, avec leurs spécificités, sont de celles qui redonnent la priorité à la quête du vrai, trop souvent altéré dans l’opinion commune par la masse des écrits passionnels.
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Le Limbourg avait (trop) bonnes mines

Peu de régions ont connu une mutation aussi accélérée que la Haute Campine après la découverte de ses richesses en charbon. Le paysage porte encore les traces de cette transition du monde rural au monde industriel. Depuis que les puits sont fermés, il faut concilier préservation du patrimoine et redéploiement économique (1901-1992)

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A Winterslag (Genk), le contraste entre l’industrie et le paysage campagnard. (Source: Koen De Langhe, http://www.fotogeniekbelgie.be/beeldbank/landschappen/mijnstreek-winterslag.html)

La Belgique a retiré en juin 2019 la candidature de la Haute Campine au patrimoine mondial de l’Unesco. La décision faisait suite à un avis très critique rendu par le Conseil international des monuments et sites (Icomos), l’organe qui conseille l’institution onusienne. « Le retrait laisse ouverte la possibilité de déposer plus tard une candidature modifiée » , se console Piet Geleyns, acteur de la cause dans le cadre de l’Agentschap Onroerend Erfgoed (Agence du patrimoine immobilier) [1]. Pour le maintien de cette ambition, il y a des atouts, certes, mais aussi bien des handicaps.

Exceptionnelle, de fait, est la transition éclair que connut cette région dès le jour où une prospection, menée par le géologue liégeois André Dumont, professeur à l’Université catholique de Louvain, aboutit à la découverte des premières veines de charbon limbourgeois. C’était en août 1901 à As, à 541 mètres de profondeur. Et sur cette terre austère, peu rentable, de tourbe, de sable et de cailloux, appréciée des peintres paysagistes (l’école de Genk) mais ne pouvant avoir d’agriculture qu’extensive et moutonnière, se mirent à pousser par-dessus les puits les « belles fleurs » à molette répandant leurs odeurs et leurs bruits sous les nuages d’encre. Ce n’est pas un hasard si le botaniste Jean Massart publia à cette époque son ouvrage fondateur Pour la protection de la nature en Belgique. Mais les fermes traditionnelles, les moulins à eau et les villages bucoliques n’avaient pas disparu, créant par endroits des anachronismes saisissants.

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