Premières brèches dans les anciens Pays-Bas

Les révoltes des comtés de Flandre et de Hollande sous la régence de Maximilien de Habsbourg ont en commun le refus de la politique centralisatrice et de l’alourdissement des charges. Mais malgré les liens noués entre leaders, il n’y a pas eu d’unité dans les objectifs ni dans l’action (1482-1492)

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Portrait de l’archiduc Maximilien, tuteur de Philippe le Beau et empereur germanique, par Albrecht Dürer (1519). (Source: Kunsthistorisches Museum Wien, Gemäldegalerie, 825, https://www.khm.at/objektdb/detail/617; n. 1, p. 40)

Les troubles de la seconde moitié du XVIè siècle, qui débouchèrent sur la division des anciens Pays-Bas, ne furent pas sans avant-coureurs. Pour nombre d’historiens, en effet, les mouvements séditieux de l’époque bourguignonne ont anticipé à bien des égards les oppositions à la souveraineté espa- gnole, même si la dimension religieuse en était absente. Tronc commun: le refus de la politique centralisatri- ce. En relançant celle-ci après la mort prématurée de Marie de Bourgogne (1482), son mari l’archiduc Maximilien de Habsbourg, appelé à exercer la régence pour leur jeune fils Philippe le Beau, mit le feu aux poudres, comme le ferait Philippe II quelque quatre-vingts ans plus tard.

Le rôle majeur des opérations de corsaires (les « gueux de la mer » ) rapproche également les deux épisodes, ainsi que la difficulté, pour l’ensemble fédéré par Philippe le Bon, de préserver son unité même dans l’adversité. En revisitant les soulèvements de grande ampleur dont les comtés de Flandre et de Hollande, en particulier, ont été le théâtre au tournant des années 1480 et 1490, Louis Sicking (Université libre d’Amsterdam, Université de Leyde) montre que les apparences et les solidarités de circonstances dissimulaient en réalité bien des brèches et des visées différentes [1]. Continuer à lire … « Premières brèches dans les anciens Pays-Bas »

De l’anarchisme au djihadisme, un même égotisme

Libertaires avant 1914, communistes dans les années ’80, islamistes aujourd’hui, les terroristes inscrivent leur esprit de sacrifice dans un culte du moi tout-puissant. Les facteurs sociaux les motivent peu. Le monde extérieur, perçu comme uniformément hostile, est pour eux condamné par le sens de l’histoire ou par la volonté de Dieu (1880-)

Bruxelles (mai 2014), Paris (janvier et novembre 2015), Saint-Quentin Fallavier (juin 2015), Bruxelles (mars 2016), Saint-Étienne-du-Rouvray et Nice (juillet 2016), Liège (mai 2018)…: ces tragédies ont marqué en Europe la troisième génération du terrorisme islamiste, liée à Daech. Les deux précédentes s’étaient cristallisées autour du conflit afghan (années ’80) et de l’organisation al-Qaida (New York 2001, Madrid 2004, Londres 2005…). Dans la présente séquence, notre pays se trouve, bien malgré lui, en position critique. Outre que l’attentat du Musée juif en 2014 est le premier du Vieux Continent à avoir été diligenté par « l’Etat » islamique, la Belgique globalement a été désignée comme une des plaques tournantes du djihadisme européen.

L’ampleur du phénomène nous incite à la comparaison (ressemblances et différences) avec les autres vagues terroristes survenues sous nos cieux hors des temps de guerre, inspirées successivement par l’anarchisme et par le marxisme-léninisme. La première connut son apogée entre la fin du XIXè siècle et la Première Guerre mondiale. C’est l’époque où l’on pouvait entendre, au cours d’un meeting à Andrimont (Dison) en 1886, un certain Dehan affirmer « qu’il vaut mieux couper une tête que de casser cent carreaux et que même il est préférable d’employer de la dynamite qui se trouve dans nos caves » [1]. Ce n’était pas que paroles en l’air, comme le montrèrent les nombreux passages à l’acte des années 1892-1894, à Liège notamment, inscrits dans une stratégie de propagande par le fait. Si les poseurs de bombes ont opéré chez nous de manière ciblée et non meurtrière, il n’en alla pas de même pour leurs homologues espagnols et français, qui n’hésitaient pas à viser parfois la foule innocente. Continuer à lire … « De l’anarchisme au djihadisme, un même égotisme »

Un terroriste « très convenable » … ? L’attentat contre le prince Humbert

Le 24 octobre 1929, l’activiste socialiste Fernando De Rosa tire sur l’héritier du trône d’Italie, venu à Bruxelles pour ses fiançailles avec la princesse Marie-José, fille du roi Albert et de la reine Elisabeth. D’aucuns excuseront ce geste en invoquant les excès du fascisme, bien que le duce et la monarchie ne fassent pas bon ménage (1929-1930)

Le 24 octobre 1929 paraît au Moniteur l’annonce officielle du futur mariage de la princesse Marie-José, fille de nos souverains, et du prince Humbert, fils de ceux d’Italie. C’est – hasard de l’histoire – la date du krach de Wall Street (le « jeudi noir » ), qui marque le début de la grande crise économique mondiale. Les deux tourtereaux, qui s’apprêtent à échanger leurs promesses à Bruxelles, l’ignorent, comme tout le monde alors. Ils n’imaginent pas davantage que ce jour-là, lui va frôler la mort et elle, une tragique viduité prématurée [1]. Continuer à lire … « Un terroriste « très convenable » … ? L’attentat contre le prince Humbert »

Chasse aux « traîtres » chez les sociaux-chrétiens

L’effacement de Léopold III malgré la majorité qui s’était exprimée en sa faveur a plongé le PSC-CVP dans une crise profonde. Une commission interne fut mise en place pour enquêter sur les responsabilités des ministres et dirigeants secrètement opposés au Roi. Mais le grand coup de balai n’a pas eu lieu (1950)

Placé dans « l’impossibilité de régner » et de rentrer au pays depuis la guerre, Léopold III pourra-t-il revenir et reprendre ses prérogatives constitutionnelles ? Le 12 mars 1950, au cours d’une consultation populaire, 57,68 % des électeurs belges répondent « oui » à la question. Le score varie grandement selon les régions, mais l’Etat étant alors unitaire, il n’existe pas d’obligation de résultat dans chaque groupe linguistique. Le scrutin législatif organisé le 4 juin suivant confirme du reste la tendance en conférant une majorité absolue – la dernière de notre histoire – au Parti social-chrétien – Christelijke Volkspartij (PSC-CVP) , qui s’est officiellement engagé à rendre au Roi sa couronne. Etant la seule des trois formations de pouvoir à défendre cette position, il a accueilli des candidatures et récolté des voix de nombreux léopoldistes appartenant à d’autres courants philosophiques ou politiques. Dès le scrutin suivant, ceux-ci renoueront avec leur famille d’origine ou se rallieront à des listes dissidentes. En ce sens, le très usité slogan « Léopold III roi du PSC » opère sur une vue tronquée.

Et pourtant, c’est sous la responsabilité du gouvernement social-chrétien homogène dirigé par Jean Duvieusart qu’est décidé, les 31 juillet et 1er août, l’effacement du Souverain en faveur du prince héritier. Continuer à lire … « Chasse aux « traîtres » chez les sociaux-chrétiens »

L’âge d’or de la guillotine française

La peine de mort a été plus appliquée sous le régime français que sous l’Ancien Régime ou ultérieurement. Dans le département de la Lys, on compte en moyenne une exécution tous les deux mois pendant cette période, en rupture avec l’abolitionnisme de fait qui prévalait dans nos régions depuis le milieu du XVIIIè siècle (1795-1815)

Le 20 octobre 1796, un an après l’annexion de l’espace belge à la France, la guillotine est mise en service pour la première fois sur la Grand-Place de Bruges, chef-lieu du département de la Lys. Les suppliciés sont deux Français, Jean Pigneron et Placide De Lattre, condamnés notamment pour avoir, avec le chef de bande fugitif François Salembier, tué une aubergiste enceinte, grièvement blessé deux autres personnes et volé argent, bijoux et autres biens, dans un établissement situé sur le chemin de Poperinge à Proven.

Le 28 septembre 1813, la dernière peine de mort sous le régime français dans la future province de Flandre-Occidentale est prononcée à l’encontre de Catherine Le Ducq, une bouchère d’Ypres âgée de 25 ans, convaincue d’avoir empoisonné sa sœur cadette à l’arsenic. Après le rejet de son pourvoi en cassation, elle adresse une demande de grâce à… Guillaume Ier, qui ne règne pas encore en Belgique mais y exerce le gouvernement général au nom des puissances alliées. Le recours est rejeté et l’exécution a lieu le 11 octobre 1815.

Entre ces deux dates, toujours dans le même département, 118 hommes et 12 femmes ont été livrés au bourreau par le tribunal criminel, la cour de justice criminelle (à partir de 1804) et la cour d’assises (à partir de 1811), auxquels s’est ajouté le tribunal criminel spécial (sans jury) mis sur pied par Napoléon. Onze de ces déchus du droit à la vie ont échappé au couperet pour des raisons diverses (un suicide, un décès inexpliqué, une évasion, une contumace, deux grâces impériales, cinq cassations). Des 119 autres résulte une moyenne de près de six exécutions par an – ou une par bimestre –, avec deux années particulièrement « fastes » , 1798 (23) et 1803 (27), parce que deux bandes importantes, celle de Salembier déjà citée et celle de Bakelandt, y sont venues grossir les chiffres. Au recensement manquent en revanche les peines prononcées contre des civils par des tribunaux militaires. Des sources mentionnent bien des cas en terres west-flandriennes, mais les archives qui permettraient de les comptabiliser font défaut.

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Liberté, égalité,… centralité

Sous le régime français ou sous son influence, les Pays-Bas du Sud et du Nord ont connu des évolutions largement convergentes, dans le sens d’un dessaisissement des pouvoirs locaux au profit de l’Etat central. Après Waterloo, cette tendance ne s’est pas réellement inversée (1795-1815)

Entre 1795 et 1815, nos ancêtres ont connu – ou pas – la promulgation de cinq constitutions différentes. Sauf pour la dernière, leur longévité moyenne atteignait donc à peine la durée d’un gouvernement de législature de nos jours. Mais un fil rouge, dont nous dépendons encore dans une large mesure, relie ces textes aussi éphémères dans les faits qu’ils paraissaient sacrés aux yeux de leurs auteurs: c’est celui de l’absorption, progressive ou brutale selon les moments, des pouvoirs locaux par le pouvoir central, déjà amorcée à la fin de l’Ancien Régime, particulièrement sous Joseph II.

Avec le Premier Empire, bien sûr, ce processus culmine. Tout s’y trouve comme manœuvré de haut en bas. Il n’est pas jusqu’à l’Eglise, la famille ou l’école qui ne soient conçues comme autant de rouages de l’administration. Voit-on pour autant l’histoire prendre un cours radicalement différent après Waterloo ? L’étau se desserre à certains égards, certes, mais l’Etat conserve, voire accroît, son emprise à travers les régimes qui se succèdent, en France comme partout où son influence a été déterminante.

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Le culte d’un saint laïque: Francisco Ferrer

Diligenté largement par la franc-maçonnerie, le monument bruxellois de l’anarchiste, pédagogue et libre-penseur espagnol fusillé en 1909 a manifesté dans l’espace public la ferveur d’une partie de la laïcité et de la gauche. Mais d’une partie seulement… (1909-1984)

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Avant de se trouver « chez les siens » , face à l’Université libre de Bruxelles, la statue de Francisco Ferrer a connu quelques pérégrinations. (Source: © SPRB-DMS, Région de Bruxelles-Capitale, 2006, http://www.irismonument.be/fr.Bruxelles_Extension_Sud.Avenue_Franklin_Roosevelt.A004.html)

Pour la plupart de nos compatriotes – et même dans son pays natal –, Francisco Ferrer Guardia est aujourd’hui un illustre inconnu. Grande pourtant est sa présence dans l’odonymie des localités à forte dominante libérale ou socialiste. Pour s’en tenir à une seule région urbaine, nous avons relevé une rue, une avenue ou une place Ferrer dans la moitié des communes de l’arrondissement de Liège (12 sur 24). Et le nombre était bien plus élevé encore avant les fusions de 1977.

A Bruxelles, c’est par un monument fameux qu’est célébrée la mémoire de l’anarchiste, franc-maçon et pédagogue espagnol (1859-1909), fondateur à Barcelone de l’Ecole moderne, « rationnelle et scientifique » , et promoteur d’une « éducation nouvelle » , conformée aux idéaux des socialistes libertaires. L’histoire de cette statue, dressée aujourd’hui face au rectorat de l’Université libre (ULB), a été marquée par bien des aléas. Ils sont retracés dans une étude très détaillée, due à Pol Defosse, professeur honoraire de la même université. La Société royale d’archéologie de la capitale en a assuré la publication [1]. Continuer à lire … « Le culte d’un saint laïque: Francisco Ferrer »

Pas de maison mais un imprimeur pour Fénelon

Non, il n’a pas imaginé « Télémaque » en rêvant dans la forêt boraine du Bois l’Evêque ou dans les bocages de Meslin-l’Evêque. Et il n’y eut pas non plus de résidence. Par contre, c’est très probablement à Bruxelles que fut réalisée la première édition complète et autorisée de son best-seller (1690-1715)

Une très persistante mémoire locale veut qu’un vénérable édifice appelé « la Belle Maison » , qui se dresse à l’orée du bois de Colfontaine à Pâturages, ait été construit ou à tout le moins occupé temporairement par Fénelon, entre les années 1690 et sa mort en 1715. Que le domaine ait aussi reçu le nom de Bois l’Évêque n’a pu que renforcer l’idée d’un lien privilégié avec le prélat et écrivain français. D’aucuns se sont même plu à l’imaginer trouvant, auprès des ruisseaux ou au détour des sentiers bordés de charmes, l’imagination dont naîtrait son Télémaque. Mais il y a de la concurrence: celle notamment du village de Meslin-l’Évêque (Ath), qui affiche lui aussi sa « maison Fénelon » et ses paysages bucoliques, où on ne peut que rêver à l’épopée romanesque du fils d’Ulysse et de Pénélope… Pour l'(les) auteur(s) de l’article consacré à l’archevêque de Cambrai dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia, il n’est pas douteux que « vers 1700, il habita quelque temps en Belgique dans une demeure, longtemps appelée « la Belle Maison » , se trouvant aux limites des communes de Pâturages et d’Eugies, puis il se retira dans son archevêché » [1].

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Selon la légende de cette carte postale datée de la fin du XIXè siècle ou du début du XXè, la maison dite château Fénelon à Meslin-l’Evêque aurait été construite par l’archevêque, mais il est « fort peu probable » qu’il y ait résidé. (Source: Universiteitsbibliotheek Gent, https://lib.ugent.be/en/catalog/rug01:001199148)

Il y a belle lurette, pourtant, que des doutes se sont élevés. Dans le cas de Meslin-l’Evêque, la légende d’une carte postale ici reproduite et datée d’il y a plus d’un siècle nous dit qu’il est « fort peu probable » que le grand homme ait résidé dans sa supposée maison, destinée « probablement » à un régisseur. En 1996, Jean-Marie Cauchies, professeur aujourd’hui émérite de l’Université Saint-Louis (Bruxelles) et de l’Université catholique de Louvain, enfonçait le clou pour de bon: l’origine du toponyme « Bois l’Evêque » est bien antérieure à Fénelon et « la Belle Maison » n’a pas pu être bâtie avant le troisième quart du XVIIIè siècle [2].
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Clercs, nobles, villes, franchises…: les représentants politiques sous les ducs de Brabant

Alors que le « parlement » du clergé, de la noblesse et du tiers état devient une puissance avec laquelle il faut compter, les hommes de condition y sont moins présents, les représentants des villes se révélant les plus actifs. La distance par rapport à Bruxelles joue aussi un rôle (XVè siècle)

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Jacob van Abcoude, seigneur de Gaasbeek, n’apparaît pas avec ce titre dans la liste de convocation de 1415. Son auteur savait qu’il n’était pas chevalier. (Source:  vitrail de la cathédrale d’Utrecht, dans Arnoldus Buchelius, « Monumenta passim in templis ac monasteriis Trajectinae urbis atque agri inventa » , manuscrit, 1630, Het Utrechts Archief, HUA [Bibliotheek], XXVII L 1, http://hdl.handle.net/1874/25842; n. 1, p. 25)

Si la fin du Moyen Age est marquée à bien des égards par une tendance lourde à la centralisation princière, on demeure à mille lieues des formes modernes d’absolutisme ou de pouvoir personnel. Le prince n’est pas seul: régulièrement, sa décision sur des matières de première importance est subordonnée à la concertation avec des représentants, sinon du « peuple » comme on l’entendrait de nos jours, du moins des ordres qui composent la société d’Ancien Régime. Dans le duché de Brabant, l’assemblée des « trois états » est dénommée comme telle à partir du XVè siècle, mais la pratique s’est développée dès le XIIIè, à l’initiative tantôt du souverain, tantôt des pouvoirs urbains.

A travers l’étude des listes de convocation à trois de ces réunions brabançonnes (1406, 1415 et 1489) et une aux Etats généraux (1464), listes par ailleurs publiées et assorties de l’identification des invités, Mario Damen, maître de conférences à l’Université d’Amsterdam, apporte de précieux éclairages sur la composition et le fonctionnement de cette instance en même temps qu’un véritable who’s who des personnes qui comptent alors politiquement [1]. Des listes identiques existent ailleurs en Europe. La plus ancienne qui nous soit parvenue est celle des villes de la province pontificale du Patrimoine de Saint-Pierre, datée de 1298. Les sources qui font l’objet du présent travail apparaissent cependant, par comparaison, comme particulièrement riches.

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Guy de Brès, le ténor tragique du calvinisme

Mort sur le gibet, le pasteur et théologien montois, auteur de la « Confessio Belgica » qui récapitule la foi des réformés des Pays-Bas, coprésida à l’instauration à Valenciennes d’un éphémère régime théocratique sur le modèle de la Genève de Calvin (1547-1567)

Dans la nuit du 1er novembre 1561 à Tournai, un groupe d’hommes s’approche du château du gouverneur de Hainaut. Par-dessus le mur, vers la cour intérieure, ils lancent plusieurs exemplaires d’un livre dont l’auteur, Guy de Brès, fait partie de l’équipée. Objectif: que le roi Philippe II et sa gouvernante aux Pays-Bas Marguerite de Parme en reçoivent un exemplaire. L’ouvrage est intitulé Confession de foy, traduit en latin sous le titre Confessio Belgica. Il se veut un compendium de la foi des réformés, partiellement inspiré de la Confession française dite de La Rochelle. Dans une lettre d’accompagnement, des Tournaisiens gagnés à « la pureté de la doctrine » se plaignent des persécutions subies. « Nos ennemis vous ont rempli les oreilles de tas de faux rapports » , écrivent-ils dans l’espoir d’être lus à l’Escurial.

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La « Confession de foy » ou « Confessio Belgica » dans sa première édition, en 1561 à Rouen et à Lyon. (Source: n. 1, p. 35)

La témérité ne reste pas impunie. Les commissaires envoyés depuis quelque temps par la régente pour sévir contre l’activisme religieux trouvent, dans la paroisse Saint-Brice, la maison du théologien et pasteur en qui beaucoup voient « véritablement le réformateur des provinces des Pays-Bas » [1]. En son absence, ses livres et papiers ont été en partie brûlés par ses amis. Marguerite de Parme ordonnera de faire de même avec ce qui reste. Guy de Brès, pendant ce temps, est allé poursuivre son ministère itinérant à Valenciennes puis à Amiens où il est emprisonné puis libéré. Entre 1563 et 1565, il se met à l’abri à Sedan, protégé par le duc de Bouillon, protestant, dont il devient le chapelain, tout en continuant à militer en divers lieux. Continuer à lire … « Guy de Brès, le ténor tragique du calvinisme »