Le chef de cabinet qui voulait une royauté renforcée

Principal conseiller politique d’Albert Ier et resté en fonction sous Léopold III, Louis Wodon s’est fait le théoricien d’une restauration du pouvoir exécutif, mettant fin aux abus des partis et conférant une position centrale au Souverain, tout en respectant la Constitution de 1831 et les libertés fondamentales (1926-1942)

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Louis Wodon dessiné dans « L’Appréciation » , un périodique économique et financier édité à Schaerbeek, le 1er mars 1933. (Source: n. 1, p. 99)

« Mon cher M. Wodon, je ne puis assez vous dire combien j’apprécie hautement votre concours, la sagesse et la clarté de vos conseils » . Ainsi s’exprime Albert Ier, le 13 août 1933, dans une lettre adressée depuis Lucerne en Suisse à son chef de cabinet. Ce n’est là qu’une des nombreuses marques d’affection du Roi envers celui qui est entré à son service en 1926 et restera en fonction sous son successeur jusqu’à sa pension, en 1938.

Docteur en droit, professeur à l’Université libre de Bruxelles (ULB), directeur de l’école de Commerce Solvay, secrétaire général du ministère des Affaires économiques, Louis Wodon (1868-1946) a certes rejoint le monde des hauts dignitaires de la Cour en affichant une belle palette de compétences. Mais il s’est aussi révélé un prolifique lanceur d’idées, en faveur notamment d’une réforme de l’Etat par laquelle « l’ordre dans le droit » serait restauré et la fonction royale (re)trouverait une place centrale. Ces conceptions ont été exprimées, non sans soulever des vagues, dans une étude publiée en 1942 par la classe des lettres de l’Académie royale. Elles sont surtout détaillées dans de nombreux avis et notes conservés aux Archives du Palais. Ceux-ci constituent les sources principales de l’étude que Linde Declercq (Universiteit Gent) a consacrée à la pensée « wodonienne » [1].

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Contre les Germains, le développement urbain

A partir de 15 avant J-C, les régions de la Gaule conquises par César voient croître cités et chefs-lieux destinés à fortifier l’Empire. La naissance de Tongres, plus vieille ville de Belgique, s’inscrit dans ce contexte où Rome recourt à la coercition tout en optant à terme pour l’autonomie municipale (Ier siècle avant – IVè siècle après J-C)

On situe aux alentours de l’an 10 avant J-C, soit quatre décennies après la conquête de César (57-51), la naissance de Tongres, la plus ancienne de nos villes. Celles-ci ne seront, à vrai dire, pas foisonnantes à l’époque romaine dans l’espace belge actuel. Les plus importantes à côté d’Atuatuca Tungrorum seront Tournai et Arlon, qui s’imposeront plus tardivement par leur marché prospère. Toutes bénéficieront d’une position privilégiée sur les grands axes routiers.

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Reconstitution d’Atuatuca Tungrorum (Tongres) vers 150 après J-C. (Source: © Gallo-Romeins Museum of Tongeren, Ugo Janssens, https://followinghadrianphotography.com/tag/tongres/)

Le contexte général qui a vu émerger la localité hesbignonne peut s’éclairer notamment par l’étude que William Van Andringa (Université de Lille) a consacrée, en confrontant sources écrites et apports archéologiques, à l’avènement de la civilisation municipale et à l’installation des chefs-lieux en Gaule intérieure, processus qui démarre entre 15 et 12 avant J-C, avec en ligne de mire la Germanie à contrôler [1]. Symbole de ce tournant, l’autel du Confluent à Lugdunum (Lyon), où se réunissent une fois par an les représentants des cités des Gallia Celtica, Belgica et Aquitania, a été élevé en 12. Les premières traces d’activités et de constructions à Bagacum (Bavay), capitale des Nerviens qui occupent le Hainaut, le Cambrésis et le Brabant, ont été datées de 10 par les bois (dendrochronologie).

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Donner la Wallonie à la France de Vichy ?

Les archives de Georges Thone, figure influente du mouvement wallon, ont jeté une lumière crue sur les ouvertures faites en faveur du rattachisme au gouvernement du maréchal Pétain. Certains des acteurs de cet épisode ont développé des conceptions racistes ou ethnicistes, allant jusqu’à envisager des transferts de population (1940-1943)

En 1940, il se mettait bien à l’écart de « la tourbe des métèques » . En 1943, il qualifiait de « gangsters » les groupes de résistants armés. Installé à Nice pendant la guerre, il envisageait, dans un rapport de janvier 1941 destiné au gouvernement de Vichy, la possibilité de « régler sur la base du racisme » la question de l’Alsace-Lorraine et celle de la Wallonie… Peu nombreux sont ceux qui le savent et moins nombreux encore ceux qui pourraient l’imaginer: il y a à Liège une rue qui porte le nom de l’auteur de ces propos, l’éditeur et imprimeur Georges Thone (1897-1972).

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Georges Thone: un passé dérangeant que beaucoup ont préféré oublier ou minimiser. (Source: photo Le Grand Liège asbl; n. 1, p. 14)

Ce personnage aussi discret qu’influent apparaît au premier plan dans l’épisode, bien connu des historiens – mais nettement moins du grand public –, des ouvertures faites au gouvernement du maréchal Pétain par des militants du mouvement wallon, tendance rattachiste. En 2004, l’historien Hervé Hasquin (Université libre de Bruxelles), par ailleurs alors ministre-Président de la Communauté française, avait apporté au dossier une étude des plus révélatrices, basée notamment sur des archives inexploitées de Thone que le hasard avait mises en sa possession. C’est peu dire que l’ouvrage, récemment réédité et enrichi [1], a fait réagir. C’est qu’il donnait de l’ampleur à ce qui contredit radicalement un certain récit régional, en montrant que les propensions à la collaboration ou à l’opportunisme dans la défaite n’ont pas été l’apanage des nationalismes du Nord. En a résulté ce que le professeur Hasquin a appelé une omerta, en tout cas dans les milieux « wallingants » , alors que leurs adversaires, après la Libération, n’ont pas manqué de faire des gorges chaudes de ces amours temporaires du Coq hardi et de la Francisque.

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Vivre à la cour de Bruxelles: tout un art

Les cérémoniaux et usages en vigueur dans les cours royales aux temps modernes manifestent l’affirmation de l’Etat . A travers les descriptions dues à Francisco Alonso Lozano se reflètent le prestige de la Maison de Bruxelles et l’ambition du gouverneur général Maximilien-Emmanuel de Bavière d’être souverain à part entière (1692-1712)

Le jour de la fête des apôtres saint Simon et saint Jude (28 octobre), « les premieres vespres sont chantées par un chappelain d’honneur comme aussi la messe accompagné des chevaliers de l’ordre de la Toison d’or, sortant le prince en publicque » . Le jour de la Toussaint, « la messe est chanté en pontifical par un evecque ou prélat. Le prince est present avec les chevaliers de l’ordre de la Toison d’or. L’apres midy vers les trois heures l’on chante les offices de morts. Un chapelain d’honneur faict l’office, mais le prince n’est present » . Le jour de sainte Cécile (22 novembre), « la messe est chanté en pontifical si le prince est invité de l’entendre par les musiciens » . Le jour de sainte Catherine (25 novembre), « le prince sort en publicque pour aller entendre la messe en pontifical a la paroche de la ditte saincte » …

On le voit à travers ces exemples, reproduits dans leur graphie originale: rien n’est laissé au hasard dans les écrits qui consignent les usages en vigueur à la cour de Bruxelles au XVIIè siècle. Et le même soin mis à programmer l’année liturgique est consacré à décrire la bonne marche de la maison royale, la garde des joyaux, les rôles et gages des officiers (détenteurs d’une charge), l’organisation des cuisines ou la tenue des écuries. Les extraits précités proviennent du Plan ou estat de la maison royale dans ces estats de Flandres, dû à Francisco Lozano et à son fils Francisco Alonso Lozano, employé à l’oratoire de la chapelle royale du palais. L’ouvrage résulte d’une élaboration située entre 1692 et 1712, soit les dernières décennies de la souveraineté des Habsbourg d’Espagne, alors représentés sous nos cieux par le gouverneur général Maximilien-Emmanuel de Wittelsbach, électeur et duc de Bavière, qui s’est précédemment illustré à Mohács et à Belgrade contre les Turcs ( « électeur » parce que participant à l’élection de l’Empereur dans le Saint Empire romain germanique). Continuer à lire … « Vivre à la cour de Bruxelles: tout un art »

Premières brèches dans les anciens Pays-Bas

Les révoltes des comtés de Flandre et de Hollande sous la régence de Maximilien de Habsbourg ont en commun le refus de la politique centralisatrice et de l’alourdissement des charges. Mais malgré les liens noués entre leaders, il n’y a pas eu d’unité dans les objectifs ni dans l’action (1482-1492)

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Portrait de l’archiduc Maximilien, tuteur de Philippe le Beau et empereur germanique, par Albrecht Dürer (1519). (Source: Kunsthistorisches Museum Wien, Gemäldegalerie, 825, https://www.khm.at/objektdb/detail/617; n. 1, p. 40)

Les troubles de la seconde moitié du XVIè siècle, qui débouchèrent sur la division des anciens Pays-Bas, ne furent pas sans avant-coureurs. Pour nombre d’historiens, en effet, les mouvements séditieux de l’époque bourguignonne ont anticipé à bien des égards les oppositions à la souveraineté espa- gnole, même si la dimension religieuse en était absente. Tronc commun: le refus de la politique centralisatri- ce. En relançant celle-ci après la mort prématurée de Marie de Bourgogne (1482), son mari l’archiduc Maximilien de Habsbourg, appelé à exercer la régence pour leur jeune fils Philippe le Beau, mit le feu aux poudres, comme le ferait Philippe II quelque quatre-vingts ans plus tard.

Le rôle majeur des opérations de corsaires (les « gueux de la mer » ) rapproche également les deux épisodes, ainsi que la difficulté, pour l’ensemble fédéré par Philippe le Bon, de préserver son unité même dans l’adversité. En revisitant les soulèvements de grande ampleur dont les comtés de Flandre et de Hollande, en particulier, ont été le théâtre au tournant des années 1480 et 1490, Louis Sicking (Université libre d’Amsterdam, Université de Leyde) montre que les apparences et les solidarités de circonstances dissimulaient en réalité bien des brèches et des visées différentes [1]. Continuer à lire … « Premières brèches dans les anciens Pays-Bas »

De l’anarchisme au djihadisme, un même égotisme

Libertaires avant 1914, communistes dans les années ’80, islamistes aujourd’hui, les terroristes inscrivent leur esprit de sacrifice dans un culte du moi tout-puissant. Les facteurs sociaux les motivent peu. Le monde extérieur, perçu comme uniformément hostile, est pour eux condamné par le sens de l’histoire ou par la volonté de Dieu (1880-)

Bruxelles (mai 2014), Paris (janvier et novembre 2015), Saint-Quentin Fallavier (juin 2015), Bruxelles (mars 2016), Saint-Étienne-du-Rouvray et Nice (juillet 2016), Liège (mai 2018)…: ces tragédies ont marqué en Europe la troisième génération du terrorisme islamiste, liée à Daech. Les deux précédentes s’étaient cristallisées autour du conflit afghan (années ’80) et de l’organisation al-Qaida (New York 2001, Madrid 2004, Londres 2005…). Dans la présente séquence, notre pays se trouve, bien malgré lui, en position critique. Outre que l’attentat du Musée juif en 2014 est le premier du Vieux Continent à avoir été diligenté par « l’Etat » islamique, la Belgique globalement a été désignée comme une des plaques tournantes du djihadisme européen.

L’ampleur du phénomène nous incite à la comparaison (ressemblances et différences) avec les autres vagues terroristes survenues sous nos cieux hors des temps de guerre, inspirées successivement par l’anarchisme et par le marxisme-léninisme. La première connut son apogée entre la fin du XIXè siècle et la Première Guerre mondiale. C’est l’époque où l’on pouvait entendre, au cours d’un meeting à Andrimont (Dison) en 1886, un certain Dehan affirmer « qu’il vaut mieux couper une tête que de casser cent carreaux et que même il est préférable d’employer de la dynamite qui se trouve dans nos caves » [1]. Ce n’était pas que paroles en l’air, comme le montrèrent les nombreux passages à l’acte des années 1892-1894, à Liège notamment, inscrits dans une stratégie de propagande par le fait. Si les poseurs de bombes ont opéré chez nous de manière ciblée et non meurtrière, il n’en alla pas de même pour leurs homologues espagnols et français, qui n’hésitaient pas à viser parfois la foule innocente. Continuer à lire … « De l’anarchisme au djihadisme, un même égotisme »

Un terroriste « très convenable » … ? L’attentat contre le prince Humbert

Le 24 octobre 1929, l’activiste socialiste Fernando De Rosa tire sur l’héritier du trône d’Italie, venu à Bruxelles pour ses fiançailles avec la princesse Marie-José, fille du roi Albert et de la reine Elisabeth. D’aucuns excuseront ce geste en invoquant les excès du fascisme, bien que le duce et la monarchie ne fassent pas bon ménage (1929-1930)

Le 24 octobre 1929 paraît au Moniteur l’annonce officielle du futur mariage de la princesse Marie-José, fille de nos souverains, et du prince Humbert, fils de ceux d’Italie. C’est – hasard de l’histoire – la date du krach de Wall Street (le « jeudi noir » ), qui marque le début de la grande crise économique mondiale. Les deux tourtereaux, qui s’apprêtent à échanger leurs promesses à Bruxelles, l’ignorent, comme tout le monde alors. Ils n’imaginent pas davantage que ce jour-là, lui va frôler la mort et elle, une tragique viduité prématurée [1]. Continuer à lire … « Un terroriste « très convenable » … ? L’attentat contre le prince Humbert »

Chasse aux « traîtres » chez les sociaux-chrétiens

L’effacement de Léopold III malgré la majorité qui s’était exprimée en sa faveur a plongé le PSC-CVP dans une crise profonde. Une commission interne fut mise en place pour enquêter sur les responsabilités des ministres et dirigeants secrètement opposés au Roi. Mais le grand coup de balai n’a pas eu lieu (1950)

Placé dans « l’impossibilité de régner » et de rentrer au pays depuis la guerre, Léopold III pourra-t-il revenir et reprendre ses prérogatives constitutionnelles ? Le 12 mars 1950, au cours d’une consultation populaire, 57,68 % des électeurs belges répondent « oui » à la question. Le score varie grandement selon les régions, mais l’Etat étant alors unitaire, il n’existe pas d’obligation de résultat dans chaque groupe linguistique. Le scrutin législatif organisé le 4 juin suivant confirme du reste la tendance en conférant une majorité absolue – la dernière de notre histoire – au Parti social-chrétien – Christelijke Volkspartij (PSC-CVP) , qui s’est officiellement engagé à rendre au Roi sa couronne. Etant la seule des trois formations de pouvoir à défendre cette position, il a accueilli des candidatures et récolté des voix de nombreux léopoldistes appartenant à d’autres courants philosophiques ou politiques. Dès le scrutin suivant, ceux-ci renoueront avec leur famille d’origine ou se rallieront à des listes dissidentes. En ce sens, le très usité slogan « Léopold III roi du PSC » opère sur une vue tronquée.

Et pourtant, c’est sous la responsabilité du gouvernement social-chrétien homogène dirigé par Jean Duvieusart qu’est décidé, les 31 juillet et 1er août, l’effacement du Souverain en faveur du prince héritier. Continuer à lire … « Chasse aux « traîtres » chez les sociaux-chrétiens »

L’âge d’or de la guillotine française

La peine de mort a été plus appliquée sous le régime français que sous l’Ancien Régime ou ultérieurement. Dans le département de la Lys, on compte en moyenne une exécution tous les deux mois pendant cette période, en rupture avec l’abolitionnisme de fait qui prévalait dans nos régions depuis le milieu du XVIIIè siècle (1795-1815)

Le 20 octobre 1796, un an après l’annexion de l’espace belge à la France, la guillotine est mise en service pour la première fois sur la Grand-Place de Bruges, chef-lieu du département de la Lys. Les suppliciés sont deux Français, Jean Pigneron et Placide De Lattre, condamnés notamment pour avoir, avec le chef de bande fugitif François Salembier, tué une aubergiste enceinte, grièvement blessé deux autres personnes et volé argent, bijoux et autres biens, dans un établissement situé sur le chemin de Poperinge à Proven.

Le 28 septembre 1813, la dernière peine de mort sous le régime français dans la future province de Flandre-Occidentale est prononcée à l’encontre de Catherine Le Ducq, une bouchère d’Ypres âgée de 25 ans, convaincue d’avoir empoisonné sa sœur cadette à l’arsenic. Après le rejet de son pourvoi en cassation, elle adresse une demande de grâce à… Guillaume Ier, qui ne règne pas encore en Belgique mais y exerce le gouvernement général au nom des puissances alliées. Le recours est rejeté et l’exécution a lieu le 11 octobre 1815.

Entre ces deux dates, toujours dans le même département, 118 hommes et 12 femmes ont été livrés au bourreau par le tribunal criminel, la cour de justice criminelle (à partir de 1804) et la cour d’assises (à partir de 1811), auxquels s’est ajouté le tribunal criminel spécial (sans jury) mis sur pied par Napoléon. Onze de ces déchus du droit à la vie ont échappé au couperet pour des raisons diverses (un suicide, un décès inexpliqué, une évasion, une contumace, deux grâces impériales, cinq cassations). Des 119 autres résulte une moyenne de près de six exécutions par an – ou une par bimestre –, avec deux années particulièrement « fastes » , 1798 (23) et 1803 (27), parce que deux bandes importantes, celle de Salembier déjà citée et celle de Bakelandt, y sont venues grossir les chiffres. Au recensement manquent en revanche les peines prononcées contre des civils par des tribunaux militaires. Des sources mentionnent bien des cas en terres west-flandriennes, mais les archives qui permettraient de les comptabiliser font défaut.

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Liberté, égalité,… centralité

Sous le régime français ou sous son influence, les Pays-Bas du Sud et du Nord ont connu des évolutions largement convergentes, dans le sens d’un dessaisissement des pouvoirs locaux au profit de l’Etat central. Après Waterloo, cette tendance ne s’est pas réellement inversée (1795-1815)

Entre 1795 et 1815, nos ancêtres ont connu – ou pas – la promulgation de cinq constitutions différentes. Sauf pour la dernière, leur longévité moyenne atteignait donc à peine la durée d’un gouvernement de législature de nos jours. Mais un fil rouge, dont nous dépendons encore dans une large mesure, relie ces textes aussi éphémères dans les faits qu’ils paraissaient sacrés aux yeux de leurs auteurs: c’est celui de l’absorption, progressive ou brutale selon les moments, des pouvoirs locaux par le pouvoir central, déjà amorcée à la fin de l’Ancien Régime, particulièrement sous Joseph II.

Avec le Premier Empire, bien sûr, ce processus culmine. Tout s’y trouve comme manœuvré de haut en bas. Il n’est pas jusqu’à l’Eglise, la famille ou l’école qui ne soient conçues comme autant de rouages de l’administration. Voit-on pour autant l’histoire prendre un cours radicalement différent après Waterloo ? L’étau se desserre à certains égards, certes, mais l’Etat conserve, voire accroît, son emprise à travers les régimes qui se succèdent, en France comme partout où son influence a été déterminante.

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