Bruegel, témoin du refroidissement climatique

Ses paysages d’hiver brabançons sont bien un reflet du Petit Age glaciaire, mais l’accent mis sur les aspects poétiques et ludiques de la neige et du gel correspond au regard de commanditaires citadins qui ne souffraient pas des rigueurs du temps. Les sujets greffés révèlent aussi l’intention morale et spirituelle de l’artiste (1563-1566)

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Le « Paysage d’hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux » de Pieter Bruegel l’Ancien (huile sur bois, 37 x 55,5 cm, 1565): une vision qui n’est pas que ludique. (Source: musée royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 8724; n. 1 pp. 54-55)

Spectaculaires ont été les progrès de la recherche en histoire climatique ces dernières décennies. On sait aujourd’hui qu’après une période médiévale globalement chaude, particulièrement du Xè au XIIIè siècle, le décor change à partir du XIVème: on entre alors dans ce qu’il est convenu d’appeler le Petit Age glaciaire, qui durera jusqu’au milieu du XIXè siècle. Bien entendu, il s’agit là de moyennes, n’excluant pas des variations régionales et saisonnières considérables. Même la tendance générale peut connaître des hauts et des bas. C’est le cas pour un réchauffement sensible intervenu entre 1450 et 1550. La relance du froid qui a suivi cette phase retiendra ici notre attention, car c’est d’elle que sont demeurées emblématiques les célèbres scènes d’hiver de Pieter Bruegel dit l’Ancien. Leur contexte, leur contenu et leur interprétation ont fait l’objet, à l’occasion du 450è anniversaire de la mort du peintre flamand (1569), d’un ouvrage collectif des plus exhaustifs, dirigé par Tine Luk Meganck et Sabine van Sprang, spécialistes attachées aux musées royaux des Beaux-Arts de Belgique [1]. Continuer à lire … « Bruegel, témoin du refroidissement climatique »

Comte de Luxembourg, roi de Bohême, maître de Lucques…

La carrière européenne de Jean Ier, dit l’Aveugle, est riche en rebondissements et en héroïsme. Mais comme en témoigne un acte nouvellement découvert, dressé au cours d’une campagne italienne des plus mouvementées, la question des moyens matériels n’a cessé de le poursuivre (1333)

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Jean Ier de Luxembourg, dit l’Aveugle, est passé à la postérité comme un guerrier infatigable. (Source: Jean de Gelnhausen, Gelnhausenův kodex, 49v, début du XVè siècle, Státní okresní archiv v Jihlavě (Jihlava), République tchèque, http://www.manuscriptorium.com/apps/index.php?direct=record&pid=AIPDIG-SOAJ__MESTSKASPRAV2CZZRP5-cs)

Fameux curriculum que celui de Jean Ier de Luxembourg, dit l’Aveugle (1296-1346): roi de Bohême en 1310 par son premier mariage, comte de Luxembourg en 1313, roi titulaire de Pologne, fils d’un Empereur germanique, rêvant lui-même en vain d’accéder à ce trône mais parvenant à y faire élire son fils, et mariant sa fille Bonne au futur roi de France Jean II le Bon (leurs noms au moins étaient assortis!). Pour couronner le tout, une fin héroïque à la bataille de Crécy (26 août 1346), que le poète Guillaume de Machaut et le chroniqueur Jean Froissart ont fait entrer dans la légende. Au cours de ce premier grand affrontement franco-anglais de la guerre de Cent Ans, Jean, frappé de cécité depuis 1339, charge sur son cheval lié par la bride à quatre chevaliers de son entourage, lesquels ne pourront empêcher son désarçonnement fatal.

Pour avoir été hors du commun, cette destinée n’a cependant pas échappé aux contingences matérielles, généralement négligées par l’historiographie romantique. Avoir les moyens d’une politique aussi ambitieuse devait fatalement tenir de la gageure. C’est ce qu’éclaire Max Schmitz, docteur des Universités de Louvain (UCL) et d’Erlangen-Nürnberg (FAU), à travers la présentation et l’examen d’une archive passée jusqu’ici sous les radars des chercheurs. Celle-ci ne paye pas vraiment de mine: huit lignes, 23,8 x 15,6 centimètres, avec un grand et un petit trous qui empêchent de restituer le texte entièrement. Et pourtant, la trouvaille « suscite une certaine sensation, bien que modeste » , observe l’historien, dans la mesure où elle apporte de nouveaux éclairages sur « une figure significative du Moyen Age européen, qui en outre fait véritablement figure de symbole pour la population luxembourgeoise » [1]. Car loin de se laisser accaparer par la scène « internationale » (terme anachronique, mais on se comprend), Jean de Luxembourg a œuvré activement pour sa patrie dont il disait qu’elle « lui était la plus douce » : conclusion d’une paix régionale, frappe de monnaies communes avec les princes voisins, création d’une foire annuelle (ancêtre de l’actuelle Schueberfouer), aménagement d’un cordon de villes fortifiées et de châteaux, création de nouveaux sièges de prévôtés (pouvoirs locaux), association progressive des villes au gouvernement du pays… Le bilan n’est pas mince [2].

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L’étrange asile de Guillaume II aux Pays-Bas

La solidarité dynastique entre les Orange et les Hohenzollern a permis au Kaiser, venant de Spa, de s’établir chez nos voisins du nord. Un asile lourd de conséquences diplomatiques, dont Beatrice de Graaf montre qu’il ne fut pas improvisé mais précédé de contacts secrets noués entre La Haye et Berlin, d’abord en vue d’une paix négociée (1918)

Dimanche 10 novembre 1918, vers six heures du matin. Au poste frontière limbourgeois d’Eisden, le dernier Roi de Prusse et Empereur d’Allemagne demande à être admis aux Pays-Bas. La décision ne tarde pas: il est autorisé à entrer en tant que « personne privée » . Dans le train spécial de ce particulier pas très ordinaire se trouve une suite de septante personnes, dont une vingtaine de militaires du Sturm-Bataillon Rohr… La veille, au Grand Quartier général installé à Spa, l’entourage de Guillaume II l’a convaincu qu’il devait partir, notamment pour préserver sa sécurité. Berlin est alors en proie à la révolution et, selon la relation que le prince héritier fera des événements, le bruit court que des communistes partis de Verviers sont en route pour la ville d’eaux.

Du côté néerlandais, l’arrivée du convoi impérial sera longtemps présentée comme une surprise complète, prenant les autorités au dépourvu, les plaçant devant le fait accompli. Mais cette version est aujourd’hui mise à rude épreuve. En s’appuyant notamment sur des archives diplomatiques étrangères, et comblant ainsi les lacunes des sources nationales sur ce sujet, l’historienne Beatrice de Graaf, professeur à l’Université d’Utrecht, arrive à la conclusion que La Haye ne s’est pas contentée de « voir venir » [1].

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Contre les Germains, le développement urbain

A partir de 15 avant J-C, les régions de la Gaule conquises par César voient croître cités et chefs-lieux destinés à fortifier l’Empire. La naissance de Tongres, plus vieille ville de Belgique, s’inscrit dans ce contexte où Rome recourt à la coercition tout en optant à terme pour l’autonomie municipale (Ier siècle avant – IVè siècle après J-C)

On situe aux alentours de l’an 10 avant J-C, soit quatre décennies après la conquête de César (57-51), la naissance de Tongres, la plus ancienne de nos villes. Celles-ci ne seront, à vrai dire, pas foisonnantes à l’époque romaine dans l’espace belge actuel. Les plus importantes à côté d’Atuatuca Tungrorum seront Tournai et Arlon, qui s’imposeront plus tardivement par leur marché prospère. Toutes bénéficieront d’une position privilégiée sur les grands axes routiers.

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Reconstitution d’Atuatuca Tungrorum (Tongres) vers 150 après J-C. (Source: © Gallo-Romeins Museum of Tongeren, Ugo Janssens, https://followinghadrianphotography.com/tag/tongres/)

Le contexte général qui a vu émerger la localité hesbignonne peut s’éclairer notamment par l’étude que William Van Andringa (Université de Lille) a consacrée, en confrontant sources écrites et apports archéologiques, à l’avènement de la civilisation municipale et à l’installation des chefs-lieux en Gaule intérieure, processus qui démarre entre 15 et 12 avant J-C, avec en ligne de mire la Germanie à contrôler [1]. Symbole de ce tournant, l’autel du Confluent à Lugdunum (Lyon), où se réunissent une fois par an les représentants des cités des Gallia Celtica, Belgica et Aquitania, a été élevé en 12. Les premières traces d’activités et de constructions à Bagacum (Bavay), capitale des Nerviens qui occupent le Hainaut, le Cambrésis et le Brabant, ont été datées de 10 par les bois (dendrochronologie).

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Le Flamand qui avait trop aimé la France

L’inventaire des livres de Christophe de Longueil révèle de multiples facettes de l’humaniste et juriste né à Malines et devenu un ardent cicéronien. Sa carrière, de Poitiers à Rome et de Paris à Padoue, fut brillante mais aussi marquée par un douloureux « choc des civilisations » version Renaissance (1485-1522)

Latiniste, juriste, humaniste, enseignant, grand voyageur…: Christophe de Longueil offre un parfait portrait-robot de l’intellectuel renaissant, au tournant des XVè et XVIè siècles. Son œuvre de taille modeste, appréciée surtout pour ses qualités formelles, se résume à des discours cicéroniens et universitaires, des textes sur Pline l’Ancien, une correspondance certes abondante… Mais quel destin que celui de cet enfant naturel d’un évêque de Saint-Paul-de-Léon (diocèse correspondant à l’actuel Finistère) et d’une Malinoise, bourgeoise sans doute! Elevé en bord de Dyle, aidé par la famille de son père Antoine de Longueil, par ailleurs chancelier et aumônier d’Anne, duchesse de Bretagne et reine de France, Christophe sera un proche secrétaire de Philippe le Beau, souverain des Pays-Bas (et père de Charles Quint), un précepteur du futur François Ier, roi de France, un avocat et juge au Parlement de Paris, un professeur de droit à Poitiers puis à Paris, avant de céder à l’appel de l’Italie. Il n’aura pourtant que 37 ou 38 ans quand, en 1522, une fièvre l’emportera à Padoue.

Sur cette figure, Tobias Daniels (Ludwig-Maximilians-Universität München) livre de nouveaux éclairages par l’édition et l’analyse de l’inventaire, jusqu’ici inconnu, de ses livres tel qu’il avait été dressé à Rome le 5 mars 1519 [1]. Confié au notaire allemand Jacobus Apocellus, cet acte prévoyait qu’en cas de décès de Longueil en Italie, sa bibliothèque reviendrait à son élève et ami Lorenzo Bartolini, protonotaire apostolique (dignitaire de la cour romaine), demeurant alors à Paris. Le document a été retrouvé et acheté en 1999 par les Archives d’Etat de Rome à la société de vente Christie’s. Continuer à lire … « Le Flamand qui avait trop aimé la France »

Les imprimeurs sur lesquels le soleil ne se couchait jamais

Quatre maisons anversoises ont dominé le marché des livres provenant des Pays-Bas méridionaux dans le Mexique colonial du XVIè siècle. Les activités développées à destination de l’Espagne et des cercles hispanophones de nos régions ont préparé ce rayonnement dans une Amérique déjà riche en bibliothèques et en librairies (1529-1589)

A l’importance de son port dans l’espace hispanique du XVIè siècle, Anvers ajoute d’être alors la première ville des Pays-Bas méridionaux pour le secteur de l’imprimerie. Elle est suivie de loin par Louvain et Bruges, Bruxelles n’étant pas dans la course à cette époque. A l’international, une recherche menée sur les premières décennies du livre en Nouvelle-Espagne (pour l’essentiel, le Mexique actuel) confirme le leadership: 81 % des ouvrages « flamands » (au sens large) qui ont traversé l’Atlantique sont anversois et 16 % louvanistes. Les ateliers des familles Steelsius (30 %) et Plantin (26 %) se taillent la part du lion sur ce marché, devant la famille Nutius (10 %). Une quatrième, Bellerus, commence à percer.

Ces données sont sorties de la calculatrice de César Manrique Figueroa (Katholieke Universiteit te Leuven), sur la base d’un échantillon de 531 publications passées des presses du plat pays au cœur du défunt Empire aztèque, entre 1529 et 1589 [1]. L’historien les a retrouvées dans des bibliothèques et des inventaires, tant privés qu’institutionnels, où  manquent fatalement à l’appel les exemplaires, nombreux sans doute, perdus ou dispersés au fil des siècles. La présence d’ex-libris ou d’autres indices, dans la majorité des pièces survivantes, permet en revanche d’assurer que la plupart ont bien été acquises pendant la période coloniale et non ultérieurement. L’année 1529 est celle du livre le plus ancien. 1589 est celle de la mort de Christophe Plantin. Entre les deux, ses concurrents sur le même terrain ont été eux aussi en pleine activité. Continuer à lire … « Les imprimeurs sur lesquels le soleil ne se couchait jamais »

Ces morts témoins de l’histoire hutoise

Des milliers de destins sont inscrits au Livre des défunts de la communauté religieuse du Neufmoustier. Pierre l’Ermite fut sans doute inhumé sur place et l’orfèvre Renier, à qui sont attribués les fonts baptismaux de Saint-Barthélemy à Liège, a laissé sa trace dans cette source qui informe aussi de l’urbanisme et des métiers (XIIè-XVIIIè siècles)

Tout commence à l’aube du XIIè siècle, quand une petite communauté religieuse mixte se constitue spontanément dans un faubourg de Huy, sur la rive droite de la Meuse. Au terme d’un processus classique, la fondation entre dans le cadre institutionnel et débouche sur un chapitre régulier. En 1130, l’évêque de Liège Alexandre Ier consacre l’église du lieu. Telle est l’origine de l’établissement du Neufmoustier, qui durera jusqu’au régime français, à la fin du XVIIIè siècle.

On lui doit notamment une source à laquelle ont eu recours les historiens médiévistes et modernistes les plus en vue de la cité mosane, du Condroz et de la Hesbaye: le Livre des morts, partie intégrante d’un recueil liturgique (liber capituli) destiné à être déposé sur l’autel pour les offices. Son concepteur et premier auteur, le diacre Jean, sans doute chantre du chapitre – cette fonction allant souvent de pair avec celles d’archiviste et de notaire/secrétaire – s’est mis à la tâche dès 1130, année de la dédicace. Par lui et par ses successeurs a été tenu, jour après jour jusqu’en 1787, un répertoire en latin des défunts commémorés, qui constitue une mine d’informations sur des milliers de destins individuels.

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Les scribes se sont succédé de 1130 à 1787, dans une grande variété d’écritures, pour tenir jour après jour le répertoire des défunts de la communauté ou priés par elle. (Source: Le Grand Curtius, Liège, https://www.grandcurtius.be/fr/les-collections/arts-decoratifs/obituaire-du-neufmoustier)

Dans les autres parties du recueil figurent, entre autres, la « règle » ici en vigueur de saint Augustin, avec les ajouts dus à la réforme dite de Hugues de Saint-Victor, la règle canoniale codifiée au concile d’Aix de 817, la formule de profession de foi des chanoines réguliers… Disparu dans la tourmente révolutionnaire, le document fut, en 1835, retrouvé chez un particulier et racheté par Joseph Grandgagnage, premier président de la cour d’appel de Liège, qui le légua à l’Institut archéologique liégeois. Il est aujourd’hui exposé au complexe muséal de la Cité ardente, le Grand Curtius. Christine Renardy, docteur en histoire de l’Université de Liège, qui a notamment dirigé le service des Archives de la Ville avant d’assurer la coordination du département de la Culture et du Tourisme, a réalisé l’édition scientifique de ce manuscrit précieux entre tous [1], comblant en partie les détériorations subies par l’original à l’aide de copies conservées aux Archives de l’Etat.

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Le royaume avait besoin de savants

Les mathématiciens du Sud des Pays-Bas ont contribué au calcul infinitésimal, à la future thermodynamique et à la géométrie non euclidienne. Mais ces chercheurs polyvalents sont restés dans l’ombre de Quételet, par qui la mesure généralisée s’est trouvée au centre d’un style scientifique national (mi-XVIIIè – mi-XIXè siècles)

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Charles-François de Nieuport, synthèse du mathématicien et de l’ingénieur. (Source: buste de Charles Geefs (détail), Académie royale de Belgique, Les trésors de l’Académie, https://tresorsdelacademie.be/fr/patrimoine-artistique/buste-de-charles-francois-le-preud-homme-d-hailly)

Dans le monde des nombres et des figures, le cas est unique, paraît-il, d’une découverte désignée d’après son origine nationale. Les apports d’Adolphe Quételet (ou Quetelet) et de Germinal Dandelin à l’étude des coniques, publiés entre 1820 et 1822, reçurent et portent toujours aujourd’hui le nom de « théorèmes belges » . Laissant de côté cette ligne de crête, le professeur Jean Paul Van Bendegem (Vrije Universiteit Brussel, VUB) illustre par d’autres exemples, non moins éloquents, l’importance de la production mathématique dans notre pays entre la mi-XVIIIè et la mi-XIXè siècle [1]. Une période pourtant riche aussi en tourments et en revers…

S’imposent notamment à l’inventaire les travaux de Charles-François Le Prud’homme d’Hailly, vicomte de Nieuport (1746-1827), pour leur contribution au développement du calcul infinitésimal longtemps négligé sous nos cieux. Ce qui fonde celui-ci, selon la vision bien datée qu’en nourrit cet ancien officier du génie, directeur de l’Académie royale des sciences et belles-lettres de 1816 jusqu’à sa mort, est exposé notamment dans son Mémoire contenant quelques réflexions sur des notions fondamentales en géométrie (1820). Il ne s’éloigne pas de ces préoccupations, bien au contraire, quand il y va d’essais sur la stabilité ou la mécanique des voûtes, dans lesquels les infinitésimaux sont aussi centraux. En lui s’opère la synthèse du mathématicien et de l’ingénieur. Continuer à lire … « Le royaume avait besoin de savants »

« Les Belges deviennent effrayants à force de patriotisme »

Ce propos de Léon Chomé date de 1905. Le courant nationaliste qui, pendant et après la Grande Guerre, rêva d’une Belgique agrandie, n’était pas qu’une fièvre passagère: il avait des racines profondes et des tenants dans les trois partis. Mais face aux Alliés, la « Belgique martyre » ne pouvait pas pousser le bouchon trop loin (1914-1919)

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Pierre Nothomb photographié à Sainte-Adresse quand le gouvernement belge en exil y était installé. (Source: Centre d’archives et de documentation du Centre permanent pour la citoyenneté et la participation (CPCP), Bruxelles, https://cpcp.ideesculture.fr/index.php/Detail/entities/221 )

Il est permis de souhaiter pour son pays un sort plus enviable que celui où Clémenceau cantonnait la Belgique: « un Etat auxiliaire destiné à se mouvoir à l’ombre de la France » . Pendant et après la Première Guerre mondiale, nombreuses et de tous horizons politiques furent les personnalités en vue de la « poor little Belgium » qui conçurent ou appuyèrent des projets de territoire accru, d’influence renforcée, de statut international amélioré. Mais les ambitions les plus hautes, pour ne pas parler des plus folles, avaient peu de chances de se concrétiser. Elles devaient se briser sur les récifs de la diplomatie.

Incarnation de ce temps « où les Belges rêvaient » , le Comité de politique nationale (CPN), fondé par l’écrivain et futur sénateur Pierre Nothomb, a fait l’objet d’un exposé parmi la trentaine inscrits au programme du colloque « La Belgique et les traités de paix » , réuni au palais des Académies à Bruxelles du 9 au 11 mai derniers [1]. En charge du sujet, Francis Balace, professeur émérite de l’Université de Liège (ULiège), n’a pas manqué de surprendre l’auditoire en livrant les noms de certains des plus chauds partisans d’une grande Belgique lorgnant vers la Prusse wallonne, la Flandre zélandaise, le Limbourg hollandais et le grand-duché de Luxembourg.

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Pédaler sous la botte allemande

Du rôle des carabiniers cyclistes aux ersatz de Tours de Flandre ou de Belgique sur vélodrome, la bicyclette est restée omniprésente pendant la Grande Guerre. Nombre de coureurs vedettes se sont illustrés, notamment dans l’aviation et l’espionnage, alors que les civils rusaient pour que leurs deux-roues ne soit pas réquisitionnés (1914-1918)

Pas de petits sujets en histoire: ainsi pour les pratiques du cyclisme à travers lesquelles s’éclairent bien des pans de la vie sociale, économique, culturelle… La remarque vaut a fortiori en temps de guerre, quand tous les moyens de déplacement sont mis à contribution. Et elle vaut particulièrement dans notre pays, qui gagna ses premiers galons en la matière bien avant qu’Eddy Merckx ne vienne au monde.

Léopold II, déjà, avait conçu le projet de faire de la Belgique un pays phare du nouveau sport. C’était en 1893, alors qu’il recevait à Laeken le champion verviétois André Henry, devenu un héros national après avoir remporté la première édition de Paris-Bruxelles. En plein essor à la « Belle Epoque » , les deux-roues sont restés omniprésents pendant les années du premier conflit mondial, au front comme dans le quotidien des civils. L’exposition Koersen in de Groote Oorlog, montée à Audenarde en 2018 par le Centrum Ronde van Vlaanderen, s’est révélée à cet égard riche d’enseignements, rendus durables par un livre publié en parallèle (avec un volet substantiel consacré à l’avant-guerre). A l’auteur de l’ouvrage, le journaliste spécialisé Patrick Cornillie, rien de ce qui pédale n’est manifestement étranger [1].

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