La personne en avant, le parti derrière

L’individualisation apparaît comme le maître mot dans l’évolution récente des campagnes électorales, liée notamment à l’obligation de présenter des candidats différents à tous les niveaux. Le processus est allé de pair avec le recours à des célébrités extérieures au sérail politique. Mais la particratie garde la haute main (2007-2014)

Quand on considère l’histoire politique de la Belgique au cours des dernières décennies, quelques grands bouleversements viennent aussitôt à l’esprit: le clivage communautaire, la médiatisation, le multiculturalisme, la dilution des idéologies classiques, l’effritement des « piliers » d’appartenance (catholique, socialiste, libéral), la volatilité de l’électorat, mais aussi la personnalisation des pouvoirs comme des oppositions. « Les hommes politiques et les dirigeants politiques doivent de plus en plus s’expliquer sur leur tempérament, leurs antécédents et leur vie privée, soulignent Alain Meynen et Els Witte. La présentation, la représentation et la perception occupent une position plus centrale dans le message politique, ce qui s’explique naturellement dans une large mesure par le rôle accru de la communication et des professionnels du marketing » [1].

A l’aide d’une enquête comparative menée sur les candidats aux élections fédérales de 2007, 2010 et 2014 (Comparative Candidate Survey, CCS), deux professeurs et un chercheur de l’Université catholique de Louvain ont entrepris d’analyser de plus près les déterminants de ladite personnalisation [2]. On notera que l’ouvrage collectif dans lequel s’insère leur travail fait usage, dès son titre, d’un concept souvent considéré comme polémique mais qui se trouve validé en politologie: la particratie ( « the Belgian Partitocracy » )…

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Des passions américaines pour les émaux mosans

Nos chefs-d’oeuvres abondent aux Etats-Unis où les collectionneurs ont alimenté les fonds muséaux. Parti à la recherche de ces joyaux, Philippe George en a fait le fil rouge d’une histoire de l’art jusqu’en 1789 dans l’espace wallon actuel. L’orfèvrerie ainsi que les pierres et marbres constituent des traits saillants de cette aire culturelle

Quand, en visite à New York, vous pénétrez dans le bâtiment principal du Metropolitan Museum of Art (Met) et y gagnez les salles consacrées à la vieille Europe, c’en est fini du dépaysement éprouvé en parcourant la ville de toutes les démesures. Retour au bercail! Une partie de la section médiévale se trouve ici, une autre au musée des Cloîtres, dans le nord de Manhattan. Le premier noyau fut le don de quelque deux mille objets du richissime financier John Pierpont Morgan par son fils en 1917. L’année de l’entrée en guerre des Etats-Unis: comme s’il avait fallu souligner, à ce moment, nos racines communes… Aujourd’hui, la collection est une des plus exhaustives du monde.

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Caricature de John Pierpont Morgan (1837-1913) faisant venir à lui des œuvres d’art du monde entier avec un aimant en forme de dollar. (Source: Pierpont Morgan Library, New York; n. 1, p. 27)

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L’horloge et le service à thé dans les foyers paysans

Dans les dernières décennies de l’Ancien Régime, l’amélioration du rendement agricole, la proto-industrialisation et une orientation plus marquée vers le marché ont transformé les campagnes et permis une diversification des biens de consommation dans les Pays-Bas méridionaux (XVIIIè siècle)

Combien étaient-ils, parmi les ménages ruraux du comté de Flandre, à détenir au moins une horloge ou une montre et un service à thé ? Jusqu’au milieu du XVIIè siècle, aucun. A la fin du XVIIIè, 42 %. Nos ancêtres des champs ont été en outre, à cette même époque, un sur quatre à disposer de miroirs et de garnitures de cheminée, également inconnus ou presque auparavant. Témoin de cette montée des objets « superflus » dans les campagnes, Jacobus Hije, un membre des chambres de rhétorique (sociétés littéraires) à Gand, s’en était étonné: « Hoe sleghten ambachtsman, oock van konditi kleijn, / Het staet de vrouw wel aen, den theepot moet sijn » ( « Comment même d’un mauvais artisan, si peu honorable soit-il / La femme juge une théière nécessaire » ). Parallèlement, outre les commerces de détail, les médecins, les chirurgiens, les tailleurs, les apothicaires… se sont multipliés dans les contrées champêtres.

Sur ces premiers pas flamands et aussi brabançons vers la future société de consommation, quatre historiens des Universités d’Anvers, de Bruxelles (VUB) et de Gand ont fait le point des recherches, fondées notamment sur les inventaires après décès (qui supposent, il est vrai, des personnes possédant un minimum de biens) [1]. Sans surprise, le panorama fait ressortir une diffusion du « luxe » moins rapide dans les villages que dans les villes de même région (trois fois plus de miroirs à Alost), bien que les paysans manifestent une plus grande propension aux dépenses ostentatoires (bijoux, bagues…). Mais dans l’ensemble, soulignent les auteurs, les indicateurs convergent à faire de la seconde moitié du siècle dit des Lumières un temps de grande croissance économique dans les Pays-Bas méridionaux. Un constat qu’on peut sans peine étendre à la principauté de Liège, en phase d’expansion agricole à partir de 1706 [2]. Et la mentalité des acheteurs, dotés de davantage de moyens, peut à son tour exercer une influence sur la modernisation de l’offre et les bénéfices des marchands citadins. Continuer à lire … « L’horloge et le service à thé dans les foyers paysans »

A vos plumes, copistes cisterciens!

Une grande diversité caractérise les cartulaires où étaient transcrits les chartes, titres, bulles… des abbayes de l’ordre né à Cîteau. Ces manuscrits, qui constituaient la mémoire vivante de la communauté, pouvaient avoir une fonction pratique, de défense des intérêts de l’établissement ou de pur prestige (XIIè-XVè siècles)

Dans le dernier tiers du XIXè siècle, l’archiviste et historien Léopold Devillers entreprenait la description analytique de cartulaires et de chartriers du Hainaut. In fine, ce travail d’érudition remplit pas moins de huit volumes, outre un mémoire de plus de 350 pages rien que sur le cartulaire et les archives de l’abbaye d’Aulne (Thuin). C’est assez dire l’importance de ces recueils où étaient transcrits les titres de propriété, les privilèges temporels et plus largement tout ce qui pouvait constituer la mémoire de la communauté monastique.

Nathalie Verpeaux (Université de Namur) s’est livrée pour sa part à l’examen et à la comparaison des copies dues aux cisterciens, sur le territoire de la Région wallonne actuelle, entre le XIIè et le début du XVè siècle [1]. Le choix du cadre tant géographique que chronologique est évidemment arbitraire, l’intérêt de l’exercice étant de pouvoir aborder la question de l’uniformité ou de la diversité des pratiques en cours au sein de l’ordre né à Cîteau, au XIIè siècle, d’une volonté de renouer avec l’austérité première de l’idéal bénédictin.

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L’enfer d’Evere ou quand l’asile perdait la raison

Violences, insécurité, insalubrité, soins médicaux insuffisants…: telles sont les réalités mises en évidence par l’enquête et le procès consécutifs à un double homicide commis dans l’établissement pour aliénés d’Evere. L’affaire a suscité une prise de conscience et des réformes du régime asilaire, mais dans d’étroites limites (1871-1874)

Pendant la Première Guerre mondiale, le taux de surmortalité dans les institutions psychiatriques belges s’est élevé à 23 %. J’ai consacré un précédent article à ce moment « révélateur des carences de l’époque dans le domaine des soins aux aliénés » [1]. Sur un autre moment, celui-ci en temps de paix et non de désorganisation, de réquisitions et de privations, les recherches menées par Gauthier Godart (Université catholique de Louvain) jettent une lumière crue. Le chercheur est parti d’un double homicide commis à l’asile d’Evere, le 24 octobre 1871, et de l’ample scandale qu’il suscita [2].

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L’établissement de santé d’Evere tel qu’il apparaît dans une lithographie de l’artiste Louis Van Peteghem réalisée en 1859. (Source: n. 2, p. 185)

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La Belgique au tournant du millénaire

Une Belgique différente de celle d’aujourd’hui mais guère plus tranquille, qui a vu l’Etat se faire moins providentiel, la défiance s’instaurer envers toutes les autorités et le bouleversement du paysage politique s’amorcer avec la montée des extrêmes, le déclin de la famille sociale-chrétienne et la naissance de la N-VA (1989-2004)

Le temps du Nouvel An est propice aux regards rétrospectifs. Celui qui va suivre est inspiré par la relecture d’un Etat de la Belgique au tournant de notre siècle, et même de notre millénaire, entré à présent dans sa vingtième année [1]. Publié en 2004, l’ouvrage avait pour auteurs un aréopage d’historiens, politologues, économistes, journalistes, juristes…, réunis pour donner un épilogue à la collection « Pol-His » et à sa trentaine de livres consacrés à la Belgique de l’après-1945.

Le point de départ est ici 1989, dont datent des réformes institutionnelles décisives chez nous et l’effondrement du communisme derrière le rideau de fer, avec ses répercussions sur la construction européenne. Le point d’arrivée est moins signifiant: 2004, soit à mi-parcours des gouvernements Verhofstadt (1999-2008), le deuxième ayant été formé à la suite des élections de mai 2003. Dans cet intervalle, il ne manque pas d’événements ou de processus dont les prolongements sont constitutifs de notre actualité ou qui, à l’inverse, contrastent singulièrement avec elle. Nos remarques seront forcément sélectives.

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Baptiser le fœtus quand la mère meurt ? Un débat entre foi et médecine

La césarienne post-mortem, même en l’absence de personnel médical, a été longtemps préconisée par l’Eglise pour sauver la vie de l’enfant ou pour le bien de son âme. Si les polémiques sur cette pratique ont fait rage dans le monde politique, les praticiens ont davantage cherché des voies de compromis (XVIIIè-XXè siècles)

Les plus anciennes sources mentionnant la technique de la césarienne remontent au XIVè siècle, mais c’est dans la seconde moitié du XVIIIè que s’est répandue la pratique de cette opération en cas de décès de la future mère afin de baptiser l’enfant qu’elle portait en elle. La campagne en faveur du sacrement premier au stade prénatal, également préconisé dans d’autres cas comme celui des fausses couches, s’est développée parallèlement à la vision théologique, elle-même influencée par les acquis scientifiques, selon laquelle l’embryon humain est doté d’une âme dès la conception. Etait dès lors abandonnée l’idée, dérivée d’Aristote, selon laquelle l’animation n’intervenait qu’à un stade ultérieur, quand le fœtus présentait une forme humaine distincte.

Approuvée par le Pape en 1756 et répandue dans nos provinces dès les années 1760, l’Embriologia sacra, œuvre de l’ecclésiastique sicilien François-Emmanuel Cangiamila, a constitué un jalon majeur dans la diffusion des procédures baptismales en situations extrêmes. Le recours à la césarienne post-mortem est devenu une obligation légale dans certains Etats catholiques ainsi qu’en Grèce orthodoxe, avec pour objectif de sauver la vie du fœtus ou, à défaut, d’agir pour le bien de son âme, les statistiques médicales n’autorisant guère d’illusions sur les chances de survie après la mort de la gestante.

En Belgique indépendante, le législateur n’a pas fixé de normes à cet égard. Le débat n’en a pas moins été vif, comme en témoigne l’étude que lui a consacrée Jolien Gijbels, en troisième cycle à la Katholieke Universiteit Leuven [1]. Continuer à lire … « Baptiser le fœtus quand la mère meurt ? Un débat entre foi et médecine »

Une ardeur d’avance sur le concile de Trente

Il était issu d’une grande famille et d’esprit plutôt mondain. Pourtant, l’évêque Robert de Croÿ a fait démarrer la Réforme catholique sur les chapeaux de roue dans son diocèse de Cambrai, qui s’étendait alors jusqu’à Bruxelles et Anvers. Les distances et les troubles politiques ont toutefois handicapé son action (1529-1556)

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Portrait de Robert de Croÿ par Willem Key daté de 1547, peu après son retour de Trente. On remarque les armes de la famille dans le coin supérieur gauche. (Source: Christie’s, Londres, 9 déc. 2009, https://www.invaluable.com/auction-lot/willem-adriaensz.-key-breda-c-.-1515-6-1568-ant-149-c-ec59a406a5#)

Le début du XVIè siècle est fréquemment décrit comme une période de décadence religieuse, sous l’égide d’évêques mondains, provenant de familles nobles qui rejoindront souvent les rangs des opposants aux décrets du concile de Trente. Mais des recherches récentes font entendre une autre musique. Il en ressort, en effet, que si certaines circonstances et certains acteurs firent barrage et si les tribulations de la révolte des anciens Pays-Bas étaient largement imprévisibles et capricieuses, la réforme tridentine a démarré chez nous sur les chapeaux de roues, parfois sans même attendre la fin des sessions convoquées par le Pape sur les bords de l’Adige entre 1545 et 1563 (avec des interruptions).

L’épiscopat de Robert de Croÿ à Cambrai (1529-1556) est de ceux qui invitent à porter ce nouveau regard. Le diocèse s’étend alors tout au long de la rive orientale de l’Escaut jusqu’à Anvers, englobant Bruxelles ainsi que la plus grande partie du Hainaut. Y vivent donc des populations tant néerlandophones que francophones – une constante de notre histoire. Avec Robert, les Croÿ, une de ces grandes maisons réputées frondeuses, ont rien moins que le troisième de leurs membres à occuper consécutivement ce siège prestigieux, convoité, lié à des pouvoirs temporels (duc de Cambrai, comte du Cambrésis), mais aussi hautement stratégique, entre les terres de l’Empereur romain germanique, du Roi de France et du Duc de Bourgogne. C’est pourtant bien à l’avant-garde de la Contre-Réforme que le rejeton va s’illustrer, comme le montrent Violet Soen et Aurelie Van de Meulebroucke (Katholieke Universiteit Leuven) dans une étude soulignant à quel point « la tradition médiévale tardive, l’existence d’évêques nobles et la réforme religieuse pouvaient être compatibles et parfois même aller main dans la main » [1].

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Inhumation ou incinération ? Un dilemme à l’âge du bronze

Les ensembles funéraires de Lambres-lez-Douai et Sin-le-Noble (Hauts-de-France) témoignent de la juxtaposition des pratiques dans la zone Manche – mer du Nord, même si l’incinération tendait à prendre le pas. Le souci d’une visibilité durable des monuments est demeuré constant (XVIIè – XVè siècles av. J-C)

Dans le plus lointain passé, nombreuses sont les cultures ou les sociétés à propos desquelles notre savoir est entièrement ou essentiellement tributaire des sépultures, avec les pratiques dont elles témoignent et les objets qu’elles recèlent. L’âge du bronze et les débuts de l’âge du fer en Europe occidentale sont de ces mondes-là. Dans nos régions, de quelque 2000 à 750 avant J-C, se structurent alors deux espaces selon un clivage est-ouest des plus naturels, commandé par la géographie: l’un autour de la Meuse, l’autre autour de l’Escaut. Les objets retrouvés dans la zone scaldéenne, tels les épées à languette et les grandes pointes de lances, s’apparentent à ceux qui ont été mis au jour dans le nord-ouest de la France actuelle ainsi que dans l’archipel britannique. Les fouilles menées ou en cours à Lambres-lez-Douai et Sin-le-Noble, dans la communauté d’agglomération du Douaisis, peuvent donc nous instruire sur cette aire d’échanges bordée par la mer du Nord et la Manche [1]. Continuer à lire … « Inhumation ou incinération ? Un dilemme à l’âge du bronze »

Un historien face aux apparitions de Beauraing

Il y a 40 ans, le père Camille-Jean Joset, professeur émérite des Facultés de Namur, entreprenait la réunion, l’exploitation et la publication des sources relatives aux événements survenus dans la bourgade famennoise. Des faits proclamés surnaturels par l’autorité ecclésiale passaient au crible de la critique historique (1932-1933)

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Les enfants récitant le chapelet après les apparitions. (Source: Mgr Fernand Toussaint & Camille-Jean Joset s.j., « Beauraing. Les apparitions » , n. 2, p. 75)

Entre le 29 novembre 1932 et le 3 janvier 1933, la Vierge est-elle apparue à plusieurs reprises à un groupe de cinq enfants de Beauraing ? Nous pouvons l’affirmer « en toute sincérité et prudence » , déclarait l’évêque de Namur Mgr André-Marie Charue dans une lettre publiée le 2 juillet 1949. Etaient dès lors validés les messages recueillis dans le jardin du pensionnat Notre-Dame du Sacré-Cœur par Andrée et Gilberte Degeimbre, Albert, Fernande et Gilberte Voisin, âgés de 9 à 15 ans, messages par lesquels la « dame en blanc » avait appelé à la prière, demandé qu’on vienne en pèlerinage, fait voir son cœur maternel et évoqué sa médiation en vue de la conversion des pécheurs. En plus de trois secrets bien gardés par leurs trois dépositaires…

La reconnaissance épiscopale n’allait pas éteindre, loin de là, les polémiques portant sur la (sur)nature des faits, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du monde catholique. Aussi Mgr Charue, en 1977, au terme de sa vie et à l’approche du 50è anniversaire de l’événement, souhaita-t-il « la publication de travaux scientifiques, susceptibles de dissiper les doutes qui subsistaient encore » . Sur sa proposition, un comité fut constitué, présidé par Mgr Fernand Toussaint, vicaire général du diocèse, l’enquête historique étant confiée au père Camille-Jean (ou Camille) Joset s.j., professeur bientôt émérite des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix (FUNDP, aujourd’hui Université de Namur).

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