« Small is beautiful » aux temps romains

Moins nombreuses dans le Nord que dans le Sud de la Belgique, les « villae » n’ont pas eu en milieu rural le rôle économique prépondérant qu’on leur a longtemps attribué. Les plus grands établissements n’étaient pas nécessairement liés aux plus grandes exploitations (Ier siècle av. J-C – IIIè siècle)

Nos maîtres en histoire enseignaient naguère que le nombre plus important des luxueuses villae romaines en pierre dans les provinces méridionales de la Belgique avait, dès cette époque, marqué notre pays du sceau de la biculturalité. Ces dernières décennies pourtant, les campagnes archéologiques menées en terres flamandes  ont contraint à revoir la copie. Les habitats en bois septentrionaux témoignent certes d’une société de fermiers restée attachée à ses traditions ancestrales. « Néanmoins, relève Wim De Clercq (Université de Gand), les vestiges archéologiques nous montrent aussi une société complexe dans ses différents aspects temporels et microrégionaux. En outre, du fait de la recherche sur les habitats indigènes, une idée plus équilibrée d’une partie de la Belgique romaine s’est imposée » [1].

Plus généralement, dans l’ensemble de l’espace impérial, l’opposition classique établie entre la ferme « autochtone » , issue du second âge du fer, et la « villa » présentant tous les caractères de la romanité, est aujourd’hui largement battue en brèche. « Les spécialistes du monde rural romain ont, depuis assez longtemps maintenant, pris acte de l’obsolescence des classifications traditionnelles » , écrit ainsi Michel Reddé (Ecole pratique des hautes études, Paris) dans son récent examen des sources et travaux touchant aux biens-fonds [2].

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S’arrêter à Outrelouxhe, sous la protection du dieu Mercure

   Partie intégrante du réseau principal établi au Ier siècle avant J-C sous l’impulsion d’Agrippa, la grande voie romaine qui reliait Metz à Tongres en passant par Arlon a laissé un héritage à Outrelouxhe, village de la commune de Modave, aux confins du Condroz central et de l’Ardenne condruzienne. Les débris de matériaux de construction antiques, apparaissant lors des labours sur un terrain agricole, y ont en effet révélé la présence des rares vestiges d’un de ces petits relais routiers où les voyageurs, au début de notre ère, pouvaient trouver le repos, se ravitailler et changer d’équipage. Trois campagnes de fouilles de sauvetage (en raison d’un projet de lotissement) y ont été menées de 1996 à 1999 par le Cercle archéologique Hesbaye-Condroz, sous la direction de Daniel Witvrouw. Le rapport a été publié une quinzaine d’années plus tard [1].

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Cinq millénaires sur le rocher de Pont-de-Bonne

modave,condroz,fortifications,construction,néolithique   Nous sommes à Pont-de-Bonne, commune de Modave, à une encablure du château des comtes de Marchin. Les fortifications du rocher dit du Vieux Château y dominent le Hoyoux où se jette le ruisseau qui a donné son nom au hameau. Doté d’infrastructures touristiques rénovées, le site fait aussi l’objet, depuis 2004, de fouilles du Cercle archéologique Hesbaye-Condroz (CAHC) qui vient d’en publier les apports [1]. Mais fatalement, quand l’intérêt d’un lieu est aussi visible, on est rarement le premier servi…

   C’est dès 1863 qu’un « promeneur archéologique », Léon Caumartin, dans un article du Bulletin de l’Institut archéologique liégeois, attira l’attention sur « l’emplacement et les restes d’un oppidium fortifié par la nature et par l’art« . Deux phases de construction avaient dû, selon lui, se succéder sur « ce plateau formidable qui commande toute la vallée du Hoyoux et était la clé du Condroz« . Il n’en fallait pas plus pour que des chercheurs, qualifiés ou non, viennent remuer la terre à la manière rudimentaire de l’époque. Nombre d’objets alors mis au jour ont alimenté les musées locaux et nationaux.

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