L’âge d’or de la guillotine française

La peine de mort a été plus appliquée sous le régime français que sous l’Ancien Régime ou ultérieurement. Dans le département de la Lys, on compte en moyenne une exécution tous les deux mois pendant cette période, en rupture avec l’abolitionnisme de fait qui prévalait dans nos régions depuis le milieu du XVIIIè siècle (1795-1815)

Le 20 octobre 1796, un an après l’annexion de l’espace belge à la France, la guillotine est mise en service pour la première fois sur la Grand-Place de Bruges, chef-lieu du département de la Lys. Les suppliciés sont deux Français, Jean Pigneron et Placide De Lattre, condamnés notamment pour avoir, avec le chef de bande fugitif François Salembier, tué une aubergiste enceinte, grièvement blessé deux autres personnes et volé argent, bijoux et autres biens, dans un établissement situé sur le chemin de Poperinge à Proven.

Le 28 septembre 1813, la dernière peine de mort sous le régime français dans la future province de Flandre-Occidentale est prononcée à l’encontre de Catherine Le Ducq, une bouchère d’Ypres âgée de 25 ans, convaincue d’avoir empoisonné sa sœur cadette à l’arsenic. Après le rejet de son pourvoi en cassation, elle adresse une demande de grâce à… Guillaume Ier, qui ne règne pas encore en Belgique mais y exerce le gouvernement général au nom des puissances alliées. Le recours est rejeté et l’exécution a lieu le 11 octobre 1815.

Entre ces deux dates, toujours dans le même département, 118 hommes et 12 femmes ont été livrés au bourreau par le tribunal criminel, la cour de justice criminelle (à partir de 1804) et la cour d’assises (à partir de 1811), auxquels s’est ajouté le tribunal criminel spécial (sans jury) mis sur pied par Napoléon. Onze de ces déchus du droit à la vie ont échappé au couperet pour des raisons diverses (un suicide, un décès inexpliqué, une évasion, une contumace, deux grâces impériales, cinq cassations). Des 119 autres résulte une moyenne de près de six exécutions par an – ou une par bimestre –, avec deux années particulièrement « fastes » , 1798 (23) et 1803 (27), parce que deux bandes importantes, celle de Salembier déjà citée et celle de Bakelandt, y sont venues grossir les chiffres. Au recensement manquent en revanche les peines prononcées contre des civils par des tribunaux militaires. Des sources mentionnent bien des cas en terres west-flandriennes, mais les archives qui permettraient de les comptabiliser font défaut.

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Liberté, égalité,… centralité

Sous le régime français ou sous son influence, les Pays-Bas du Sud et du Nord ont connu des évolutions largement convergentes, dans le sens d’un dessaisissement des pouvoirs locaux au profit de l’Etat central. Après Waterloo, cette tendance ne s’est pas réellement inversée (1795-1815)

Entre 1795 et 1815, nos ancêtres ont connu – ou pas – la promulgation de cinq constitutions différentes. Sauf pour la dernière, leur longévité moyenne atteignait donc à peine la durée d’un gouvernement de législature de nos jours. Mais un fil rouge, dont nous dépendons encore dans une large mesure, relie ces textes aussi éphémères dans les faits qu’ils paraissaient sacrés aux yeux de leurs auteurs: c’est celui de l’absorption, progressive ou brutale selon les moments, des pouvoirs locaux par le pouvoir central, déjà amorcée à la fin de l’Ancien Régime, particulièrement sous Joseph II.

Avec le Premier Empire, bien sûr, ce processus culmine. Tout s’y trouve comme manœuvré de haut en bas. Il n’est pas jusqu’à l’Eglise, la famille ou l’école qui ne soient conçues comme autant de rouages de l’administration. Voit-on pour autant l’histoire prendre un cours radicalement différent après Waterloo ? L’étau se desserre à certains égards, certes, mais l’Etat conserve, voire accroît, son emprise à travers les régimes qui se succèdent, en France comme partout où son influence a été déterminante.

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Le culte d’un saint laïque: Francisco Ferrer

Diligenté largement par la franc-maçonnerie, le monument bruxellois de l’anarchiste, pédagogue et libre-penseur espagnol fusillé en 1909 a manifesté dans l’espace public la ferveur d’une partie de la laïcité et de la gauche. Mais d’une partie seulement… (1909-1984)

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Avant de se trouver « chez les siens » , face à l’Université libre de Bruxelles, la statue de Francisco Ferrer a connu quelques pérégrinations. (Source: © SPRB-DMS, Région de Bruxelles-Capitale, 2006, http://www.irismonument.be/fr.Bruxelles_Extension_Sud.Avenue_Franklin_Roosevelt.A004.html)

Pour la plupart de nos compatriotes – et même dans son pays natal –, Francisco Ferrer Guardia est aujourd’hui un illustre inconnu. Grande pourtant est sa présence dans l’odonymie des localités à forte dominante libérale ou socialiste. Pour s’en tenir à une seule région urbaine, nous avons relevé une rue, une avenue ou une place Ferrer dans la moitié des communes de l’arrondissement de Liège (12 sur 24). Et le nombre était bien plus élevé encore avant les fusions de 1977.

A Bruxelles, c’est par un monument fameux qu’est célébrée la mémoire de l’anarchiste, franc-maçon et pédagogue espagnol (1859-1909), fondateur à Barcelone de l’Ecole moderne, « rationnelle et scientifique » , et promoteur d’une « éducation nouvelle » , conformée aux idéaux des socialistes libertaires. L’histoire de cette statue, dressée aujourd’hui face au rectorat de l’Université libre (ULB), a été marquée par bien des aléas. Ils sont retracés dans une étude très détaillée, due à Pol Defosse, professeur honoraire de la même université. La Société royale d’archéologie de la capitale en a assuré la publication [1]. Continuer à lire … « Le culte d’un saint laïque: Francisco Ferrer »

Comment nos ancêtres baptisèrent les eaux

La Meuse génératrice de marais et d’humidité, l’Escaut cahoteux et soumis aux marées, la Dendre… tendre, le canal Isabelle né de la guerre de Quatre-Vingts Ans, le Rekebeek d’une auberge, les Tafelzouwen de la Table des pauvres, le Splenterbeek d’un sobriquet professionnel… Il y a tant et plus à apprendre des noms donnés aux cours d’eau

En 2014, Jean Loicq, professeur émérite de l’Université de Liège et membre de la section wallonne de la Commission royale de toponymie et dialectologie, publiait une étude détaillée des noms de rivières du Sud du pays [1]. La section flamande s’est inscrite dans la même démarche, concrétisée par deux volumes dont le second est paru tout récemment [2]. Les chercheurs, ici au nombre de cinq, ont élargi le cadre en traitant non seulement des eaux courantes, mais aussi des stables (étangs, mares…). La fédéralisation de la Belgique permet donc – quand même – que des travaux soient menés complémentairement, à défaut de l’être en collaboration. Une seule somme (dans les deux langues) aurait certes été la solution du bon sens, permettant d’éviter les redites. On sait assez que nos grands fleuves (Escaut, Meuse), maintes de nos rivières (Dendre, Senne…) et aussi de nos voies navigables d’origine humaine (canal Albert, canal de l’Espierres…) coulent du sud au nord en coupant impunément la frontière linguistique étendue d’est en ouest. C’est même une des composantes du lien belge, non la seule, mais non la moindre.

Le dictionnaire de près de mille pages de l’équipe néerlandophone, à présent abouti et qui retient ici notre attention, n’usurpera certes pas sa place dans l’atelier de l’historien comme dans la bibliothèque de l’honnête homme. Aussi fidèlement que possible et sources à l’appui, l’évolution des hydronymes y est retracée à partir d’une longueur d’au moins un kilomètre (sauf exceptions). Les éventuels changements d’appellation selon les lieux sont également pris en compte. L’intérêt de l’ensemble s’accroît encore si on considère la quantité de rivières et de ruisseaux qui ont donné leur nom à des implantations ou à des lieux situés sur leurs berges.

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Heurs et malheurs de la bataille de l’Yser sur la toile

Exposé aux intempéries à Ostende, le « Panorama » sur 360 degrés que lui avait consacré le peintre-soldat Alfred Bastien au lendemain de la Grande Guerre fut transféré et restauré en 1950-1951 au musée de l’Armée à Bruxelles. Mais depuis, on n’a pas su qu’en faire… (1914-2014)

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Quelques séquences de la fresque. L’artiste entendait restituer « l’atmosphère de désolation, de ruines et de souffrances » . (Source: Tony Langley, « Alfred Bastien’s « Panorama de l’Yser »  » , site « Roads to the Great War » , 22 déc. 2013, http://roadstothegreatwar-ww1.blogspot.com/2013/12/alfred-bastiens-panorama-de-lyser.html)

Vastes tableaux déployant leur sujet sur 360 degrés, les panoramas ont connu leur heure de gloire au XIXè siècle. Un des derniers aujourd’hui exposés se trouve au Mémorial de Waterloo. Il s’inscrit dans la longue série, inaugurée dès 1816, des œuvres cylindriques géantes relatant l’ultime affrontement des alliés et de Napoléon. Entrepris un siècle plus tard, pendant la Grande Guerre, le Panorama de la bataille de l’Yser dû à Alfred Bastien (1873-1955) constitue pour le genre une sorte de chant du cygne. Sans équivalent ultérieur en Belgique, cette immense toile de 1800 m² connaîtra en outre bien des fortunes et infortunes, sur lesquelles les archives du Musée royal de l’armée et d’histoire militaire ont fourni de nouveaux éclairages [1].

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De l’enlèvement comme stratégie de mariage

A travers une étude de cas dans le Gand du bas Moyen Age, il apparaît que les enfants n’hésitaient pas à recourir à ce moyen pour contourner la volonté des parents. En matière de patrimoine ou d’héritage et devant la justice, les femmes et les jeunes adultes pouvaient aussi avoir gain de cause (XVè siècle)

Jusqu’à quel point, dans les sociétés d’Ancien Régime, les futurs conjoints se choisissaient-ils ou devaient-ils se ranger à l’avis des parents et aux stratégies d’alliances familiales ? La question a été et demeure amplement débattue entre historiens. Assurément, les père et mère avaient une voix au chapitre importante, parfois exclusive, pour le meilleur ou pour le pire, mais une grande diversité de pratiques et d’usages s’observe selon les régions, les rangs sociaux, les sexes… On s’accorde à estimer que les contraintes étaient généralement moindres dans les groupes moins fortunés ou moins influents, le mariage n’y revêtant pas d’enjeu économique ou politique. Cependant, même les jeunes gens des classes supérieures ne furent pas tous voués à partager le sort des enfants d’Harpagon, l’avare de Molière, promis aux fiancé(e)s les plus improbables pour eux mais les plus profitables pour lui. Comme chez Molière du reste, où Elise et Cléante finissent par avoir gain de cause, les projets des géniteurs ne se réalisaient pas toujours. La littérature regorge d’intrigues inspirées par ces situations conflictuelles. L’Eglise avait pour sa part indiqué de longue date comment les trancher en imposant la condition impérative, rappelée au concile de Trente, du consentement mutuel des époux [1].

A travers une étude de cas située dans le Gand du XVè siècle, Jelle Haemers et Chanelle Delameillieure, de la Katholieke Universiteit te Leuven (KULeuven), apportent un éclairage éloquent sur les moyens mis en œuvre pour rectifier ou contrecarrer au besoin les plans parentaux [2]. Le paterfamilias ici concerné, Simon van Formelis, n’est pas le premier venu. Docteur en droit, juriste et diplomate, appartenant à l’élite du comté, il est président du Conseil de Flandre, la plus haute instance juridique, quand son fils Jan, en 1433, va défrayer la chronique. Il a en effet recours au procédé alors le plus populaire pour surmonter les réticences mises à lui octroyer la main de sa bien-aimée et aimante Gertrude, fille de Jan van Strépy, seigneur d’Oisquercq (Tubize): l’enlèvement. Continuer à lire … « De l’enlèvement comme stratégie de mariage »

Le train sifflera une fois, sous Bruxelles…

En 1837 déjà, la jonction ferroviaire entre le Nord et le Midi préoccupait les édiles bruxellois et les gestionnaires des chemins de fer. Cinquante ans de projets ont précédé cinquante ans de réalisation, non sans oppositions, pour faire aboutir le chantier à l’aube des années ’50. La ville en porte encore les cicatrices (1900-1952)

Drapeaux, orchestre, oriflammes, discours vibrant d’émotion, foule en liesse et endimanchée… : il y a toute l’euphorie économique et technique des fifties dans les images qui fixèrent, le samedi 4 octobre 1952, l’inauguration de la jonction Nord-Midi par le tout jeune roi Baudouin dans la gare flambant neuf de Bruxelles-Central. « Les Bruxellois, titrait La Libre Belgique le lundi 6, ont étrenné leur nouveau jouet » . C’était le point final d’une véritable épopée industrielle, pour laquelle il avait fallu, sur une longueur de 3,8 kilomètres, extraire un million de mètres cubes de déblais, planter bout à bout 85 kilomètres de pieux en béton armé, fixer 45.000 tonnes de charpentes métalliques, faire travailler 1600 ouvriers pendant seize ans, mais aussi contraindre plus de 12.000 personnes à déménager.

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Le chantier à ciel ouvert, photographié en avril 1938, de la jonction qui allait couper Bruxelles en deux. (Source: collection Paul Pastiels, photos Sergysels et Dietens, dans Michelangello van Meerten, Greta Verbeurgt & Bart van der Herten, « Un tunnel sous Bruxelles… » , n. 1 infra, p. 69)

Par l’ancienneté du projet, par l’importance des obstacles rencontrés, par l’ampleur du chantier, par la griffe de Victor Horta sur l’architecture des gares, par les traces laissées dans l’organisation spatiale de la capitale, la jonction représente une des plus fascinantes entreprises qu’ait connues la Belgique au XXè siècle. Mais la polémique l’a aussi accompagnée à chaque étape…

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Quand les Bruegel célébraient la fécondité

Très en vogue dans le dernier tiers du XVIè siècle et au début du XVIIè, les représentations iconographiques du jour du mariage reflètent les tensions entre la conception chrétienne réaffirmée par le concile de Trente, la persistance de coutumes païennes et l’exaltation renaissante de la nature

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« Le repas de noce » de Pieter Bruegel l’Ancien (1568): une scène festive où la satire se glisse subrepticement. (Source: Kunsthistorisches Museum Wien, Gemäldegalerie, Inv. Nr 1027, www.khm.at/de/object/fe73f687e5/; n. 2, p. 43)

L’auteur de ces lignes n’est peut-être pas le seul qui doive à Willy Vandersteen son premier contact impressionnant, au plus jeune âge, avec le grand art. Dans Le fantôme espagnol (1952), considéré comme un des meilleurs albums du bédéiste anversois, ses héros Bob, Bobette et Lambique sont plongés en plein XVIè siècle par un revenant hanteur d’un musée. Ce voyage dans le temps débute par une aspiration dans Le repas de noce de Pieter Bruegel l’Ancien (1568). De quoi alimenter de précoces réflexions sur la concordance possible – ou non – de  l’œuvre et du réel [1]

Pour l’historien aussi, l’iconographie sous toutes ses formes constitue une voie d’accès à la connaissance du passé, dût-elle, comme toutes les autres, subir les épreuves de la critique. Dans le prolongement d’une thèse défendue à l’Université libre d’Amsterdam, Meta Henneke s’est livrée à l’exercice sur les représentations du jour du mariage, dans le tableau susnommé ainsi que dans d’autres de la même époque [2]. Bon nombre ont en commun la dimension festive, justement appelée bruegelienne, prodigue en agapes, en éclats et plus encore en danses. Mais la satire peut s’y glisser aussi, plus ou moins subrepticement.
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Pas de maison mais un imprimeur pour Fénelon

Non, il n’a pas imaginé « Télémaque » en rêvant dans la forêt boraine du Bois l’Evêque ou dans les bocages de Meslin-l’Evêque. Et il n’y eut pas non plus de résidence. Par contre, c’est très probablement à Bruxelles que fut réalisée la première édition complète et autorisée de son best-seller (1690-1715)

Une très persistante mémoire locale veut qu’un vénérable édifice appelé « la Belle Maison » , qui se dresse à l’orée du bois de Colfontaine à Pâturages, ait été construit ou à tout le moins occupé temporairement par Fénelon, entre les années 1690 et sa mort en 1715. Que le domaine ait aussi reçu le nom de Bois l’Évêque n’a pu que renforcer l’idée d’un lien privilégié avec le prélat et écrivain français. D’aucuns se sont même plu à l’imaginer trouvant, auprès des ruisseaux ou au détour des sentiers bordés de charmes, l’imagination dont naîtrait son Télémaque. Mais il y a de la concurrence: celle notamment du village de Meslin-l’Évêque (Ath), qui affiche lui aussi sa « maison Fénelon » et ses paysages bucoliques, où on ne peut que rêver à l’épopée romanesque du fils d’Ulysse et de Pénélope… Pour l'(les) auteur(s) de l’article consacré à l’archevêque de Cambrai dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia, il n’est pas douteux que « vers 1700, il habita quelque temps en Belgique dans une demeure, longtemps appelée « la Belle Maison » , se trouvant aux limites des communes de Pâturages et d’Eugies, puis il se retira dans son archevêché » [1].

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Selon la légende de cette carte postale datée de la fin du XIXè siècle ou du début du XXè, la maison dite château Fénelon à Meslin-l’Evêque aurait été construite par l’archevêque, mais il est « fort peu probable » qu’il y ait résidé. (Source: Universiteitsbibliotheek Gent, https://lib.ugent.be/en/catalog/rug01:001199148)

Il y a belle lurette, pourtant, que des doutes se sont élevés. Dans le cas de Meslin-l’Evêque, la légende d’une carte postale ici reproduite et datée d’il y a plus d’un siècle nous dit qu’il est « fort peu probable » que le grand homme ait résidé dans sa supposée maison, destinée « probablement » à un régisseur. En 1996, Jean-Marie Cauchies, professeur aujourd’hui émérite de l’Université Saint-Louis (Bruxelles) et de l’Université catholique de Louvain, enfonçait le clou pour de bon: l’origine du toponyme « Bois l’Evêque » est bien antérieure à Fénelon et « la Belle Maison » n’a pas pu être bâtie avant le troisième quart du XVIIIè siècle [2].
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Clercs, nobles, villes, franchises…: les représentants politiques sous les ducs de Brabant

Alors que le « parlement » du clergé, de la noblesse et du tiers état devient une puissance avec laquelle il faut compter, les hommes de condition y sont moins présents, les représentants des villes se révélant les plus actifs. La distance par rapport à Bruxelles joue aussi un rôle (XVè siècle)

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Jacob van Abcoude, seigneur de Gaasbeek, n’apparaît pas avec ce titre dans la liste de convocation de 1415. Son auteur savait qu’il n’était pas chevalier. (Source:  vitrail de la cathédrale d’Utrecht, dans Arnoldus Buchelius, « Monumenta passim in templis ac monasteriis Trajectinae urbis atque agri inventa » , manuscrit, 1630, Het Utrechts Archief, HUA [Bibliotheek], XXVII L 1, http://hdl.handle.net/1874/25842; n. 1, p. 25)

Si la fin du Moyen Age est marquée à bien des égards par une tendance lourde à la centralisation princière, on demeure à mille lieues des formes modernes d’absolutisme ou de pouvoir personnel. Le prince n’est pas seul: régulièrement, sa décision sur des matières de première importance est subordonnée à la concertation avec des représentants, sinon du « peuple » comme on l’entendrait de nos jours, du moins des ordres qui composent la société d’Ancien Régime. Dans le duché de Brabant, l’assemblée des « trois états » est dénommée comme telle à partir du XVè siècle, mais la pratique s’est développée dès le XIIIè, à l’initiative tantôt du souverain, tantôt des pouvoirs urbains.

A travers l’étude des listes de convocation à trois de ces réunions brabançonnes (1406, 1415 et 1489) et une aux Etats généraux (1464), listes par ailleurs publiées et assorties de l’identification des invités, Mario Damen, maître de conférences à l’Université d’Amsterdam, apporte de précieux éclairages sur la composition et le fonctionnement de cette instance en même temps qu’un véritable who’s who des personnes qui comptent alors politiquement [1]. Des listes identiques existent ailleurs en Europe. La plus ancienne qui nous soit parvenue est celle des villes de la province pontificale du Patrimoine de Saint-Pierre, datée de 1298. Les sources qui font l’objet du présent travail apparaissent cependant, par comparaison, comme particulièrement riches.

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