Oudewater entre papistes et gueux

Quand les grands Pays-Bas se déchirent, la ville frontalière subit le pire des caranages. Passée dans le camp des Provinces-Unies, elle renaît de ses cendres, mais la cohabitation pacifique atteint rapidement ses limites entre catholiques et protestants, et plus encore parmi ces derniers (1572-1619)

   L’hôtel de Ville d’Oudewater, dans l’actuelle province d’Utrecht, conserve un tableau monumental du peintre Dirck Stoop, daté du milieu du XVIIe siècle. Comme le précise son titre, De Oudewaterse Moord, il s’agit d’une évocation du massacre qui accompagna le 7 août 1575, au début de la guerre de Quatre-Vingts Ans, la prise de cette position stratégique par les troupes servant le Roi d’Espagne.

   Déclenché à la suite d’un soulèvement aux motivations multiples, ce conflit allait déboucher sur la scission des grands Pays-Bas – grosso modo le Benelux, plus une partie du Nord de la France, moins la principauté de Liège. La tragédie d’Oudewater s’est inscrite dans le contexte d’une relance de l’offensive des forces de Philippe II contre des communes séditieuses qui seront plus tard frontalières. De longues négociations s’étaient déroulées auparavant avec les insurgés à Breda, mais elles s’étaient avérées infructueuses. La parole était de nouveau aux armes.

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Philippe Boesmans, l’homme de toutes les musiques

Marqué à ses débuts par le courant sériel, le compositeur de « La Passion de Gilles » et de « Pinocchio » a évolué vers une écriture plus classique, convaincu qu’il fallait « retrouver la grâce » et s’inspirant librement des styles de n’importe quelle époque. Le tout sans jamais se départir de son sens de l’humour (1960-2022)

   Son décès, le 10 avril 2022 à Bruxelles, mobilisa les médias beaucoup moins que celui du chanteur Arno… treize jours plus tard, ou celui de l’écrivain Hugo Claus quelques années auparavant. Philippe Boesmans fut pourtant une figure majeure de ce qu’il est convenu d’appeler la jeune musique. Le livre que lui consacre le journaliste et pédagogue Camille De Rijck, qui fut son confident, se présente comme un hommage, avec le caractère laudatif qui est la loi du genre [1]. Il n’en est pas moins instructif, après les études musicologiques suscitées par l’œuvre du compositeur et en attendant, le recul aidant, sa biographie scientifique.

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Le roi Baudouin, mystique et politique

De l’emprise des partis aux questions éthiques, de la décolonisation aux réformes de l’Etat, les carnets privés du cinquième Roi des Belges révèlent le regard de foi qu’il porta sur chaque événement comme sur le drame de ne pas avoir d’enfant. Le constat de son humanité, manifestée de multiples manières, fit l’unanimité (1950-1993)

   Entre les débuts du prince royal, nullement préparé, considéré par ses ministres comme un « non-interlocuteur » , et le dernier hommage rendu au Roi par quelque 500.000 Belges faisant la file devant le palais et 38 chefs d’Etat présents aux funérailles, que de chemin parcouru! Vincent Dujardin, professeur à l’Université catholique de Louvain, n’a pas ménagé ses peines pour le retracer [1].

   Spécialiste de nos temps contemporains, il a entrepris ses recherches au moment le plus opportun, quand les archives commençaient à s’ouvrir alors qu’un nombre important de témoins et d’acteurs pouvaient encore être interrogés. On soulignera particulièrement l’importance des entretiens de l’historien avec la reine Fabiola et de l’accès qu’elle lui a ouvert aux écrits privés de son mari.

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Les fuites du Troisième Reich

Les récits des évadés des camps allemands de prisonniers de guerre frisent parfois l’incroyable. Environ 1 % des captifs ont réussi cette aventure périlleuse. Avec les civils fuyant la Belgique occupée, ils ont souvent transité par l’Espagne pour s’exiler ou rejoindre les forces alliées en Angleterre (1940-1945)

   Au début de la Seconde Guerre mondiale, l’armée belge comptait environ 650.000 hommes. Après la campagne des 18 jours et la capitulation (10-28 mai 1940), on estime à quelque 100.000 le nombre de ceux qui furent et restèrent prisonniers en Allemagne, déduction faite des bénéficiaires de la décision « ethnique » de libérer les Flamands. Parmi ces derniers, certains furent toutefois maintenus en détention pour avoir manifesté des sentiments patriotiques hostiles aux vainqueurs, alors que des francophones ayant réussi le test de langue allemande purent regagner leurs foyers.

   Les combattants qui ne retrouvèrent pas d’emblée la liberté n’attendirent pas tous la fin des hostilités dans les oflags (pour les officiers ) et les stalags (pour les sous-officiers et hommes de troupe). Un certain nombre fut rapatrié pour raisons médicales. D’autres parvinrent à s’évader. De ces derniers, Bernard Wilkin (Archives de l’Etat) et Bob Moore (Université de Sheffield, professeur émérite) ont ouvert les dossiers et recueilli les récits [1]. Leur travail s’est étendu aux civils et aux démobilisés ayant entrepris, par des voies clandestines, de s’exiler ou de rejoindre les forces alliées. Les réseaux Comète et Sabot notamment servirent ces desseins.

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L’inspirante faïence de Bruxelles

Suivant les goûts des collectionneurs de faïences de l’époque, la manufacture de Géo Martel à Desvres (Pas-de-Calais) a produit nombre de pièces inspirées notamment de modèles bruxellois anciens. Il est arrivé que les imitations soient prises pour les originaux ou que ses créations propres soient présumées bruxelloises (1900-1930)

   En présence de deux assiettes de faïence dont le décor vert de cuivre évoque des papillons survolant des herbes, avec les larves ou les chenilles de leur cycle de vie, nul besoin d’être doté un œil expert pour deviner une influence de l’une sur l’autre ou l’existence d’un modèle commun. Dans le cas présent, en effet, l’une provient d’une manufacture de Desvres (Pas-de-Calais), où l’on a imité fidèlement un des motifs les plus caractéristiques de la production bruxelloise du XVIIIe siècle, représentée par l’autre pièce.

   De l’entreprise des actuels Hauts-de-France, Géo Martel et son épouse Marguerite, tous deux artistes peintres, se sont rendus propriétaires en 1900. Pourquoi et comment se sont-ils orientés vers la reproduction d’anciens modèles bruxellois, mais aussi delftois, rouennais, neversois…, généralement conservés dans des musées ? A cette question répond un récent article de Claire Dumortier, conservatrice honoraire des céramiques européennes aux Musées royaux d’art et d’histoire, et Patrick Habets, professeur émérite de mathématiques à l’Université catholique de Louvain, avec la céramique pour violon d’Ingres [1].

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Gérard de Nerval avait bonne presse

L’auteur d’ « Aurélia » a été dès son vivant bien connu et apprécié chez nous. Des critiques ont été toutefois émises sur son écriture complexe et sa participation à une certaine arrogance française. Après avoir annoncé prématurément sa mort, « L’Indépendance belge » s’est avérée le journal le mieux informé sur sa fin tragique (1840-1860)

   De Gérard de Nerval, l’encyclopédie Larousse en ligne nous dit que « la plupart de ses contemporains n’avaient jamais vu en lui qu’un gentil poète, un sympathique bohème, un polygraphe de talent. Pendant trois générations, nul ne chercha à pénétrer le sens profond de son œuvre » [1]. Et pourtant, c’est une ample moisson qu’a publiée Michel Brix, directeur de recherches honoraires à l’Université de Namur, spécialiste de la littérature française du XIXe siècle, après avoir collecté dans la presse belge contemporaine de l’écrivain les articles qui lui furent consacrés [2].

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Marie de Hongrie, la médiatrice

Gouvernante des grands Pays-Bas, la sœur de Charles Quint fut aussi, même à l’arrière-plan, diplomate, conseillère, mécène, maître d’oeuvre. Avec la défense des intérêts des Habsbourg pour souci majeur, elle s’est efforcée de maintenir les liens entre le pouvoir central et les turbulentes élites aristocratiques locales (1505-1558)

   Aux visiteurs du domaine de Mariemont (Morlanwelz), le dimanche 10 mai dernier, était promise « une immersion au cœur du XVIe siècle » . Les animations furent à la hauteur de l’annonce. Saynètes et danses, cortèges et « escrime historique » , Hallebardiers de Binche et Arbalétriers de Bruxelles, le tout en costumes de la Renaissance, ont marqué la fin de l’exposition « Marie de Hongrie. Art et pouvoir » inaugurée l’automne précédent. En demeure l’ouvrage collectif, à vrai dire somptueux, réalisé à cette occasion sous la direction de Jean-Marie Cauchies (Académie, professeur émérite) et Gilles Docquier (Mariemont) [1].

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Le Congo belge, vivier d’inventeurs

Inspiré de celui de la métropole, le système des brevets a été conçu avec des facilités destinées à attirer les inventeurs et les entrepreneurs étrangers dans la colonie et les territoires sous mandat. Le nombre des Belges bénéficiant de ce monopole d’exploitation n’a dépassé celui des non-Belges qu’en 1922 (1885-1945)

   En pointe dans le système des brevets, la Belgique s’est dotée en 1854 d’une législation adaptée après avoir hérité du régime français. Elle a figuré en outre parmi les premiers signataires, en 1883, de la Convention de Paris pour la protection de la propriété industrielle et, trois ans plus tard, de la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques. Au début du XXe siècle, on décernait chez nous chaque année quelque 5500 titres assurant un monopole temporaire d’exploitation d’une invention. C’était davantage qu’en Allemagne où la moyenne annuelle tournait autour de 5000.

   Un pouvoir d’attraction débordant largement nos frontières explique ce succès auprès des professeurs Tournesol de l’époque. Le Congo léopoldien puis belge a joué à cet égard un rôle majeur, que vient illustrer un article de Véronique Pouillard, docteure en histoire de l’Université libre de Bruxelles et professeure à l’Université d’Oslo [1].

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Un catholicisme en déconstruction

Sa minorisation dans notre société a conduit de nombre d’organismes et de personnalités à s’engager dans la voie du pluralisme ou à chercher des ajustements avec les idéologies dominantes, quitte à se distancier du magistère ecclésial. Mais il y eut aussi, même si elles peinaient à se faire entendre, des voix pour prôner la résistance (1945-)

   D’un rapport d’activités publié en 2023 par l’Eglise de Belgique, il ressort que la moitié de nos compatriotes se déclarent catholiques [1]. Dans les années 1970, selon l’European Value Study, ils représentaient pas loin de trois quarts de la population (72 %). Le même rapport estime à près de 9 % la proportion des Belges qui se rendent au moins une fois par mois à une célébration religieuse. Les sociologues Liliane Voyé et Karel Dobbelare en avaient dénombré moins de la moitié en 2012: seulement 4 % [2].

   Paradoxalement, cette bérézina n’affecte pas ou très peu les principales composantes du pilier catholique – syndicale, mutualiste, scolaire, universitaire… Les chiffres ne peuvent toutefois masquer que le rapport de ces structures à la foi fait l’objet d’interrogations et qu’un pluralisme de fait s’est imposé en leur sein. Même parmi bon nombre de fidèles pratiquants, la prise de distance à l’égard des enseignements du magistère ecclésial, surtout quand ils vont à rebours des idéologies dominantes, a été établie par maintes enquêtes d’opinion. On a pu forger à leur propos le concept de « catholaïques » . C’est principalement à l’étude de ces transformations du paysage religieux que s’est consacrée Cécile Vanderpelen-Diagre, professeur d’histoire contemporaine à l’Université libre de Bruxelles [3].

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Les Belges fauteurs de troubles aux Pays-Bas ?

Attirés par les salaires hollandais, les travailleurs frontaliers ont été souvent montrés du doigt pour avoir instigué des conflits sociaux à l’encontre de la culture du consensus qui prévaut chez nos voisins. Dans la plupart des cas, il ont en fait défendu leurs intérêts spécifiques ou suivi des mouvements décidés par les syndicats nationaux (1960-1980)

   Au tournant des années ’60 et ’70, on compte quelque 25.000 Belges travaillant aux Pays-Bas sans y résider, contre moins de 10.000 en 1960. Cette progression est due en grande partie à l’attractivité des salaires hollandais poussés à la hausse par un marché de l’emploi serré dans le secteur industriel. Avec la crise de 1974 viendra la décrue. Dans les années ’80, il ne restera qu’une fourchette de 14.000 à 16.000 hommes et femmes. Les contingents les plus importants ont été engagés dans des entreprises proches de la frontière: à Eindhoven chez le fabricant d’électronique Philips (2200 en 1962) et les automobiles Daf (1000) ainsi qu’à Maastricht à l’usine de céramique Sphinx (1700), qui constituent le « top trois » .

   Faut-il s’en étonner ? Ces compatriotes franchissant quotidiennement la frontière ont été loués ou dénigrés – selon les points de vue – pour avoir été les instigateurs de nombre de conflits sociaux survenus dans les entreprises néerlandaises où ils pesaient numériquement. Reste à savoir si ce fut à tort ou à raison… Ad Knotter, professeur émérite de l’Université de Maastricht, a pris cette question à bras-le-corps [1].

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