Du vrai dans les faux médiévaux

Les « révolutions de l’écrit » qui culminent sous les Carolingiens et au XIIe siècle ont été accompagnées de bricolages, déviations, manipulations… qui évoquent à certains égards la prolifération des « fake news » à l’ère numérique. Mais des contrôles ont existé et il faut se départir d’une distinction trop rigide entre le vrai et le faux

   Peut-on établir un parallèle entre la viralité du fake en nos temps numériques et la montée en puissance du faux qui accompagna les « révolutions de l’écrit » au Moyen Age ? C’est en tout cas le grand écart que tente Paul Bertrand (Université catholique de Louvain) après avoir analysé une trentaine de cas entre l’Antiquité tardive et la Renaissance [1]. Les exemples que je retiendrai ici concernent plus particulièrement nos régions.

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D’un « faux » contemporain à un « vrai » médiéval

Le panneau d’ « Anne et Marie » attribué à Memling ou à ses proches et conservé au musée d’Enschede est-il un faux réalisé au XXè siècle par l’imitateur Jef Van der Veken ? Une étude menée avec des techniques de pointe permet au contraire de situer au début du XVIè siècle cette œuvre qui pourrait être bien due à l’atelier Memling (1500-1550)

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Le triptyque reconstitué de la crucifixion de Jan Crabbe et en  dessous le volet « Anne et Marie » , où Marie a pris la place de la mère de  Crabbe. (Sources: Web Gallery of Art WGA 14.810 et Rijksmuseum     Twenthe)

  On ne prête qu’aux riches. En témoigne, la liste des faux attribués à Jef Van der Veken, surtout connu pour sa copie du panneau dit des « Juges intègres » qui a remplacé l’original volé dans le polyptyque de L’Agneau mystique de (ou des) Van Eyck, conservé à la cathédrale de Gand. Jean-Luc Pypaert, traqueur inlassable des imitations du peintre et restaurateur anversois (1872-1964) dont il a publié le catalogue, a-t-il indûment ajouté une pièce à son tableau de chasse ? Il s’agit d’ « Anne et Marie » , un petit panneau attribué à Hans Memling (v.1433-1494), son atelier ou son entourage, conservé au Musée national de la Twente à Enschede, dans la province néerlandaise de l’Overijssel. C’est peu dire qu’on y a été piqué au vif par la contestation du « chercheur indépendant » – ainsi qu’il se présente –, parue dans un ouvrage collectif édité par l’Institut royal belge du patrimoine artistique (Irpa) et reprise ultérieurement parmi des compléments au catalogue précité.

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