Un catholicisme en déconstruction

Sa minorisation dans notre société a conduit de nombre d’organismes et de personnalités à s’engager dans la voie du pluralisme ou à chercher des ajustements avec les idéologies dominantes, quitte à se distancier du magistère ecclésial. Mais il y eut aussi, même si elles peinaient à se faire entendre, des voix pour prôner la résistance (1945-)

   D’un rapport d’activités publié en 2023 par l’Eglise de Belgique, il ressort que la moitié de nos compatriotes se déclarent catholiques [1]. Dans les années 1970, selon l’European Value Study, ils représentaient pas loin de trois quarts de la population (72 %). Le même rapport estime à près de 9 % la proportion des Belges qui se rendent au moins une fois par mois à une célébration religieuse. Les sociologues Liliane Voyé et Karel Dobbelare en avaient dénombré moins de la moitié en 2012: seulement 4 % [2].

   Paradoxalement, cette bérézina n’affecte pas ou très peu les principales composantes du pilier catholique – syndicale, mutualiste, scolaire, universitaire… Les chiffres ne peuvent toutefois masquer que le rapport de ces structures à la foi fait l’objet d’interrogations et qu’un pluralisme de fait s’est imposé en leur sein. Même parmi bon nombre de fidèles pratiquants, la prise de distance à l’égard des enseignements du magistère ecclésial, surtout quand ils vont à rebours des idéologies dominantes, a été établie par maintes enquêtes d’opinion. On a pu forger à leur propos le concept de « catholaïques » . C’est principalement à l’étude de ces transformations du paysage religieux que s’est consacrée Cécile Vanderpelen-Diagre, professeur d’histoire contemporaine à l’Université libre de Bruxelles [3].

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Les Belges fauteurs de troubles aux Pays-Bas ?

Attirés par les salaires hollandais, les travailleurs frontaliers ont été souvent montrés du doigt pour avoir instigué des conflits sociaux à l’encontre de la culture du consensus qui prévaut chez nos voisins. Dans la plupart des cas, il ont en fait défendu leurs intérêts spécifiques ou suivi des mouvements décidés par les syndicats nationaux (1960-1980)

   Au tournant des années ’60 et ’70, on compte quelque 25.000 Belges travaillant aux Pays-Bas sans y résider, contre moins de 10.000 en 1960. Cette progression est due en grande partie à l’attractivité des salaires hollandais poussés à la hausse par un marché de l’emploi serré dans le secteur industriel. Avec la crise de 1974 viendra la décrue. Dans les années ’80, il ne restera qu’une fourchette de 14.000 à 16.000 hommes et femmes. Les contingents les plus importants ont été engagés dans des entreprises proches de la frontière: à Eindhoven chez le fabricant d’électronique Philips (2200 en 1962) et les automobiles Daf (1000) ainsi qu’à Maastricht à l’usine de céramique Sphinx (1700), qui constituent le « top trois » .

   Faut-il s’en étonner ? Ces compatriotes franchissant quotidiennement la frontière ont été loués ou dénigrés – selon les points de vue – pour avoir été les instigateurs de nombre de conflits sociaux survenus dans les entreprises néerlandaises où ils pesaient numériquement. Reste à savoir si ce fut à tort ou à raison… Ad Knotter, professeur émérite de l’Université de Maastricht, a pris cette question à bras-le-corps [1].

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