L’indépendance et déjà un Nothomb

Luxembourgeois, Jean-Baptiste a dû accepter la perte de l’actuel grand-duché. Unioniste, il a vu l’unionisme voler en éclat. Mais il a laissé sa marque dans la Constitution, pris la mesure de la question sociale et incarné l’esprit européen au milieu des périls. Et puis, quelle étonnante descendance! (1830-1881)

   Il n’a que 25 ans quand il devient, en octobre 1830, secrétaire de la commission chargée de rédiger un projet de Constitution pour la Belgique. Ce n’est là que le premier jalon d’une vie déroulée tout entière au devant de la scène. Député (à partir de 1831), secrétaire général des Affaires étrangères (1831-1836), dans une période périlleuse pour le nouvel Etat, ministre des Travaux publics (1837-1840), à l’origine d’un grand réseau routier et ferroviaire, il sera finalement chef du Cabinet (= Premier ministre) et ministre de l’Intérieur (1841-1845), avant de nous représenter à Berlin jusqu’à sa mort, le tout sans jamais cesser d’être un homme de confiance hautement apprécié de Léopold Ier. Je m’en tiens à l’essentiel.

   Jean-Baptiste Nothomb (1805-1881) méritait donc bien qu’un biographe moderne s’intéresse à lui. C’est un homme politique, François Roelants du Vivier, ancien élu du parti Ecolo, archéologue et historien de l’art de formation, qui s’est attelé à la tâche [1]. Il est aussi descendant en ligne collatérale de son sujet, qui fut en quelque sorte le fondateur d’une très féconde dynastie.

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Le Luxembourg, si impérial et si fragile

Ses comtes puis ses ducs sont appelés à de hautes destinées, sur les trônes de l’Empire, de la Bohême, de la Hongrie… Mais leur absence dans leur domaine ancestral et les pratiques de mise en gage de celui-ci favorisent l’instabilité et les troubles ainsi que les prétentions et les libertés des élites locales (1308-1437)

   Pour le Luxembourg, le tournant des XIVe et XVe siècles n’a rien d’un âge d’or. Selon les termes du  médiéviste Michel Margue, le pays se trouve alors plongé « dans un état de guerre permanente et de déclin économique » [1]. Est en cause, paradoxalement, la bonne fortune de la maison régnante, appelée à de si hautes destinées qu’il lui est difficile de maintenir une souveraineté stable dans son propre domaine. Cet état de complexité et de fragilité vient de recevoir l’éclairage de l’historienne et philologue Christa Birkel, dans une contribution dérivée de sa thèse défendue à l’Université du Luxembourg [2].

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Le futur Léopold II et la présence chrétienne en Orient

Les voyages de l’héritier du trône en terres alors ottomanes ont des visées avant tout socio-économiques, voire coloniales, mais ses écrits témoignent aussi de son attachement à la cause catholique confrontée à l’islam et plus encore à la concurrence orthodoxe grecque (1854-1864)

   Un séjour à Constantinople pendant près d’un mois en 1860, trois en Egypte, nominalement vassale des Ottomans, entre 1854 et 1864: de toute évidence, l’Orient proche a figuré parmi les destinations privilégiées de celui qui se préparait alors à être le Roi des Belges. En août 1862, à Londres où il s’était rendu pour l’Exposition universelle, le duc de Brabant, alors âgé de 27 ans, précisa dans ses notes personnelles l’objectif de ses nombreux voyages: chercher « des arguments en faveur de ma thèse chérie: le développement honnête de ma patrie par l’acquisition de provinces extérieures. Mon œuvre est civilisatrice, chrétienne et patriotique » .

   Les sources relatives à ces périples, notamment les journaux tenus par le jeune prince, ont été enrichies par la découverte de l’étonnant fonds des frères Goffinet, confidents de nos deux premiers Souverains, acquis en 1993 par la section du patrimoine de la Fondation Roi Baudouin et déposé aux Archives du Palais royal. Ces écrits, avec d’autres émanant de l’entourage, ont permis de mieux cerner l’approche léopoldienne d’un empire des sultans et des vizirs hautement complexe, « homme malade » selon l’expression attribuée au tsar Nicolas Ier, avec sa mosaïque de religions au sein desquelles le maintien d’une présence chrétienne fait à nos yeux figure de défi permanent.

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