Philippe Boesmans, l’homme de toutes les musiques

Marqué à ses débuts par le courant sériel, le compositeur de « La Passion de Gilles » et de « Pinocchio » a évolué vers une écriture plus classique, convaincu qu’il fallait « retrouver la grâce » et s’inspirant librement des styles de n’importe quelle époque. Le tout sans jamais se départir de son sens de l’humour (1960-2022)

   Son décès, le 10 avril 2022 à Bruxelles, mobilisa les médias beaucoup moins que celui du chanteur Arno… treize jours plus tard, ou celui de l’écrivain Hugo Claus quelques années auparavant. Philippe Boesmans fut pourtant une figure majeure de ce qu’il est convenu d’appeler la jeune musique. Le livre que lui consacre le journaliste et pédagogue Camille De Rijck, qui fut son confident, se présente comme un hommage, avec le caractère laudatif qui est la loi du genre [1]. Il n’en est pas moins instructif, après les études musicologiques suscitées par l’œuvre du compositeur et en attendant, le recul aidant, sa biographie scientifique.

Continuer à lire … « Philippe Boesmans, l’homme de toutes les musiques »

Une « Muette de Portici » fort peu révolutionnaire

L’opéra d’Auber, Scribe et Delavigne n’est pas favorable à la révolte napolitaine qu’il relate, mais les indépendantistes belges l’ont investi d’un sens conforme à leur cause. A l’inverse, le public et les critiques hollandais en ont retenu après 1830 la condamnation de la sédition (1829-1900)

PASBEL20180523
« La Muette de Portici » dans une illustration de presse, 1863. (Source: Bibliothèque nationale de France, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84029172/f1.item)

Ce n’est pas le moindre des paradoxes: La muette de Portici, l’opéra d’Esprit Auber créé en 1828 et qui mit le feu aux poudres de la Révolution belge le 25 août 1830, n’était nullement de nature à y inciter. Il relate certes une révolte, celle de la population de Naples contre les Habsbourg d’Espagne en 1628, mais il se garde bien de l’exalter. Le livret d’Eugène Scribe et Germain Delavigne confère au soulèvement des motifs d’ordre personnel et non politique. Le pêcheur Masaniello donne le signal de l’insurrection après avoir appris que sa sœur muette Fenella, personnage ajouté à l’histoire, a été déshonorée par le fils du vice-roi, lequel se révélera accessible au remords. Les violences des Napolitains n’ont rien à envier à celles des Espagnols qui les répriment. Le vice-roi demeure hors de la trame et ne peut donc être mis en cause. L’aventure, en outre, finit mal pour les insurgés qui sont défaits alors que leur meneur meurt empoisonné par un des siens qui a vu en lui un traître et un tyran potentiel. Il n’est pas jusqu’au Vésuve en éruption, dans lequel le désespoir précipite Fenella, qui ne manifeste le désaccord de la nature avec la rébellion!

Continuer à lire … « Une « Muette de Portici » fort peu révolutionnaire »