La SNCB dans le train de la collaboration… et de la résistance

Son rôle dans le transport de troupes ou de matériel militaire et plus encore dans les déportations a fait l’objet d’un examen à la demande du Parlement et du gouvernement. Mais elle était privée d’autonomie, alors que son personnel et ses responsables ont mené de nombreuses actions contre l’occupant (1940-1944)

   La Société nationale des chemins de fer belges (SNCB) doit présenter « des excuses officielles » pour le rôle qu’elle a joué dans les déportations des Juifs, des Roms, des prisonniers politiques et des travailleurs forcés pendant la Seconde Guerre mondiale; elle doit prendre en outre diverses initiatives mémorielles et organiser une journée du souvenir; au-delà, il convient de sensibiliser l’ensemble des agents de l’Etat aux dilemmes moraux qu’ils peuvent rencontrer dans certaines circonstances: telles sont pour l’essentiel les recommandations, remises au début de cette année, d’un groupe de sages constitué par le gouvernement fédéral sous la houlette de la juriste Françoise Tulkens [1].

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A Malmedy, Lily avait 13 ans en 1940

Ballottée avec sa famille entre la Belgique et l’Allemagne, elle a connu la germanisation forcée, l’endoctrinement national-socialiste, les bombardements mais aussi la peur des Américains et les suspicions pesant après la Libération sur ceux qui s’étaient trouvés, même involontairement, du côté de l’ennemi (1940-1945)

   C’est un destin bien singulier que celui des habitants des cantons de l’Est nés au début du   XXe siècle: Allemands avant la Grande Guerre (par la volonté des vainqueurs de Napoléon en 1815), Belges après en application du traité de Versailles, de nouveau Allemands pendant la Seconde Guerre, de nouveau Belges ensuite. Venue au monde à la fin des années 1920 dans un Malmedy où les deux tiers de la population parlaient la langue de Goethe, Lily (Elisabeth) Pierry n’a pas connu la première intégration à la Belgique, qui ne se déroula pas sous les meilleurs auspices: plutôt à la manière d’une réparation de guerre. Elle peut en revanche témoigner des chapitres ultérieurs. C’était une raison amplement suffisante pour que son petit-fils instituteur Ronald Goffart lui donne la parole et se fasse son biographe [1].

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Vallée de la Meuse, vallée de la mort

On ne voit presque plus rien entre Liège et Huy en ces premiers jours de décembre. Mais le brouillard est aussi toxique et il sera mortel pour des dizaines d’habitants ainsi qu’une partie du bétail. En cause, des rejets industriels sulfureux combinés à un phénomène météorologique rare. Un pic dans des nuisances ici permanentes (1930)

   Le samedi 6 décembre 1930, on lit à la une du Chicago Daily Tribune ce titre en lettres capitales: « 68 DIE IN EUROPE’S « GAZ FOG »  » ( « 68 décès dans le « brouillard de gaz » en Europe » ). Le journal rapporte, parmi d’autres informations, que les autorités belges se préparent à distribuer plus de 20.000 masques à gaz et que les Bruxellois, terrorisés, se calfeutrent chez eux. Dans toute la presse des deux côtés de l’Atlantique sont relatés maints accidents, sur routes et en mer. Les effets de la purée se font sentir jusqu’à Paris mais c’est dans la vallée de la Meuse, entre Liège et Huy, qu’elle atteint son paroxysme. On n’y voit pratiquement plus rien, au point que les services de bus ont été supprimés temporairement.

   Dès le début de la semaine, les premiers « malades du brouillard » ont été signalés. Le mercredi 3 décembre, près d’Engis, un couple de fermiers et des ouvriers agricoles ont été frappés de quintes de toux, la gorge brûlée par une odeur âpre, crachant noir et jaune. Non loin de là, un éleveur, la poitrine oppressée, a dû abattre ses porcs qui suffoquaient. Après quelques jours, c’est parmi les humains que les morts se comptent par dizaines. Les victimes ont commencé par être sujettes à des essoufflements, des maux au thorax, des vertiges, des nausées. Certaines sont tombées dans le coma en pleine rue avant de rendre l’âme. Dans les étables, les cadavres de bestiaux s’accumulent. On a pu sauver certains d’entre eux en les amenant vers les hauteurs environnantes. Ce n’est qu’après le 5 décembre que l’air redeviendra à peu près respirable.

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Des logements pas si « sociaux » que cela

Les sociétés à l’origine des grands complexes d’appartements érigés à Anvers après 1945 ont rapidement sacrifié aux dures nécessités de la rentabilité leur vocation initiale d’aide aux plus démunis. Le profil des occupants a relevé davantage de la classe moyenne, même si on a fini par construire à moindres frais (1949-1978)

   Cela peut surprendre aujourd’hui mais il fut un temps où Anvers était à la pointe en matière d’habitats collectifs inspirés par la gauche. Savoir si cette politique a atteint ses objectifs est une autre question. Rick Faust (Université d’Anvers) a entrepris d’y répondre en dressant le bilan des sociétés de logement social SM Huisvesting et Onze Woning, porteuses de projets de grande ampleur dans trois quartiers de la Métropole [1].

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Une histoire mondiale de nos villes

L’importance des échanges avec l’étranger proche ou lointain a marqué nombre d’entre elles aux plans commercial, démographique, culturel, sociétal… Le constat ne vaut pas que pour les grands centres tels Anvers et Bruxelles. Le poids du monde se fait aussi sentir dans bien des petites et moyennes cités

   S’il est bien une spécificité de nos régions depuis la fin du Moyen Age, c’est leur densité urbaine, devenue à la longue la plus élevée du monde. En 1700, 46 % de la population des Pays-Bas actuels vivait dans des villes de plus de 5000 habitants. En Belgique, on se bornait à 29 % mais on occupait la deuxième place, loin devant l’Angleterre, l’Italie ou l’Espagne (14-15 %). En 1870, Pays-Bas et Belgique étaient à égalité (32 %) mais dépassés par l’Angleterre (50 %). Aujourd’hui (chiffres de 2023), nous avons repris la tête (98 % des Belges, 93 % des Néerlandais) devant les Anglais (85 %). Les fusions de communes aidant, le seuil des 5000 âmes est certes facilement dépassé dans le temps présent, mais il est considérable pour l’Ancien Régime.

   Proches les unes des autres, alors que Londres et Paris ont évolué en mégapoles désertifiant les campagnes environnantes ou lointaines, nos cités se signalent aussi par leur internationalité – leur présence à travers le monde ou la présence du monde en elles. C’est cette dimension qui a retenu l’attention de cinquante historiens, réunis pour une vaste fresque couvrant l’espace bénéluxien (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) dans la longue durée, de l’Antiquité à nos jours [1].

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La colline de Vaux-sous-Chèvremont, stratégique et emblématique

Les fouilles récentes ont apporté des éclairages nouveaux sur l’abbaye fortifiée du haut Moyen Age qui compta dans l’espace mosan, sur son enceinte de 850 mètres construite en deux phases ainsi que sur son vaste complexe architectural. Après son démantèlement, des ateliers de céramique occupèrent le site (VIIe-XIIe siècles)

   On est déjà un peu plus près du ciel quand on arrive au haut de la colline de Vaux-sous-Chèvremont (Chaudfontaine), qui surplombe la boucle de la Vesdre. L’ex-couvent des carmes déchaux y jouxte la basilique néogothique dédiée à Notre-Dame, honorée en ces lieux depuis le haut Moyen Age. Les premières pierres de l’église et de la maison des religieux furent bénies en 1877. Jusqu’à une époque récente, les sportifs notamment vinrent ici en pèlerinage.

   C’est donc une page d’histoire de près de 140 ans qui s’est tournée avec le départ des pères, décidé en 2015. Rendant visite, peu auparavant, aux derniers animateurs encore valides de ces lieux, j’ai pu vérifier à quel point ils étaient devenus trop lourds à porter pour eux. Les autorités locales et diocésaines ayant exploré en vain les voies d’une reprise par une autre communauté religieuse, le couvent et la basilique ont été désacralisés et vendus à une société immobilière en vue de transformer les bâtiments en logements – avec un parking sous le parvis! Il s’imposait donc de mettre en œuvre des fouilles archéologiques préventives avant que toutes traces soient perdues de l’abbaye fortifiée initiale, cet important jalon dans l’histoire médiévale de l’espace mosan. Elles ont débuté en juillet 2023 sous l’égide de l’Agence wallonne du patrimoine (AWaP) et en partenariat avec l’Université de Liège [1].

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La Grande Madame de l’industrie verviétoise

Pendant quelque 35 ans, Marie-Anne Biolley-Simonis a dirigé de fait une des plus importantes firmes textiles de la place. Patronne de centaines d’ouvriers dans les conditions dures du temps, elle a soutenu la construction de « maisons pour le peuple » ainsi que l’installation de William Cockerill et ses fils en terres liégeoises (1795-1830)

   La présence d’une femme à la tête d’une entreprise aux débuts de la révolution industrielle ne constitue pas en soi un fait rarissime. Il s’agit cependant le plus souvent de veuves assurant la « régence » pendant la minorité du principal héritier. De notables exceptions ont toutefois existé, aujourd’hui mises en lumière par la recherche historique. La carrière de Marie-Anne Biolley-Simonis (1758-1831) à Verviers, que retrace Freddy Joris [1], présente à cet égard bien des similitudes avec celle, que j’ai déjà évoquée ici, de Marie-Thérèse De Decker (1805-1871) à Saint-Nicolas (pays de Waes) [2]. Figures majeures du secteur textile l’une et l’autre, elles ont exercé de facto les plus hautes responsabilités dès le vivant de leur mari. Pour la seconde, ce fut par la volonté du conjoint de l’associer d’emblée à la gestion dans tous ses aspects. Dans le cas de la première, ce fut pour obvier à l’impotence de l’époux.

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L’ambigu « cadeau » de Charles le Téméraire aux Liégeois

Souvent considéré comme un acte de repentance après le saccage de la ville, le don du célèbre reliquaire, grand chef-d’œuvre de l’orfèvrerie du temps, fut plutôt une manière d’affirmer l’emprise du duc de Bourgogne, « gardien et avoué souverain héréditaire » des églises locales et de la principauté (1467-1471)

   Les Liégeois doivent au (trop) hardi successeur de Philippe le Bon d’avoir vu leur ville mise à sac, certes, mais aussi de détenir un des tout grands chefs-d’œuvre d’orfèvrerie du temps. J’ai cité, bien sûr, le reliquaire de Charles le Téméraire, selon l’appellation discutable que l’usage a consacrée. Mais quel sens donner à un « cadeau » offert dans pareil contexte ? Pour prendre à bras-le-corps cette question ouverte depuis cinq siècles et demi, Philippe George, conservateur honoraire du Trésor de Liège (cathédrale) où le joyau est conservé, était des plus idoines [1].

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« Si nous sommes des djusses, ils sont des pètés »

Le relevé des sobriquets par lesquels se désignaient les habitants des communes namuroises témoigne de processus de formation à peu près partout identiques. Ils font écho à des épisodes historiques, des rivalités, des données religieuses ou culturelles, des activités économiques… et plus souvent encore à des traits de caractère supposés

   Rien de plus enraciné chez nous que l’esprit de clocher. Il s’est concrétisé notamment par la propension à se définir en opposition à ses plus proches voisins. Par contraste et aussi, bien souvent, par dérision… « Nos concitoyens ont gardé l’habitude de spoter [surnommer], au moyen d’un sobriquet, les habitants de nos diverses localités » , constatait ainsi en 1924 Fernand Danhaive, docteur en histoire et professeur à l’Athénée royal de Namur, auteur pour sa province d’un relevé de ces spots poursuivi par Herman Pector, membre correspondant de la Société archéologique de Namur. Cette étude est aujourd’hui rééditée [1].

   Beaucoup d’eau a certes coulé sous les ponts de nos villages depuis la première publication, mais il reste des traces de ces anciens usages qui appartiennent à notre patrimoine langagier et peuvent s’avérer riches en enseignements. « Le sobriquet, expliquait en effet l’érudit local, rappelle souvent un fait historique, social ou religieux ou économique. Il témoigne d’un sentiment d’envie, de haine, de sympathie ou de mépris » . Il reflète la vie en somme, avec ses grandeurs et ses travers.

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Tapis rouge à l’Est pour nos hommes politiques

Une ou deux fois par an dans la décennie 1980, le président des sociaux-chrétiens flamands Frank Swaelen s’est rendu dans les pays socialistes d’Europe de l’Est. Officiellement, la paix et la sécurité étaient à l’ordre du jour. En fait, il s’agissait surtout de favoriser les liens économiques et de donner des gages à nos pacifistes (1984-1988)

   Entre 1984 et 1988, Frank Swaelen (1930-2007), alors président du Christelijke Volkspartij (CVP [1]), a effectué à ce titre pas moins de six voyages dans les pays socialistes où il rencontra des dirigeants et représentants politiques jusqu’au plus haut niveau. Il s’est ainsi rendu successivement en Union soviétique (1984), en Roumanie (1984), en Hongrie (1985), en Tchécoslovaquie (1986), en Bulgarie (1986) et en République démocratique allemande (1987). Pendant la même période, on ne trouve traces que de deux voyages hors du bloc de l’Est, aux Etats-Unis (1983) et en Autriche neutre (1986).

   Pieterjan Douchy (Katholieke Universiteit Leuven) vient de livrer un premier éclairage sur ces étonnants déplacements à partir des archives de l’homme politique anversois, qui fut brièvement ministre de la Défense nationale (1980-1981) – alors que sa spécialité était l’enseignement! – et ultérieurement président du Sénat (1988-1999) [2].

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