Nos ancêtres avaient-ils meilleur air ?

Une hausse de 10 microgrammes de carbone suie par mètre cube d’air dans nos villes augmenterait de 7,1 % la mortalité naturelle. L’effet des autres polluants est nettement moindre. Mais on n’était guère mieux loti quand la révolution industrielle crachait feu et fumées ou quand les activités génératrices de nuisances proliféraient au cœur des cités

   S’il faut en croire l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution de l’air dans l’espace public a été en 2019, pour l’ensemble de la planète, la cause de quelque 4,2 millions de décès prématurés. Et la Belgique, en raison de sa grande densité, ne fait pas précisément partie des pays jugés les plus « respirables » .

   Pour objectiver autant que possible nos conditions écologiques, une étude a été menée dans les neuf plus grandes agglomérations du royaume (représentant 52,9 % de la population). Il s’est agi d’évaluer les liens possibles entre la mortalité naturelle et l’exposition à court terme de groupes potentiellement vulnérables à cinq polluants (dioxyde d’azote, ozone, carbone suie et deux variétés de particules fines) [1]. La recherche a porté sur les années 2010 à 2015. Ses auteurs sont attachés à l’Agence interrégionale belge de l’environnement (Irceline), à l’Institut flamand de recherche technologique (Vito), au centre de recherche sur la santé Sciensano ou aux Universités de Hasselt ou de Louvain (Leuven).

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L’éternel retour des communiants

L’accès des enfants à l’eucharistie donne lieu à une préparation et une cérémonie publique qui n’ont cessé de gagner en importance. Quantités de coutumes sont venues se greffer à la fête, mais ce sont les plus profanes qui ont survécu. Que reste-t-il de l’attention portée naguère au suivi spirituel après le grand jour ? (XVIIe-XXe siècles)

   Elle a connu bien des avatars heureux ou non, cette fête aux communiants qui nous revient chaque année pendant le temps pascal, généralement en avril ou en mai. Instant privilégié naguère dans l’existence individuelle et collective, elle constitue aujourd’hui pour beaucoup de familles un des rares moments encore concédés à la pratique religieuse – avec le baptême, le mariage et les funérailles. Mais quel sens lui donnent encore ceux qui y participent ?

   On mesure tout l’écart entre passé et présent à la lecture de l’évocation, par le folkloriste et conteur Marcel Pignolet, de la manière dont fut vécu l’accès des enfants à la sainte table dans l’Ardenne de la première moitié du XXe siècle et en deçà [1]. Les travaux scientifiques édités sur le sujet n’abondent pas. Pour l’ensemble de la Belgique romane, je n’ai rien trouvé de postérieur à la synthèse de Jean Fraikin et Pierre Fontaine, historiens des coutumes et des parlers, qui récoltèrent écrits, objets, images de piété et documents photographiques puissamment évocateurs [2].

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Dans le marché européen, les imprimeurs sous pression

Avec la diffusion de la typographie se répandent les publications d’ouvrages non autorisées par leur auteur ou leur éditeur initial. Les privilèges octroyés par les pouvoirs constituent la seule protection, tout en étant « bons pour l’image ». On a plus de chances de les obtenir en étant célèbre ou en ayant des liens dans le pays (XVIIe siècle)

   Avec l’invention de Gutenberg se répand comme traînée de poudre le revers de la médaille, à savoir l’usage de réimprimer des œuvres étrangères sans le consentement de leur auteur ou de leur éditeur initial. La morale peut bien réprouver cette pratique mais aucun cadre légal européen ne lui est opposable. C’est le même phénomène, mutatis mutandis, qui a connu depuis l’Internet une croissance exponentielle. Au sein des Pays-Bas habsbourgeois du XVIIe siècle, où Nina Lamal a mené l’enquête en même temps qu’aux Provinces-Unies [1] (soit une grande partie de l’actuel Benelux), Anvers s’impose comme un centre majeur de cette économie de la contrefaçon. Les livres romains sont ici particulièrement ciblés. S’ils sont écrits en latin, la langue internationale, ils se diffuseront d’autan mieux sous toutes les latitudes.

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Simenon, des histoires à l’histoire

Servi par une écriture dépouillée, son témoignage porte moins sur les événements que sur l’atmosphère du temps et des lieux où il vécut. Défenseur des « petites gens » et des victimes de la ploutocratie, le père de Maigret n’a cessé d’être lu et adapté, mais son œuvre est en partie reléguée dans l’ombre par son héros principal (1919-1989)

   Comme unique conseil à un apprenti romancier, Simenon prodiguait celui de passer, comme il le fit lui-même (de 1919 à 1922), quelques années dans un journal, local de préférence afin d’avoir l’occasion d’y mettre la main à tous les domaines, d’observer tous les milieux et de pratiquer tous les genres [1]. Ainsi l’actualité de l’époque où vécut l’écrivain a-t-elle imprégné son œuvre, bien au-delà des abondants écrits autobiographiques pour lesquels le constat va de soi. La fiction n’exclut pas une dose d’historicité, si pas dans la relation d’événements comme tels, du moins dans le reflet qui nous est livré de l’esprit d’un temps. La publication des actes d’un colloque tenu en 2023, sous la direction de Jean-Louis Dumortier (Université de Liège), permet de glaner maints éléments apportant confirmation ou ouvrant des pistes à cet égard [2].

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Quand les Belges mettaient la Chine sur rails

Focus sur les frères Philippe et Adolphe Spruyt, médecins aux chantiers de construction ferroviaires dont celui de la ligne Pékin-Hankou, et sur l’ingénieur François Nuyens qui équipa la ville de Tianjin en électricité et en tram tout en consignant dans un journal ses observations sur les mœurs chinoises (1898-1908)

   On peine à imaginer de nos jours l’ampleur du leadership exercé par la Belgique, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, sur le développement des chemins de fer et de la traction électrique dans les quatre coins du monde. Si la famille Empain, fondatrice de la Compagnie des railways à voie étroite en 1881, donne le ton, l’impulsion vient aussi de Léopold II. Aucune contrée lointaine – c’est notoire – ne laisse le Roi insensible quand il parcourt du regard la carte du monde. Mais comment ne porterait-il pas un intérêt tout particulier à la Chine, cet immense pays alors en pleine décadence politique et en proie aux appétits des puissances européennes ?

   Dès 1872, notre deuxième souverain met sur pied un comité chargé d’investiguer sur les occasions commerciales à saisir dans le Céleste Empire. Même si le gouvernement considère ses initiatives avec frilosité, il convainc le mandarin Li Hongzhang, en tournée en Europe, de confier aux Belges la construction d’une partie du réseau ferroviaire chinois. Peu après est fondée la Société d’études des chemins de fer en Chine, qui associera non sans mal des capitaux belges et français ainsi que l’Etat indépendant du Congo (propriété personnelle du Roi).

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L’homme du roi dans l’aventure mexicaine

Chercheur de colonies pour la Belgique en Océanie, proche conseiller de l’empereur Maximilien du Mexique et tombé avec lui, bouc-émissaire de ses partisans français, autrichiens et mexicains, pionnier des ambulances de la Croix-Rouge en temps de guerre: c’est une vie peu banale que celle de Félix Eloin (1845-1888)

   « La vie extraordinaire du Namurois Félix Eloin » [1]: ce titre donné à un article qui récapitule et complète les travaux, à vrai dire peu nombreux, consacrés à un personnage largement oublié, pourrait paraître galvaudé. Il n’en est pourtant rien. C’est sur un destin réellement hors du commun que nous instruit Philippe Jacquij, président de la Société royale des Amis du musée de l’Armée.

   Né à l’ombre de Saint-Aubain, donc, en 1819, cofondateur de la Société archéologique de Namur dès 1845, notre homme est promu, dans le fil de sa formation, sous-ingénieur des Mines à Liège en 1856. Il doit sans doute sa place dans l’ascenseur vers les hautes sphères au général Pierre Chazal, ministre de la Guerre de 1847 à 1850 et de 1859 à 1866, dont il est proche au point de se dire son « filleul » (maçonnique ?). Les portes de la Cour ne tardent pas à lui être ouvertes. Il y gagnera les faveurs de poids de Jules Van Praet et Jules Devaux, proches collaborateurs du Roi et du Prince héritier.

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Ces questions qui s’élèvent sur les Hautes Fagnes

Elles font l’objet de recherches systématiques depuis la fin du XIXe siècle, avec pour pionnier Léon Fredericq, auteur de la théorie de « l’îlot glaciaire » aujourd’hui contestée. La Station scientifique, ouverte en 1924, œuvre à l’étude du milieu ainsi qu’à sa préservation face aux projets d’exploitation

   La neige généreuse de ce début janvier a incité nombre d’entre nous à randonner dans les Hautes Fagnes. En tout temps, du reste, nous appelle cette étendue jamais identique à elle-même, d’où l’on peut contempler un horizon sans trace de présence humaine. Même quelques loups en ont redécouvert la quiétude. Entre deux promenades – et pour se réchauffer quelque peu! – une visite s’impose à la maison du Parc de Botrange, à son musée permanent ainsi qu’à l’exposition qui s’y tient jusqu’au 31 janvier. Elle a pour thème la découverte, les transformations et l’étude scientifique du « toit de la Belgique » , du milieu du XIXe siècle à 1939. Thèmes également développés dans un numéro de la revue Hautes Fagnes [1].

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Industriels, chrétiens, sociaux: une « forte femme » et son fils au pays de Waes

Marie-Thérèse De Decker s’est trouvée à la tête d’une des plus importantes industries textiles de Saint-Nicolas. Son plus jeune fils est demeuré dans l’entreprise tout en menant une carrière politique. L’une et l’autre ont oeuvré à la promotion sociale et culturelle des travailleurs dans une perspective chrétienne (1822-1906)

   Elle figure parmi les « fortes femmes » que les responsables patrimoniaux et touristiques du pays de Waes ont souhaité mettre en lumière en 2024. Marie-Thérèse De Decker (1805-1871) fut, de fait, un acteur majeur dans l’histoire industrielle et sociale locale en même temps qu’un parangon d’engagement et de foi, traits amplement transmis à sa descendance. La rénovation récente, à Saint-Nicolas, de la maison familiale devenue un musée a offert à Sandra Vancauwenberghe, une des responsables du cercle archéologique waesien, l’occasion de brosser le portrait de cette personnalité et de son plus jeune fils Alfons Janssens (1841-1906), également renommé [1].

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Voyages au temps du charbon et de l’acier

Pour s’y replonger, nombreux sont les sites hérités du passé industriel dans notre paysage: hauts-fourneaux, chevalements de mine, terrils, cheminées, canaux… Certains ont été reconvertis en lieux touristiques, culturels, didactiques… D’autres sont menacés de disparition, faute de sensibilisation des décideurs (XIXe-XXe siècles)

   Du 30 novembre au 2 décembre derniers, sur l’esplanade de la mairie d’Ougrée, Seraing a connu la première édition de sa Fête du Haut-Fourneau B. Au programme: des chalets, des restaurations, des concerts, mais aussi un vin chaud spécial « Haut-Fourneau » et une exposition de photos du HFB, illuminé dans la nuit.

   A l’époque de sa mise à feu en 1962, le « monstre » ou le « titan » , comme il fut parfois surnommé, était considéré comme le plus grand haut-fourneau d’Europe continentale. Et la Belgique était encore le septième producteur mondial d’acier. En octobre 2011 sonna l’heure de l’arrêt définitif, lot de la quasi-totalité de la phase à chaud liégeoise. Fallait-il laisser disparaître ce dernier témoin en bord de Meuse de la puissance sidérurgique du passé – et aussi des mouvements sociaux dont elle fut le théâtre ? Des voix s’élevèrent, dans la population, le monde syndical et les milieux politiques. Elles ont fait un lieu de mémoire du HFB, sauvegardé avec son hall de coulée, ses cowpers et son bâtiment des chaudières.

   Le site est représentatif de ces « icônes de l’industrie » auxquelles est consacré le treizième numéro de la revue annuelle de l’asbl Patrimoine industriel Wallonie-Bruxelles (PIWB) [1]. « Une icône personnifie une communauté, une mode ou encore un courant qu’il soit historique ou architectural, précise Jean-Louis Delaet, président de l’association. L’icône a pour synonymes incarnation, emblème ou symbole » (p. 3). C’est nantis de ce statut que sont appelés à demeurer aujourd’hui dans nos paysages, alors que plus rien n’y est produit, certains des héritages de l’extraction minière d’antan, des industries qu’elle attira autour d’elle, des cités ouvrières construites dans la foulée, plus tard et demain peut-être des zones d’activités. Mais on ne saurait tout conserver.

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Les 130 jours qui n’ébranlèrent pas la Belgique

Le « printemps des peuples » a vu les trônes vaciller ou tomber un peu partout en Europe. Mais la vague n’a pas atteint la Belgique qui est sortie de la tempête avec une crédibilité renforcée. L’épisode a aussi conféré une aura internationale à Léopold Ier, devenu le souverain qu’on consultait sur les grandes questions diplomatique (1848)

   « Le sol tremble de nouveau en Europe » : Alexis de Tocqueville confie ce sentiment au papier en janvier 1848. L’historien et philosophe politique voit juste. Dans les mois suivants, des mouvements insurrectionnels, d’inspiration libérale, nationale et/ou démocrate, se répandent comme traînée de poudre, déstabilisant ou renversant les pouvoirs établis, notamment en France et au sein des composantes de l’Allemagne, de l’Empire des Habsbourg, de l’Italie… La Belgique, pourtant, traverse sans coup férir ce cap des tempêtes. Le très jeune Etat et son Roi en sortent même renforcés.

   Cent ans plus tard, Georges-Henri Dumont consacrera à ce « miracle belge » un ouvrage devenu un classique de notre historiographie. Il y démontrera que « la crise européenne de 1848 fut pour la Belgique une épreuve solennelle, une manière d’examen de maturité politique dont elle se tira avec tous les honneurs » [1]. C’est à présent François Roelants du Vivier qui nous replonge dans cet épisode [2].

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