L’inspirante faïence de Bruxelles

Suivant les goûts des collectionneurs de faïences de l’époque, la manufacture de Géo Martel à Desvres (Pas-de-Calais) a produit nombre de pièces inspirées notamment de modèles bruxellois anciens. Il est arrivé que les imitations soient prises pour les originaux ou que ses créations propres soient présumées bruxelloises (1900-1930)

   En présence de deux assiettes de faïence dont le décor vert de cuivre évoque des papillons survolant des herbes, avec les larves ou les chenilles de leur cycle de vie, nul besoin d’être doté un œil expert pour deviner une influence de l’une sur l’autre ou l’existence d’un modèle commun. Dans le cas présent, en effet, l’une provient d’une manufacture de Desvres (Pas-de-Calais), où l’on a imité fidèlement un des motifs les plus caractéristiques de la production bruxelloise du XVIIIe siècle, représentée par l’autre pièce.

   De l’entreprise des actuels Hauts-de-France, Géo Martel et son épouse Marguerite, tous deux artistes peintres, se sont rendus propriétaires en 1900. Pourquoi et comment se sont-ils orientés vers la reproduction d’anciens modèles bruxellois, mais aussi delftois, rouennais, neversois…, généralement conservés dans des musées ? A cette question répond un récent article de Claire Dumortier, conservatrice honoraire des céramiques européennes aux Musées royaux d’art et d’histoire, et Patrick Habets, professeur émérite de mathématiques à l’Université catholique de Louvain, avec la céramique pour violon d’Ingres [1].

Continuer à lire … « L’inspirante faïence de Bruxelles »

Des cruches aux têtes de pipe: l’or blanc du Condroz

De l’époque gallo-romaine au XXè siècle, « l’argile qui cuit blanc » (derle) a nourri une abondante production dans les pays mosans et condruziens. En terres d’Andenne, les poteries, faïences, porcelaines et autres pipes ont assuré longtemps l’existence d’une bonne partie de la population

   Au printemps 1542, les batteurs et fondeurs de cuivre de Bouvignes sont à couteaux tirés avec le couvent de la Sainte-Croix de Dinant. Motif: les premiers accusent les seconds de venir puiser de la derle, dont ils ont le monopole, dans le comté de Namur (Dinant se trouvant alors en principauté de Liège). Le prieur des croisiers nie formellement et les sources disponibles ne nous permettent pas de trancher. Mais le cas donne la mesure de l’enjeu. La derle, cette terre argileuse dont se servent potiers et céramistes, utilisée également pour fabriquer des moules, a pu être au centre de bien d’autres conflits, endémiques depuis le XIIIè siècle, entre les deux villes économiquement concurrentes.

   Pour la cité d’Andenne et ses environs, jusqu’à la vallée du Samson, li dièle fait pratiquement figure de poule aux œufs d’or pluriséculaire. L’argile abonde en bien d’autres zones au long de la Meuse, certes, et le sol andennais regorge aussi de minerais et d’autres matériaux – à tel point qu’on a pu le qualifier de « scandale géologique » . Mais « l’argile qui cuit blanc » est particulièrement rare, donc précieuse. Elle a nourri ces « vingt siècles de céramiques locales » sur lesquels les savoirs pluridisciplinaires ont été rassemblés dans un ouvrage collectif, prolongement durable d’une exposition temporaire qui vient de fermer ses portes au musée de la Céramique d’Andenne [1].

Continuer à lire … « Des cruches aux têtes de pipe: l’or blanc du Condroz »