Les imprimeurs sur lesquels le soleil ne se couchait jamais

Quatre maisons anversoises ont dominé le marché des livres provenant des Pays-Bas méridionaux dans le Mexique colonial du XVIè siècle. Les activités développées à destination de l’Espagne et des cercles hispanophones de nos régions ont préparé ce rayonnement dans une Amérique déjà riche en bibliothèques et en librairies (1529-1589)

A l’importance de son port dans l’espace hispanique du XVIè siècle, Anvers ajoute d’être alors la première ville des Pays-Bas méridionaux pour le secteur de l’imprimerie. Elle est suivie de loin par Louvain et Bruges, Bruxelles n’étant pas dans la course à cette époque. A l’international, une recherche menée sur les premières décennies du livre en Nouvelle-Espagne (pour l’essentiel, le Mexique actuel) confirme le leadership: 81 % des ouvrages « flamands » (au sens large) qui ont traversé l’Atlantique sont anversois et 16 % louvanistes. Les ateliers des familles Steelsius (30 %) et Plantin (26 %) se taillent la part du lion sur ce marché, devant la famille Nutius (10 %). Une quatrième, Bellerus, commence à percer.

Ces données sont sorties de la calculatrice de César Manrique Figueroa (Katholieke Universiteit te Leuven), sur la base d’un échantillon de 531 publications passées des presses du plat pays au cœur du défunt Empire aztèque, entre 1529 et 1589 [1]. L’historien les a retrouvées dans des bibliothèques et des inventaires, tant privés qu’institutionnels, où  manquent fatalement à l’appel les exemplaires, nombreux sans doute, perdus ou dispersés au fil des siècles. La présence d’ex-libris ou d’autres indices, dans la majorité des pièces survivantes, permet en revanche d’assurer que la plupart ont bien été acquises pendant la période coloniale et non ultérieurement. L’année 1529 est celle du livre le plus ancien. 1589 est celle de la mort de Christophe Plantin. Entre les deux, ses concurrents sur le même terrain ont été eux aussi en pleine activité. Continuer à lire … « Les imprimeurs sur lesquels le soleil ne se couchait jamais »

Le culte d’un saint laïque: Francisco Ferrer

Diligenté largement par la franc-maçonnerie, le monument bruxellois de l’anarchiste, pédagogue et libre-penseur espagnol fusillé en 1909 a manifesté dans l’espace public la ferveur d’une partie de la laïcité et de la gauche. Mais d’une partie seulement… (1909-1984)

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Avant de se trouver « chez les siens » , face à l’Université libre de Bruxelles, la statue de Francisco Ferrer a connu quelques pérégrinations. (Source: © SPRB-DMS, Région de Bruxelles-Capitale, 2006, http://www.irismonument.be/fr.Bruxelles_Extension_Sud.Avenue_Franklin_Roosevelt.A004.html)

Pour la plupart de nos compatriotes – et même dans son pays natal –, Francisco Ferrer Guardia est aujourd’hui un illustre inconnu. Grande pourtant est sa présence dans l’odonymie des localités à forte dominante libérale ou socialiste. Pour s’en tenir à une seule région urbaine, nous avons relevé une rue, une avenue ou une place Ferrer dans la moitié des communes de l’arrondissement de Liège (12 sur 24). Et le nombre était bien plus élevé encore avant les fusions de 1977.

A Bruxelles, c’est par un monument fameux qu’est célébrée la mémoire de l’anarchiste, franc-maçon et pédagogue espagnol (1859-1909), fondateur à Barcelone de l’Ecole moderne, « rationnelle et scientifique » , et promoteur d’une « éducation nouvelle » , conformée aux idéaux des socialistes libertaires. L’histoire de cette statue, dressée aujourd’hui face au rectorat de l’Université libre (ULB), a été marquée par bien des aléas. Ils sont retracés dans une étude très détaillée, due à Pol Defosse, professeur honoraire de la même université. La Société royale d’archéologie de la capitale en a assuré la publication [1]. Continuer à lire … « Le culte d’un saint laïque: Francisco Ferrer »