La Grande Guerre a tué plus de civils que de militaires (déjà)

Quelque 70 % des décès liés à l’invasion et à l’occupation allemandes ont concerné des non-combattants. Les massacres, les déportations, la sous-nutrition et la grippe espagnole ont contribué au recul démographique dans une proportion toutefois moindre que le déficit des naissances et l’impact migratoire (1914-1918)

   Comme on le sait, les victimes des guerres anciennes étaient pour l’essentiel des soldats de métier. La belligérance moderne, à partir du régime révolutionnaire français, y ajouta la masse des conscrits, inaugurant ainsi l’âge des conflits opposant peuples à peuples. Par la suite, les représailles contre les civils et plus encore les armes détruisant des cibles stratégiques, avec leurs « effets collatéraux » , ou frappant au cœur des villes dans un but de démoralisation de l’ennemi, ont créé la configuration contemporaine dans laquelle ce n’est pas une boutade d’affirmer qu’il est aussi dangereux, voire plus, d’être civil que militaire.

   Si la Seconde Guerre mondiale a rendu manifeste ce renversement, se soldant par quelque 40 à 50 millions de morts (selon les approximations) dont la moitié de non-combattants, la Première a fait plus que l’inaugurer, en tout cas sous nos cieux. Un tribut proportionnellement plus lourd pour ceux qui ne portaient pas l’uniforme ressort en effet d’une récente étude consacrée aux effets démographiques de 14-18 dans notre pays [1]. Au recensement de 1910, la Belgique comptait 7.423.784 habitants. Sans la guerre, en suivant son mouvement normal, la population aurait dû s’élever en 1920 à 8.078.328 habitants. On n’en dénombra en fait que 7.401.353 (les territoires enlevés à l’Allemagne non inclus). La différence s’explique par un déficit des naissances, une forte vague d’exils et, bien sûr, les pertes humaines: un excédent de 95.233 décès parmi les civils, s’ajoutant à 40.367 décès de militaires. En arrondissant, 70 % contre 30 %…

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Toujours moins de berceaux, pourquoi ?

Comme tous les pays occidentaux, la Belgique connaît, depuis le début du XXè siècle, un déficit démographique brièvement interrompu entre 1945 et le milieu des années ’60. Le recul de la natalité est lié à des facteurs matériels mais aussi (surtout ?) aux incidences culturelles et sociétales de la sécularisation et de l’individualisme (XVIIIè-XXIè siècles)

   Avec onze ou douze berceaux par an pour 1000 habitants, la Belgique affiche aujourd’hui un des plus faibles taux de natalité du monde. Au XIXè siècle, il était trois fois plus élevé qu’en ce début du XXIè, évoluant entre 30 et 35 ‰. La chute libre a commencé au début du XXè siècle et n’a été, depuis, interrompue durablement que pendant les vingt années de rebond qui suivirent la Seconde Guerre mondiale (autour de 17 ‰). La récupération intervenue après 1918 avait été quant à elle beaucoup plus éphémère et la reprise enregistrée après les années 1980 fut trop légère. Comment expliquer ce déficit qui frappe, à des degrés divers, tous les pays du monde occidental ?

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L’évolution en Belgique des taux bruts de natalité (naissances par an pour 1000 habitants, en bleu) et de l’indice conjoncturel de fécondité (nombre d’enfants par femme, en rouge). (Source: n. 1, p. 48)

   Il n’est pas douteux que les causes économiques, fréquemment invoquées, jouent ici un grand rôle. Mais elles interagissent avec beaucoup d’autres et n’opèrent pas toujours en conformité avec les prédictions. C’est ce qui ressort de l’éclairage sur la longue durée – de la fin de l’Ancien Régime à nos jours – que jettent Thierry Eggerickx, Sandra Brée et Mélanie Bourguignon, du centre de recherche en démographie de l’Université catholique de Louvain, après avoir confronté les modèles théoriques et les monographies réalisées particulièrement en région wallonne [1].

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