La fête médiévale pleine de sens

Qu’ils parodient un mandement épiscopal de carême ou invitent à danser et à boire, les prolongements littéraires des carnavals et autres fêtes des fous font ressortir leur fonction unificatrice de la communauté locale (XVè-XVIè siècles)

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Le combat entre le carnaval et le jeûne, gravure de Frans Hogenberg, Anvers, 1558. Les armes des combattants sont du poisson (à droite) ou de la viande et des œufs, entre autres (à gauche). (Source: n. 1; Rijksmuseum Amsterdam, RP-P-OB-7664, https://www.rijksmuseum.nl/nl/zoeken?q=RP-P-OB-7664&v=&s=&ii=0&p=1)

   De tout temps, les carnavals et autres fêtes des fous ont compté, parmi leurs fonctions notoires, celle de dire leur fait à ceux qui le méritaient. Magistrats corrompus, seigneurs impitoyables, clercs aux mœurs dissolues… en prenaient pour leur grade. Il y avait là un fond très moral: les satires, même de mauvais ton, donnaient une leçon d’humilité et de sagesse populaires à ceux qui en faisaient les frais, tout en consolant leurs acteurs et spectateurs d’être parfois si mal dirigés. Mais un autre rôle, autrement important que celui d’une soupape de sûreté, peut être mis en évidence: celui de ciment de la vie commune, fût-ce en toute légèreté et sans avoir l’air d’y toucher. Un projet de recherche en cours à l’Université d’Utrecht vise à éclairer sous cet angle la culture festive du Moyen Age finissant et la production littéraire qui lui était liée [1].

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Pourquoi pas un parti paysan ?

L’examen de deux débats parlementaires de la fin du XIXè siècle, sur le protectionnisme et l’approvisionnement en eau de Bruxelles, conduit à nuancer la représentation d’un parti catholique et d’un parti libéral unanimes l’un dans la défense des intérêts ruraux et paysans, l’autre dans celle des intérêts urbains et industriels (1884-1888)

   Eglise/Etat, possédants/travailleurs, centre/périphérie, agriculture/industrie: tels sont, selon les sociologues et politologues Seymour Martin Lipset (Etats-Unis) et Stein Rokkan (Norvège), les quatre lignes de clivage qui ont structuré en grande partie la vie politique dans nos pays. Et pourtant, la dernière dichotomie citée n’a jamais trouvé, en Belgique, de concrétisation dans l’existence d’un parti spécifique. Paradoxe ? Quand le Parti ouvrier belge voit le jour en 1885 (possédants/ travailleurs), plus d’un tiers de la population active est encore attelé à la culture et à l’élevage, sans qu’il y ait une formation vouée à la défense de ses intérêts.

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Conflits et imbroglios judiciaires dans l’Ancien Régime

La complexité de notre ancien système judiciaire vaut bien celle de nos institutions politiques actuelles. En témoignent les rivalités entre haute cour et conseil provincial dans le comté de Namur ou les vicissitudes du Grand Conseil de Malines, juridiction suprême des Pays-Bas habsbourgeois mais pas pour tous (XVIè-XVIIIè siècles)

   La servante Jeanne Servais a-t-elle volé son maître Jacques Burlet récemment décédé ? Les frères Burlet en sont convaincus et la haute cour de Namur (l’échevinage) leur donne raison en août 1716, condamnant Jeanne à trois mois de prison et au bannissement perpétuel. A la suite de ce jugement, deux appels partent vers la principale instance judiciaire du comté, à savoir le conseil provincial de Namur. L’un provient de la condamnée qui conteste la peine, l’autre du maïeur Jean-François d’Hinslin, poursuivant, qui l’estime trop légère. Résultat, en mars 1717 après compléments d’enquête: acquittement de la Servais et condamnation du maire aux frais de procédures. Celui-ci, on s’en doute, la trouve saumâtre et, soutenu par la haute cour, contre-attaque en interjetant cette fois devant le Grand Conseil de Malines, la juridiction suprême des Pays-Bas habsbourgeois (une des deux principales composantes de la future Belgique, l’autre étant la principauté de Liège). d’Hinslin y obtient que son appel suspende la mise en liberté de la domestique, réclamée par le conseil provincial. Le conflit reprend alors l’ascenseur pour monter cette fois jusqu’à l’empereur Charles VI. Celui-ci met en question la compétence de Malines en matière d’appel. Et les conseillers de faire la sourde oreille. Les frères Burlet, condamnés aux frais de procédure, viennent à leur tour en appel devant le Grand Conseil, lequel pour le coup… redevient compétent aux yeux du gouvernement.

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L’autre âge d’or de la gauche ultra

Insignifiante numériquement et électoralement, la Ligue révolutionnaire des travailleurs (LRT), émanation du trotskisme, a été influente avant tout dans le champ métapolitique, celui des « luttes » sociétales de l’après-Mai 68. Mais cette ligne n’a pas été sans tensions internes, ruptures et revirements (1971-1984)

   A l’heure où les sondages promettent une percée électorale d’appréciable ampleur au Parti du travail de Belgique (PTB), il n’est pas sans intérêt de revenir sur cet autre âge d’or de l’extrême gauche – appelée aujourd’hui gauche radicale – que furent les années ’70 du siècle dernier, dans le sillage de Mai 68. Le contexte très particulier de l’immédiat après-guerre n’autorise guère, en revanche, le parallèle avec le précédent temps fort que fut le raz-de-marée du Parti communiste de Belgique (PCB) aux élections législatives de 1946, d’où il sortit troisième parti du pays (23 sièges, devant les libéraux qui en comptaient 17). La vague rouge déferlante après nos golden sixties n’a guère eu, pour sa part, de répercussions dans les urnes. C’est davantage par le foisonnement des nouveaux partis et mouvements alternatifs qu’elle se caractérise.

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Les ducs de Bourgogne, recours des réprouvés

Par les lettres de rémission, des sujets ont pu échapper aux peines judiciaires et être rétablis dans leur réputation. Le langage utilisé dans ces documents traduit une conception du prince clément sans être laxiste. S’il affirme de la sorte son pouvoir, il offre aussi à chacun la possibilité d’un recours contre des tribunaux trop sévères (1384-1477)

   Sauf à être un incurable malfrat, qui ne rêve, après avoir fauté, d’un coup d’éponge pour effacer l’ardoise judiciaire, retourner à la case départ, recevoir une seconde chance ? Dans l’Europe chrétienne où s’est déployée la culture du pardon, les souverains ont reçu ce pouvoir. Il y a la grâce qui remet ou atténue la peine encourue. Il y a aussi la rémission qui va plus loin en restituant à l’individu sa renommée (fama), permettant ainsi sa réinsertion dans la société. La prérogative est royale mais non exclusivement. Nombre de princes territoriaux l’exercent également.

   Marie Nikichine (Bibliothèque interuniversitaire de Montpellier) a ainsi retrouvé, dans les Archives départementales du Nord de la France, 87 lettres de rémission délivrées par le comte de Flandre et concernant les seuls habitants de Douai, alors ville flamande, entre 1371 et 1493. Les Archives municipales en conservent également [1]. Plus récemment, Rudi Beaulant (Université de Bourgogne) s’est investi dans l’activité rémissive des ducs de Bourgogne, analysant particulièrement la phraséologie qui lui est liée, laquelle fait ressortir « l’image que renvoient ces lettres du bon sujet, mais aussi du prince justicier » [2]. C’est ce travail qui retiendra ici notre attention.

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Le prince de Ligne entre les lignes

Esprit européen et cosmopolite mais toujours fidèle aux Habsbourg d’Autriche, celui en qui on a vu « le XVIIIè siècle incarné » et qui en cultiva l’hédonisme cachait derrière sa frivolité les blessures de sa vie (1735-1814)

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Le prince Charles Joseph de Ligne, aquarelle de Jean-Baptiste Isabey, château de Belœil. (Source: Hugo Maertens, dans « La Belgique autrichienne, 1713-1794… » , Bruxelles, Crédit communal, 1987, p. 277)

 Frivole, désinvolte, extravagant, léger, farceur, insouciant…: ces épithètes viennent naturellement à l’esprit quand il est question du prince de Ligne. « C’est tout ce qui paroît le plus frivole, qui est souvent le plus essentiel » , trouve-t-on sous sa plume. Le propos a été bien choisi pour figurer en exergue du recueil d’études qui vient de lui être consacré, dans le prolongement de deux journées organisées par le Collège Belgique (Académie royale) [1].

   Grand lecteur de Montaigne, qui invitait ses lecteurs à profiter de tous les plaisirs qui se présentaient en compensation des épreuves de la vie, il ne se laisse pas troubler par les contradictions inhérentes à son hédonisme. Il admet que son bonheur doit s’arrêter là où il pourrait nuire à celui d’autrui. Il peut même maudire ceux qui brisent l’harmonie d’un couple. Mais il affirme en même temps la légitimité de toute volupté. « Oh! Que je remercie le Ciel d’avoir ouvert pour moi tous les canaux du plaisir! » , lance-t-il dans son Coup d’œil sur Belœil (1781) [2], le château où il convie à des fêtes galantes qui n’ont rien à envier aux tableaux de Watteau. « Charmeur de l’Europe » , selon les termes de son biographe britannique Philip Mansel, l’auteur des Contes immoraux semble traîner sans souci sa réputation de badin peu sérieux. Conseiller de Joseph II, il est envoyé par celui-ci en mission auprès de la tsarine Catherine II – à qui il plaît beaucoup. Mais le comte Golovkine, diplomate russe, suggère perfidement que l’Empereur germanique « l’employa surtout avec la Russie dans différentes négociations, comme quelqu’un qu’on pouvait démentir » .

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L’Eglise martyre au Congo indépendant

Sur la chapelle-mémorial de Kongolo à Chastre (Brabant wallon) sont recensés les noms de 216 victimes des troubles qui ont suivi l’indépendance congolaise. La grande majorité est composée de missionnaires massacrés lors de la rébellion des Simba en 1964. Anticolonialiste, animiste ou communiste, la haine s’est donné libre cours (1960-1967)

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La chapelle-mémorial de Kongolo à Gentinnes (Chastre). Sur la façade, la stèle en forme d’œuf contenant les noms des martyrs. (Source: Paul Gouverneur, http://www.cathobel.be/2012/05/21/se-souvenir-des-martyrs-de-kongolo/)

   A Chastre (Brabant wallon), dans le domaine du château de Gentinnes devenu celui de la congrégation du Saint-Esprit, s’élève une chapelle de style moderne, épuré, où sont représentés le Christ en gloire et Marie offrant son fils au monde. A l’extérieur, gravés en lettres de bronze sur une stèle en forme d’œuf, symbole de vie, figurent les noms de 216 hommes et femmes, dont 156 prêtres, religieuses et religieux, victimes des rébellions qui ensanglantèrent l’ex-Congo belge au lendemain de son indépendance. Quand le projet de ce mémorial fut conçu, en 1962, il s’agissait d’honorer la mémoire de vingt spiritains sauvagement torturés, fusillés et achevés à Kongolo (nord du Katanga) par des membres de l’Armée nationale congolaise (ANC). Mais quand le monument fut inauguré, le 7 mai 1967, la liste des assassinés avait plus que décuplé…

   Depuis, la tragédie s’est enfoncée dans les brumes d’un oubli qui contraste singulièrement avec l’incessant rappel du sort, certes peu enviable, de Patrice Lumumba ! Le 20 septembre 2014, une cérémonie commémorative en la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, présidée par Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, et Mgr Marcel Utembi Tapa, archevêque de Kisangani, ouvrait une première brèche dans l’amnésie collective. Mais il manquait encore une enquête exhaustive. Dries Vanysacker, professeur à la faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université catholique de Louvain (KULeuven), l’a menée à bien [1].

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L’étranger sodomite, mythe ou réalité ?

Si les temps modernes sont marqués par un durcissement dans la répression de l’homosexualité, les étrangers, bien que plus facilement suspectés, n’encourent pas les foudres de Thémis plus que les natifs du lieu. C’est davantage une position sociale fragile qui rend plus vulnérable (1400-1700)

   A l’instar de Sodome et Gomorrhe, la ville a été et demeure perçue comme le refuge des comportements hors normes, auxquels sa densité garantit des complicités en grand nombre ainsi qu’un anonymat aisé et commode. Les citadins et leurs autorités, pourtant, ne reconnaissent pas volontiers ces réalités, sauf à les imputer à de mauvaises influences extérieures. Il paraît logique, dans ces conditions, que la justice ait la main plus lourde quand elle a affaire à un déviant étranger. Dans les périodes de malaise particulièrement, cibler le dissemblable constitue un moyen efficace de (res)souder la communauté.

   Telle n’est cependant pas la conclusion de Jonas Roelens (Université de Gand) au terme de l’étude qu’il a consacrée à la répression de l’homosexualité, du XVè au XVIIè siècles, à Bruxelles et dans les principales villes de la Région flamande actuelle (Anvers, Bruges et son arrière-pays, Gand, Louvain, Malines, Ypres) [1]. Basé sur les comptes des baillis, qui sont dotés des compétences administratives et judiciaires à l’échelon local, ce travail prend certes la mesure du durcissement des pouvoirs aux temps modernes envers le « péché contre-nature » . Alors que le Moyen Age condamnait l’acte sans beaucoup agir contre les personnes, la peine de mort prévue par Le Lévitique (20:13) revient en force (bûcher, étranglement…). Néanmoins et contre toute attente, il apparaît qu’on n’encourt pas davantage les foudres de Thémis dès lors qu’on n’est pas natif du lieu. « Les étrangers, relève l’historien, furent plus vulnérables aux accusations de sodomie, non à cause de leur origine au sens strict, mais à cause de leur position sociale fragile » .

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Diplomate intrigant à Utrecht, évêque éphémère à Liège

Evêque de Liège de 1301 à 1302, Adolphe de Waldeck a passé précédemment quinze années à briguer le siège d’Utrecht où il était prévôt. Egalement diplomate, son action contre la France et son implication dans le conflit des Avesnes (Hainaut) et des Dampierre (Flandre), en faveur des seconds, ont aussi marqué son épiscopat liégeois

   Evêque de Liège du 1er septembre 1301 à sa mort le 13 décembre 1302, Adolphe de Waldeck fait figure d’étoile filante dans l’histoire médiévale de la principauté. Il est surtout demeuré dans les mémoires pour avoir chassé les prêteurs à intérêt lombards et piémontais établis en bord de Meuse. « Une opération spectaculaire qui n’était peut-être qu’un bluff » , écrit Jean-Louis Kupper [1]. La décision était conforme au prescrit de l’Eglise, mais ceux qui en avaient fait les frais sont revenus par la suite.

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La façade du palais de Liège achevé sous Hugues de Pierrepont (1200-1229). (Source: Joan Blaeu, « Novum ac Magnum Theatrum Urbium Belgicae Regiae » , Amsterdam, 1649, http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000000694, p. 223 & André Renson, « A Liège, une ville retrouve… sa place » , (Namur-Alleur), Met-Perron (coll. « Profils » , 5), 1999, p. 21)

   Les recherches menées sur le prélat par Antoine Bonnivert (FRS-FNRS, Université libre de Bruxelles) ont mis en évidence le destin paradoxal de cet héritier d’un comté de l’actuel Land de Hesse qui, ayant opté pour la carrière ecclésiastique et étudié le droit canon à l’Université de Bologne, brigue pendant quinze ans « d’attente et d’efforts opiniâtres » le siège d’Utrecht, où il joue les brillants seconds rôles… pour obtenir en fin de compte celui de la Cité ardente, auquel il ne semble pas avoir songé, alors qu’il s’agit d’ « une des Eglises les plus prisées de l’Empire » [2]. Gros bémol: cette promotion est intervenue dans le contexte des troubles sociaux qui frappent également les Pays-Bas. Chanoines et gens de métier contre patriciens, lignages déchirés entre Awans et Waroux…: l’évêque aura à peine rendu son dernier souffle que le feu sera (re)mis aux poudres.

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Les premiers pas en Australie, c’est du belge!

Le Liégeois Gilles Mibaise était le plus haut gradé sur l’Eendracht, le bateau de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales qui fut, en 1616, le premier à accoster en Australie, à son point le plus occidental. Pourtant, l’histoire n’a retenu que le nom du numéro deux de l’équipage, le skipper hollandais Dirk Hartog

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Vaisseaux de la Compagnie des Indes orientales par Hendrick Cornelisz Vroom, v. 1600-1630. (Source: https://www.rijksmuseum.nl/nl/collectie/SK-A-3108)

   Dans son recueil récemment publié de portraits des explorateurs belges, Alban van der Straten consacre quelques lignes à Gilles Mibaise. On y retrouve ce que l’historiographie tient pour acquis à son propos – du moins quand elle ne l’oublie pas! –, à savoir qu’en 1616, voyageant pour le compte de la Verenigde Oostindische Companie (ou Voc, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, dont le champ d’activité s’étendait à l’océan Indien), un navire commandé par Dirk Hartog et lui-même est arrivé, après avoir été dérouté à l’est, sur des terres inconnues que leurs découvreurs appelèrent ‘t Land van d’Eendracht (le Pays de la Concorde), du nom de leur bateau. Ils se trouvaient en fait en Australie, sur son île la plus occidentale [1].

    Après les éclairages apportés par le professeur Eric Pirard (Université de Liège, faculté des sciences appliquées), qui a séjourné sur place, c’est un chapitre entier que mériteraient tant le personnage que le périple, si d’aventure une nouvelle édition de l’ouvrage devait être mise en chantier. Né à Liège, Gilles Mibaise apparaît, en effet, comme celui qui a joué le rôle clé dans ces premiers pas posés par des Européens sur la grande terre océanienne [2].

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