Le concile de Trente en pratique dans les Pays-Bas de Philippe II

Sa mise en oeuvre est concomitante avec l’affirmation d’un Sud catholique face au Nord réformé. Elle se heurte cependant aux lois et coutumes locaux, alors que l’Etat tend à supplanter l’Eglise dans l’action pour la sauvegarde du consensus religieux et de la moralité publique (1580-1598)

  En juin et juillet 1565, Marguerite de Parme, qui gouverne les Pays-Bas au nom du roi Philippe II, adresse des lettres circulaires aux autorités ecclésiastiques et civiles pour les enjoindre d’appliquer les décrets du concile de Trente, clôturé un an et demi plus tôt. Mais il y a parfois loin de la coupe aux lèvres… En ce temps où chaque comté, duché, seigneurie… a sa législation et ses privilèges propres, les contraintes abondent. L’opposition politique et religieuse, attisée jusqu’au soulèvement contre le souverain espagnol, rend la tâche plus ardue encore. Elle sera concomitante avec la reconquête du gouverneur général Alexandre Farnèse dans le Sud catholique.

   Selon l’examen qu’en a réalisé Nicolas Simon, docteur en histoire, histoire de l’art et archéologie (Université Saint-Louis, Bruxelles) [1], cette mise en œuvre, partagée entre pouvoirs temporels et spirituels, de dispositions loin d’être uniformes et « prêtes à l’emploi » , laissant au contraire une marge substantielle pour leur concrétisation, n’a pas été sans heurts entre lesdits pouvoirs. Elle a réveillé le vieux conflit de prééminence, si tant est qu’il ait jamais été endormi.

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Vivre à la cour de Bruxelles: tout un art

Les cérémoniaux et usages en vigueur dans les cours royales aux temps modernes manifestent l’affirmation de l’Etat . A travers les descriptions dues à Francisco Alonso Lozano se reflètent le prestige de la Maison de Bruxelles et l’ambition du gouverneur général Maximilien-Emmanuel de Bavière d’être souverain à part entière (1692-1712)

Le jour de la fête des apôtres saint Simon et saint Jude (28 octobre), « les premieres vespres sont chantées par un chappelain d’honneur comme aussi la messe accompagné des chevaliers de l’ordre de la Toison d’or, sortant le prince en publicque » . Le jour de la Toussaint, « la messe est chanté en pontifical par un evecque ou prélat. Le prince est present avec les chevaliers de l’ordre de la Toison d’or. L’apres midy vers les trois heures l’on chante les offices de morts. Un chapelain d’honneur faict l’office, mais le prince n’est present » . Le jour de sainte Cécile (22 novembre), « la messe est chanté en pontifical si le prince est invité de l’entendre par les musiciens » . Le jour de sainte Catherine (25 novembre), « le prince sort en publicque pour aller entendre la messe en pontifical a la paroche de la ditte saincte » …

On le voit à travers ces exemples, reproduits dans leur graphie originale: rien n’est laissé au hasard dans les écrits qui consignent les usages en vigueur à la cour de Bruxelles au XVIIè siècle. Et le même soin mis à programmer l’année liturgique est consacré à décrire la bonne marche de la maison royale, la garde des joyaux, les rôles et gages des officiers (détenteurs d’une charge), l’organisation des cuisines ou la tenue des écuries. Les extraits précités proviennent du Plan ou estat de la maison royale dans ces estats de Flandres, dû à Francisco Lozano et à son fils Francisco Alonso Lozano, employé à l’oratoire de la chapelle royale du palais. L’ouvrage résulte d’une élaboration située entre 1692 et 1712, soit les dernières décennies de la souveraineté des Habsbourg d’Espagne, alors représentés sous nos cieux par le gouverneur général Maximilien-Emmanuel de Wittelsbach, électeur et duc de Bavière, qui s’est précédemment illustré à Mohács et à Belgrade contre les Turcs ( « électeur » parce que participant à l’élection de l’Empereur dans le Saint Empire romain germanique). Continuer à lire … « Vivre à la cour de Bruxelles: tout un art »

« Indépendants de la France, ennemis des Espagnols »

Alors que la politique de Philippe II et la diffusion du calvinisme déchirent les Pays-Bas, le diplomate Ogier Ghiselin de Busbecq rêve, dans ses lettres à l’empereur Rodolphe II, d’un Sud catholique libre de toute tutelle (1582-1584)

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Ogier Ghiselin de Busbecq dans une gravure non datée. (Source: n. 1)

   Au début des années 1580, Ogier Ghiselin de Busbecq, diplomate sexagénaire ou presque, se trouve en mission en France au service des Habsbourg d’Autriche. S’il se souvient avec nostalgie de la localité éponyme des bords de Lys qui vit grandir, entre Comines et Menin (comté de Flandre), ce fils naturel d’un noble local, il partage ce qu’il lui reste d’une vie bien remplie entre les intrigues politiques de Paris et les charmes champêtres de Saint-Cloud. Plus tard, il s’établira à Mantes, fuyant les luttes de partis consécutives à la mort d’Henri III. Mais il est une sombre pensée qui ne saurait le quitter: celle du pays natal alors ravagé par la guerre civile et les interventions étrangères.

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