Papy n’était pas un attentiste (1)

Etait-il alors collaborateur ou résistant ? Plongée dans deux livres qui dressent un état global de la question et fournissent les outils pour retrouver la trace de ceux qui, à des degrés très divers, servirent l’occupant ou le combattirent. Deux minorités: moins de quatre Belges sur cent au total… (1940-1944)

   Sur ce que fut le lot des enfants de parents réprouvés pour avoir fait « le mauvais choix » pendant la Deuxième Guerre mondiale, nous savons l’essentiel depuis l’enquête de grande ampleur que leur a consacrée Koen Aerts [1]. L’historien, docteur de l’Université de Gand, a par ailleurs codirigé un ouvrage qui entreprend d’aider les héritiers de la faute à répondre aux questions qu’ils se posent sur le passé de leurs ascendants [2]. Questions restées sans réponses dans bien des familles où il ne convenait pas d’aborder le sujet…

   Ce guide pour la recherche et le traitement des sources éparses et complexes, précédé d’un aperçu global de la question, a l’ambition d’être utile à l’amateur comme au professionnel. Il a été suivi d’un autre, complémentaire et de même structure, consacré aux hommes et aux femmes de la Résistance [3]. J’en rendrai compte dans mon prochain article. L’un et l’autre de ces « modes d’emploi » sont arrivés à un moment clé, celui qui voit disparaître les derniers acteurs et témoins pouvant encore être interrogés (20 ans en 1940-1945 = 97 à 102 ans en 2022). Et cependant, « le nombre de demandes de précisions et d’explications est en perpétuelle augmentation » , signalent les auteurs du premier livre (p. 14).

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Si ce n’était eux, c’était donc leur père…

La répression de la collaboration avec les Allemands, dans les années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, a souvent eu pour effet de punir aussi les enfants et les proches des accusés, même si leur responsabilité personnelle n’était nullement engagée. Regard en Flandre sur une petite minorité qui a alimenté un fort sentiment d’injustice (1945-)

 

   Qu’y a-t-il de commun entre le cardinal Godfried Danneels, les écrivains Hugo Claus et Erwin Mortier, l’animateur de télévision Steven Van Herreweghe, l’ancien ministre-Président flamand Geert Bourgeois, la psychologue clinique Ariane Bazan, le philosophe Johan Sanctorum, l’homme politique Bart De Wever et son frère historien Bruno… ? Tous naquirent dans des familles flamandes frappées par la répression au cours des années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Même s’il ne faut pas en exagérer l’importance numérique, ce groupe, avec le lot qui fut le sien, demeure influent dans la mémoire collective.

   Sur la base d’une centaine de témoignages recueillis principalement par des étudiants, Koen Aerts, docteur en histoire de l’Université de Gand, a réalisé la synthèse sans doute définitive des voies et moyens par lesquels les enfants de collaborateurs de l’occupant allemand furent eux aussi punis, même si leur responsabilité personnelle n’était nullement engagée et même – ce ne fut pas rare – quand il s’avéra en fin de compte que leurs parents avaient été à tort poursuivis en justice, « épurés » dans leur secteur professionnel et/ou victimes de représailles populaires [1].   

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