Du tableau noir à l’écran blanc

Les changements qui ont bouleversé le monde de l’enseignement ces dernières décennies se reflètent aussi à travers le cinéma. Le rôle majeur du maître reste une constante mais dans les productions les plus récentes, c’est le thème des harcèlements en tous genres qui a pris une importance croissante (1930-2020)

   Appelés à citer un film en rapport avec l’école qui les a marqués, 260 futurs psychologues et pédagogues de l’Université de Mons ont plébiscité La vague (Dennis Gansel, 2008), Le cercle des poètes disparus (Peter Weir, 1989) et Les choristes (Christophe Barratier, 2004). Les scores se sont établis respectivement à 15 %, 14,2 % et 13,5 %, les autres réalisations venant loin derrière. Est-ce pur hasard si, dans les trois cas, ressort l’importance de l’action du maître comme individualité forte ? A l’encontre des théories et des directives qui mettent plus volontiers l’accent sur le collectif, les générations montantes demeurent attachées à l’exemple des Wenger, des Keating ou des Mathieu qui, positivement ou négativement, influencent en profondeur leurs élèves.

   Voilà qui dit assez l’intérêt du cinéma en tant que source pour l’histoire, si pas de l’enseignement lui-même, du moins des représentations dont il est l’objet. Quelques données pertinentes, à cet égard, sont à glaner dans l’ouvrage collectif L’école à travers le cinéma, qui vient de paraître sous la direction de trois professeurs et chercheurs de la faculté montoise de psychologie et des sciences de l’éducation [1].

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Egyptologie et égyptomania: l’effet Toutankhamon

La découverte du tombeau du jeune pharaon a (r)éveillé bien des passions, dont celle de la reine Elisabeth qui s’est rendue sur place avec l’égyptologue Jean Capart et le futur Léopold III. Si la presse à sensation s’est emparée des rumeurs de malédiction, la recherche et l’activité muséale ont su tirer parti de la vogue (1922-1940)

  « Amon-Ra, roi des Dieux, vous accorde toute prospérité, une longue vie, le cœur plein de joie. Ceci est pour vous réjouir. Dès que vous aurez reçu cet écrit d’invitation vous vous préparerez à assister à la « Réception chez Toutankhamon » organisée par le Murray’s Club le jour du Seigneur 14 mars 1926 dans les Salons du Palais d’Egmont, rue aux Laines, à 9 heures du soir » .

   Il n’est guère d’événements mondains qui aient été annoncés de si insolite manière. Son déroulement fut à l’avenant, les membres du Murray’s Club, un cercle de la haute société, ayant été conviés à se présenter en habits inspirés de l’époque pharaonique, dans des décors et avec un menu de dîner en perspective qui l’étaient tout autant (au menu: « Extrait d’Apis – Latus rose aux fruits de la Grande Verte – Volailles de la Table des Dieux – Foie d’oies sacrées du Temple d’Amon… » ) . En princesse égyptienne, la fille de nos souverains Marie-José, future éphémère reine d’Italie, attira tous les regards. Sur scène défilèrent les divinités et les personnages illustres du Nouvel Empire. Saluée par la presse comme un succès complet, la soirée bruxelloise donna lieu l’année suivante à un remake somptueux à Hélipolis, la nouvelle ville au nord-est du Caire à laquelle le nom de l’ingénieur et industriel belge Edouard Empain est étroitement associé.

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Quand l’Afrique belge a basculé

En voyage au Congo et au Ruanda-Urundi en 1957 et 1959, le théologien et sénateur Gerard Philips témoigne de l’exportation de nos conflits politiques, des débats suscités autour de l’inculturation ainsi que de la montée du nationalisme congolais et des importants soutiens qu’il a trouvés dans les milieux ecclésiaux

  Prêtre, théologien, universitaire et sénateur coopté, Gerard Philips (1899-1972) accéda à la notoriété de par son rôle dans la préparation et le déroulement du concile Vatican II. Avec le futur cardinal Suenens et un groupe d’experts louvanistes (la squadra belga, comme on l’appela à l’époque), il fut un des grands artisans des thèses sorties victorieuses de l’assemblée des pères. En 1969, il figurera parmi les membres de la Commission théologique internationale nouvellement instituée à Rome.

Gerard Philips, un personnage aux multiples casquettes. (Source: n. 1, p. 11)

   Les multiples casquettes – religieuse, académique, politique – de ce natif de Saint-Trond, qui fut aussi professeur au Grand Séminaire de Liège et maître de conférences à la faculté de théologie de Louvain, confèrent un intérêt tout particulier à la récente édition de son journal tenu pendant deux voyages individuels, en 1957 et 1959, au Congo belge et au Ruanda-Urundi qui lui était rattaché (Rwanda et Burundi aujourd’hui) [1]. Deux séjours comparables quant au programme et à l’organisation, mais non quant au contexte qui, en deux ans, a changé radicalement. En 57, l’émancipation congolaise, quand elle était envisagée, relevait du long terme (plan Van Bilsen). En 59, dès janvier et après une période de troubles, le Roi et  le gouvernement ont mis le cap sur l’indépendance.

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