Enquête sur le tombeau d’une comtesse de Luxembourg

Des fouilles menées à Valenciennes en 1973, complétées par une tête de statue en 2014 et d’autres pièces au puzzle ont conduit à identifier la probable dernière demeure de Béatrice d’Avesnes, mère de l’empereur du Saint-Empire Henri VII de Luxembourg, établie dans l’ancien couvent des dominicaines qu’elle avait fondé (XIVe siècle)

   Deux caveaux peints, deux gisants fragmentaires de pierre blanche et les éléments d’un soubassement comportant des personnages sous arcatures: tels furent les fruits des fouilles de sauvetage menées à Valenciennes en 1973, à l’occasion de travaux entrepris sur le site de l’ancien couvent des dominicaines dites « de Beaumont » . Mais qui donc avait reposé dans ces tombeaux ? Une enquête récente menée par Ludovic Nys, professeur d’histoire de l’art à l’Université polytechnique Hauts-de-France, aboutit à des conclusions bien différentes de celles qui s’étaient imposées initialement [1].

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Des martyrs inconnus chez les capucins de Bruxelles

De leur établissement supprimé sous le régime français demeurent notamment deux toiles de Gaspar de Crayer représentant les saints Agapit et Florent, inconnus au bataillon hagiographique. Avec d’autres, ils avaient été ramenés des catacombes romaines pour doter les frères mineurs d’un haut lieu spirituel (XVIIe-XVIIIe siècles)

   Quelle mouche a piqué Gaspar De Crayer, disciple de Rubens (1582-1669) – ou ses commanditaires – pour qu’il consacre deux toiles à deux saints dont on n’avait guère ou pas du tout souvenir, même à son époque ? A l’origine, les œuvres appartenaient à la communauté des capucins de Bruxelles. Elles sont conservées aujourd’hui aux musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) et ont fait récemment l’objet d’un travail de restauration, occasion pour Lara de Merode, diplômée de l’Université libre de Bruxelles, d’en retracer le cheminement [1].

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Une exposition universelle entre futurisme et tradition

Comme d’autres, celle de Bruxelles en 1897 a vu s’affronter les projets valorisant le patrimoine ancien et ceux qui tablaient sur les créations présentes et à venir. Paul Hankar, un des pères de l’Art nouveau, a fait les frais de cette concurrence. Mais les « modernes » n’étaient pas tous opposés au recyclage des formes historiques (1894-1900)

   Quand Bruxelles se prépare à accueillir l’Exposition universelle de 1897, l’événement a déjà connu pas moins de trente-cinq éditions. La première, en 1851, s’est déroulée à Londres dans le cadre du célèbre Crystal Palace. Deux, relativement proches, se sont déployées à Anvers, en 1885 et en 1894. Toutes ont été de grandes manifestations commerciales et technologiques, mais aussi culturelles et patrimoniales. Les découvertes scientifiques les plus récentes et les produits de l’industrie les plus innovants y ont côtoyé les reconstitutions d’anciens cadres de vie ou de grands monuments hérités du passé.

   Dans notre capitale, cette ambivalence a été source de tensions révélatrices de l’esprit de l’époque à bien des égards. On dispose aujourd’hui, sur ce sujet, du précieux éclairage de Yaron Pesztat, philosophe de formation, curateur « architecture moderne » au Centre d’information, de documentation et d’exposition de la ville, de l’architecture, du paysage et de l’urbanisme de la Région de Bruxelles-Capitale (Civa) [1].

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Une porte du ciel pour les statues bien élevées

L’église Notre-Dame à Bruges conserve l’exemplaire ancien et rare d’un dispositif qui permettait de visualiser les scènes de l’Ascension ou de l’Annonciation, entre autres. L’ouverture était pratiquée généralement à la croisée du transept. Vers elle ou à partir d’elle, on voyait les figures religieuses monter ou descendre selon le récit biblique

   Connue surtout pour la hauteur où s’élancent sa tour et sa flèche, l’église Notre-Dame à Bruges ne fait pas partie des édifices les plus visités par les touristes. Elle constitue pourtant un cas, unique dans nos régions et rare en Europe, en ce qu’elle recèle une entrée symbolique vers le ciel, pratiquée dans son plafond, ainsi qu’un mécanisme qui permettait d’y élever certaines statues voire, peut-être, quelques exemplaires de ces dernières. On doit à l’historien de l’art Jean Luc Meulemeester de précieux éclairages à ce propos [1].

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Les panoramas belges, chefs-d’œuvre en péril

Objet d’un engouement éphémère au tournant des XIXe et XXe siècles, ces immenses toiles réalistes déployées en cercle sont aujourd’hui bien souvent en triste état, quand elles n’ont pas carrément disparu. Elles ont souffert des critiques qui n’y ont vu qu’un « mass medium » relevant du divertissement plutôt que de l’art (1880-)

   Ceux qui ont visité au moins une fois le site de la bataille de Waterloo n’ont pu manquer le grand Panorama de la bataille qui s’y trouve conservé dans une rotonde de 35 mètres de diamètre. Réalisée en 1912 par le peintre français Louis-Jules Dumoulin, la toile se déploie en cercle sur le mur intérieur de l’édifice, de sorte que le spectateur peut se croire au cœur même de l’ultime affrontement de Napoléon avec les puissances coalisées. Ce qui se donne ici à voir est aussi un des rares témoins d’une forme de représentation qui connut son heure de gloire au tournant des XIXe et XXe siècles, avant que le cinéma la rende obsolète.

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La vie agitée d’un joaillier bruxellois

Egalement marchand d’art, Joannes Baptista Grondoni nous est surtout connu grâce son activité d’éditeur de gravures d’ornement et… ses nombreux démêlés avec la justice. Prisées par les collectionneurs, ses planches, souvent inspirées de motifs antérieurs, se retrouvent dans maints musées en Europe et outre-Atlantique (1700-1738)

   Les Pays-Bas méridionaux, soit une grande partie de la Belgique actuelle, ont leur place dans l’histoire moderne du commerce des bijoux. Et pas seulement en tant qu’importateurs. Nombre de pièces d’orfèvrerie ou de diamants sertis d’or, ouvragés sous nos cieux, ont franchi les frontières et même l’Atlantique en passant par Cadix. Au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, un Nicolas de Cachiopin traitait dans son atelier bruxellois des joyaux à partir de modèles qui lui étaient envoyés par la marchande Maria Agatha Boelis, établie dans le port andalou, afin de correspondre au goût hispanique.

   C’est sur la vie, des plus agitées, et sur l’œuvre composite d’un neveu et élève de Cachiopin qu’une étude fouillée vient d’être publiée par Wim Nys, docteur de l’Université de Gand, directeur de collection et de recherche au musée du Diamant, des Bijoux et de l´Orfèvrerie à Anvers [1]. Il s’agit de Jean Baptiste Grondoni, né en 1680 à Bruxelles, en formation chez son oncle à partir de 1692. Un jeune homme qui va traverser des temps de troubles et de dèche liés à moult conflits culminant avec le bombardement de Bruxelles par les troupes françaises en 1695. On peut rêver d’un début de carrière sous de meilleurs auspices.

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Qu’est-il arrivé au « musée domestique » de la reine Louise-Marie ?

Reflets des goûts de l’élite du temps, ses albums d’oeuvres d’art contiennent 49 pièces ajoutées après sa mort. Dix-sept de celles-ci sont en outre des plus légères… Faut-il y voir la main de Philippe, comte de Flandre, fils cadet de notre premier couple royal ? (1823-1900)

   Dans la culture des élites, les albums ont longtemps occupé une place de choix. Beaux livres quant à leur aspect extérieur, ils constituaient quant à leur fonction de véritables « musées domestiques » . La reine Louise-Marie (1812-1850) en a pour sa part laissé deux, promis à une singulière destinée.

   Conservés aujourd’hui aux Archives du Palais royal, portant la lettre L à l’avant de leur étui de protection, ces recueils de dessins, de gouaches, d’aquarelles et de lithographies reflètent l’intérêt pour les arts de l’épouse de notre premier Souverain, connue pour s’être adonnée à la peinture – ayant été à Paris l’élève du maître d’origine belge Pierre Joseph Redouté – ainsi qu’à la tapisserie. Les aquarelles de ses trois enfants, qui faisaient partie des ornements de sa chambre, pourraient être de sa main [1]. Le même violon d’Ingres se retrouva au plus haut degré chez sa sœur Marie d’Orléans, dont une exposition au Louvre, en 2008, a révélé les talents au grand public.

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Pour commencer « La Genèse » en beauté

Le soin mis à illustrer sa première lettre « I » ou ses deux premières « IN » en terres mosanes a suscité les plus anciens exemples d’une tradition qui s’est étendue à l’Europe occidentale. De manière parfois atypique, l’iconographie se rapporte aux récits de la Création ou offre une méditation embrassant la Bible entière (XIè-XIIè siècles)

   Dès l’époque carolingienne, le plus grand soin était apporté à la copie, la mise en page et la décoration des Ecritures saintes. L’époque romane fut à l’unisson et vit s’épanouir l’art de la (des) première(s) lettre(s) illustrée(s) ou historiée(s). Et comment, dans cette perspective, ne pas mobiliser tous ses talents quand il s’agit de mettre plus particulièrement en valeur l’incipit du premier des livres, La Genèse: « In principio… » ( « Au commencement » ) ? Le Nord de l’Europe s’est ici trouvé à l’avant-garde. Les productions issues du pays mosan – au sens large – à la fin du XIè siècle, surtout, s’inscrivent dans la naissance d’une tradition dont on trouve des traces de l’Angleterre à l’Italie jusqu’à l’aube du XIIIè siècle.

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Une Bourgogne bougrement belge

Philippe le Bon et son chancelier Nicolas Rolin ont conjugué puissance politique et rayonnement culturel, avec l’ample contribution des artistes de nos anciens Pays-Bas. Les fastes de cour allaient de pair avec les rêves de croisade et l’attention aux souffrances humaines (1376-1462)

   Jan Van Eyck et Rogier Van der Weyden, bien sûr. Mais aussi les frères Limbourg et leur oncle Jean Malouel, Claus Sluter et Melchior Broederlam, les tapisseries tournaisiennes et le retable bruxellois d’Ambierle, des Christ souffrant et des Vierges de piété à satiété…: le visiteur belge ne se sent guère dépaysé au contact des joyaux de la Bourgogne, qu’il arpente le musée des Beaux-Arts de Dijon, la chartreuse de Champmol ou l’hôtel-Dieu de Beaune, entre autres. Ce dernier haut lieu, avec l’hôtel des Ducs et surtout la porte Marie de Bourgogne de la ville vinicole, accueillent actuellement et jusqu’au 31 mars une exposition articulée autour des figures du Conditor Belgii, de son (trop) hardi successeur et de son puissant bras droit [1].

   Sans surprise, les œuvres en provenance de nos régions sont nombreuses à séjourner à cette occasion dans le chef-lieu costalorien. On a pu dire que la culture bourguignonne fut en quelque sorte absorbée par celle des anciens Pays-Bas, qui englobaient une grande partie de l’espace belge actuel, de même que Bruxelles éclipsa progressivement Dijon comme résidence ducale. La principauté de Liège, certes, eut maille à partir avec cet ensemble et sa capitale fut anéantie par le Téméraire en 1468, de même que Dinant en 1466. C’est néanmoins à un valeureux Liégeois, Philippe George, conservateur honoraire du Trésor de la Cité ardente (cathédrale), qu’ont été confiés le commissariat général, la coordination scientifique et la scénographie de l’exposition.

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James Ensor, le faux artiste maudit

Le peintre et graveur ostendais s’est montré beaucoup moins rebelle dans la vie réelle que dans l’imaginaire qui imprègne ses œuvres et le personnage qu’il s’est construit. Feignant d’ignorer la reconnaissance et les honneurs, il s’est fait l’écho des tumultes contemporains et le contempteurs du prosaïsme bourgeois (1880-1930)

   Quand on porte sur une carrière d’artiste un regard d’historien, quelques aspects insoupçonnés, très prosaïques, voire terre à terre, peuvent se révéler des plus dignes d’attention. Ainsi en va-t-il pour l’importance… du train dans l’activité de James Ensor (1860-1949) et son accès à la notoriété. C’est le réseau ferroviaire belge, au développement exceptionnel à la fin du XIXè siècle, qui permit au peintre et graveur de recevoir à Ostende la visite de collectionneurs des quatre coins du pays ainsi que de l’étranger. C’est aussi grâce au rail que Bruxelles, Anvers ou Liège devinrent des destinations de routine pour l’homme ou pour ses œuvres.

   Ce constat figure parmi ceux que dresse le journaliste, historien, philologue Vincent Delannoy [1]. Car à l’encontre des représentations d’un Ensor casanièrement vissé à sa demeure de la Vlaanderenstraat – devenue depuis son musée –, aucun créateur aspirant à la reconnaissance ne pouvait alors s’exempter des institutions et des réseaux culturels de la capitale en particulier. Centralisme à la parisienne ? Mutatis mutandis. La vie du natif de la Côte est jalonnée de séjours de quelques semaines, susceptibles de s’étendre jusqu’à quelques mois, dans « le lieu des échanges culturels et l’endroit où l’on entretient des contacts et où l’on conclut des affaires » (p. 100). Les salles d’exposition et les revues artistiques qui font percer sont bruxelloises. C’est en empruntant ces passages obligés que l’inconnu, à la longue, est devenu illustre.

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