Flamand ou allemand ? Une autre question linguistique

L’usage d’appeler « Duitsch » ou « Duytsch » (allemand) la langue parlée dans le nord de l’espace belge, tout en la distinguant de celle d’outre-Rhin, a traversé les siècles jusqu’au XXème. Parfois en rude concurrence avec « Dietsch » , le mot a fini par céder la place à « Vlaemsch » sous l’influence francophone

   Si, au début du XIXè siècle, vous aviez demandé à des Flamands du Limbourg ou du Brabant quelle langue ils parlaient, qu’auraient-ils répondu ? Flamand ? Néerlandais ?… Ni l’un, ni l’autre. Selon Jan Frans Willems, qui la rapporte en 1837, la réponse aurait été: « Ik spreek Duitsch » , littéralement « Je parle allemand » . L’écrivain et philologue suggère toutefois qu’il faut comprendre « Dietsch » , soit « thiois » , entendu ici comme le terme désignant les parlers germaniques dans l’espace belgo-néerlandais. Avec des variantes phoniques, les dialectes continueront d’être désignés de la sorte par ceux qui les pratiquent jusqu’au milieu du XXè siècle.

   L’usage ambigu remonte loin.

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Regards russes sur la Belgique plurielle

Les auteurs russes qui ont voyagé en Belgique font état de différences et de tensions au sein du royaume, tant idéologiques et politiques que linguistiques et ethniques. Ces « querelles de famille » ne sont toutefois pas perçues comme menaçantes pour l’unité du royaume où, par ailleurs, la culture du peuple est objet d’admiration (1815-1914)

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Vasili Vodovozov. (Source: http://celebiography.net/vasilij-vodovozov.html)

Relatant son voyage accompli en Belgique en 1862, Vasili Vodovozov, professeur à l’institut Smolny de Saint-Pétersbourg, constate avec étonnement que « dans la classe sociale cultivée les deux langues sont également courantes » et que « des livres de lecture populaire, des manuels et d’autres ouvrages pédagogiques paraissent dans l’une ou l’autre langue » . Voilà qui ne cadre guère avec la représentation courante d’une langue flamande alors uniformément méconnue, négligée, méprisée dans nos hautes sphères! Ce témoignage parmi d’autres est relevé par Vladimir Ronin (Université catholique de Louvain – KULeuven), spécialiste des relations culturelles entre l’Est et l’Ouest, dans une étude, qui ne date pas d’hier mais conserve tout son intérêt, sur l’image renvoyée par les Russes venus sous nos cieux au cours du XIXè siècle et au début du XXè [1].

   Même balbutiante, certainement encore loin du compte, la pluralité assumée a le don d’étonner les sujets du Tsar en ce temps où il ne paraît nullement singulier que le Journal de Saint-Pétersbourg, organe officieux du ministère des Affaires étrangères, soit publié en français. « Habitués à la domination du français dans les couches supérieures de la société russe » , écrit Vladimir Ronin, les auteurs voyageurs « ont été visiblement impressionnés par le fait que l’élite belge du milieu du XIXè siècle, tout en étant francophone, s’est plus ou moins familiarisée avec le néerlandais (« le flamand » ) » .

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