Inhumation ou incinération ? Un dilemme à l’âge du bronze

Les ensembles funéraires de Lambres-lez-Douai et Sin-le-Noble (Hauts-de-France) témoignent de la juxtaposition des pratiques dans la zone Manche – mer du Nord, même si l’incinération tendait à prendre le pas. Le souci d’une visibilité durable des monuments est demeuré constant (XVIIè – XVè siècles av. J-C)

Dans le plus lointain passé, nombreuses sont les cultures ou les sociétés à propos desquelles notre savoir est entièrement ou essentiellement tributaire des sépultures, avec les pratiques dont elles témoignent et les objets qu’elles recèlent. L’âge du bronze et les débuts de l’âge du fer en Europe occidentale sont de ces mondes-là. Dans nos régions, de quelque 2000 à 750 avant J-C, se structurent alors deux espaces selon un clivage est-ouest des plus naturels, commandé par la géographie: l’un autour de la Meuse, l’autre autour de l’Escaut. Les objets retrouvés dans la zone scaldéenne, tels les épées à languette et les grandes pointes de lances, s’apparentent à ceux qui ont été mis au jour dans le nord-ouest de la France actuelle ainsi que dans l’archipel britannique. Les fouilles menées ou en cours à Lambres-lez-Douai et Sin-le-Noble, dans la communauté d’agglomération du Douaisis, peuvent donc nous instruire sur cette aire d’échanges bordée par la mer du Nord et la Manche [1]. Continuer à lire … « Inhumation ou incinération ? Un dilemme à l’âge du bronze »

Les cadavres exquis du Dr Burggraeve

Ouvertes régulièrement au public, les collections de corps défunts traités selon la méthode de ce professeur à l’Université de Gand avaient une portée scientifique mais aussi esthétique et morale. Elles entendaient en outre contribuer au prestige scientifique de la Belgique (1830-1900)

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Adolphe Burggraeve, professeur ordinaire de l’Université de Gand à partir de 1835. (Source: n. 1, p. 203)

   Les Körperwelten, ces expositions de cadavres ou de parties de cadavres humains plastinés selon la technique mise au point par l’anatomiste allemand Gunther von Hagens, soulèvent de nombreux questionnements éthiques et juridiques. Avec un caractère certes moins tapageur et beaucoup moins lucratif, de telles présentations au grand public, loin d’être nouvelles, s’inscrivent dans une tradition qui remonte jusqu’au XVIIè siècle. Le cabinet de curiosités du Hollandais Frederik Ruysch (1638-1731) en constitue un des exemples les plus célèbres. En Belgique, c’est le professeur Adolphe Burggraeve (1806-1902) qui s’est illustré dans cette discipline particulière, ouvrant lui aussi régulièrement au tout-venant ses collections conservées à l’Université de Gand.

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Les loges dans la Cité… la mort aidant

La franc-maçonnerie au XIXè siècle veillait et réussissait généralement à garder le secret sur ses membres et ses délibérations internes. Ses symboles même polémiques étaient en revanche largement divulgués, alors que les enterrements des frères célèbres et l’art funéraire servaient de canaux de diffusion du message (1815-1914)

   Société « secrète » , « quasi secrète » ou « discrète » , selon les approches, la franc-maçonnerie a longtemps justifié cette posture par son caractère minoritaire et réprouvé dans les pays catholiques et aussi certains pays protestants. Mais comment expliquer le maintien de cette opacité dans nos sociétés largement laïcisées ? Pourquoi ne voit-on jamais les frères défiler au grand jour, comme il était courant au XVIIIè siècle dans la Grande-Bretagne qui fut leur berceau ?

   A ce confinement délibéré dans les murs du temple, il a pourtant été très tôt dérogé en une circonstance bien précise: quand la mort frappait à la porte. Les manifestations publiques auxquelles celle-ci a donné lieu au cours du XIXè siècle retiennent particulièrement l’attention dans l’étude que Jeffrey Tyssens (Vrije Universiteit Brussel) vient de consacrer aux « brèches » de l’association initiatique [1].

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