Surveiller et punir, mais aussi gracier

Quand la prison devient une peine à part entière, la clémence est sollicitée pour des faits plus légers: moins d’homicides, davantage de vols, de fraudes, de vagabondage… Les femmes y prennent dès lors plus d’importance. Mais la grâce est aussi au service de la discipline des établissements et de la régulation de leur population (1716-1794)

   Dans Surveiller et punir, un des classiques de Michel Foucault [1], l’émergence dans l’histoire du monde occidental de la prison, au sens moderne d’institution pénale conçue pour l’enfermement, apparaît liée à des formes de rationalité et de discipline devenues dominantes et étendues à d’autres structures de la vie sociale. Il ne faudrait toutefois pas perdre de vue, dans l’approche de cette mutation, qu’elle a aussi eu pour effet, à la fin de l’Ancien Régime, de transformer et d’amplifier considérablement l’usage de la grâce. C’est ce qu’est venue rappeler Julie Douley (Université catholique de Louvain) à la récente quadriennale des historiens belges, en mettant l’accent sur les conséquences de cette évolution pour les femmes [2].

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La grève de la faim, signe de débilité mentale ?

Dans les prisons de l’Entre-deux-guerres, les détenus qui y ont recours sont traités comme des cas psychiatriques. Les médecins, parfois, interviennent auprès des autorités en leur faveur. Mais si l’insistance ou les menaces ne suffisent pas à les convaincre de se nourrir de nouveau, on passe presque toujours à l’alimentation forcée (1918-1939)

Quand un groupe de sans-papiers occupant une église entreprend une grève de la faim, il est aussitôt entouré de sympathisants et assuré de recevoir un ample écho médiatique. Tout autre est la situation du prisonnier isolé: la même action le confronte directement à l’autorité, aux structures et à la discipline de l’institution carcérale. On ne badine guère avec ces dernières et dans un passé même relativement proche, l’improbabilité d’obtenir gain de cause par une insoumission nutritionnelle fut plus grande encore. En témoigne le master qu’Ayfer Erkul (Vrije Universiteit Brussel) a consacré à l’ultime recours des détenus protestataires dans la Belgique de l’Entre-deux-guerres [1].

L’historienne s’est plongée d’abord dans la presse de l’époque. Les articles, généralement brefs, consacrés à des internés ayant refusé de s’alimenter précisent fréquemment que ceux-ci ont été transférés vers l’aile psychiatrique de la prison. Ce que vont confirmer les autres sources. « Ce transfert peut être vu comme une mesure pour être débarrassé d’un élément perturbateur » , écrit la chercheuse. Mais joue aussi un contexte bien particulier, qui favorise alors l’idée d’un lien entre inanition volontaire et troubles mentaux. Continuer à lire … « La grève de la faim, signe de débilité mentale ? »