La grève de la faim, signe de débilité mentale ?

Dans les prisons de l’Entre-deux-guerres, les détenus qui y ont recours sont traités comme des cas psychiatriques. Les médecins, parfois, interviennent auprès des autorités en leur faveur. Mais si l’insistance ou les menaces ne suffisent pas à les convaincre de se nourrir de nouveau, on passe presque toujours à l’alimentation forcée (1918-1939)

Quand un groupe de sans-papiers occupant une église entreprend une grève de la faim, il est aussitôt entouré de sympathisants et assuré de recevoir un ample écho médiatique. Tout autre est la situation du prisonnier isolé: la même action le confronte directement à l’autorité, aux structures et à la discipline de l’institution carcérale. On ne badine guère avec ces dernières et dans un passé même relativement proche, l’improbabilité d’obtenir gain de cause par une insoumission nutritionnelle fut plus grande encore. En témoigne le master qu’Ayfer Erkul (Vrije Universiteit Brussel) a consacré à l’ultime recours des détenus protestataires dans la Belgique de l’Entre-deux-guerres [1].

L’historienne s’est plongée d’abord dans la presse de l’époque. Les articles, généralement brefs, consacrés à des internés ayant refusé de s’alimenter précisent fréquemment que ceux-ci ont été transférés vers l’aile psychiatrique de la prison. Ce que vont confirmer les autres sources. « Ce transfert peut être vu comme une mesure pour être débarrassé d’un élément perturbateur » , écrit la chercheuse. Mais joue aussi un contexte bien particulier, qui favorise alors l’idée d’un lien entre inanition volontaire et troubles mentaux. Continuer à lire … « La grève de la faim, signe de débilité mentale ? »

L’âge d’or de la guillotine française

La peine de mort a été plus appliquée sous le régime français que sous l’Ancien Régime ou ultérieurement. Dans le département de la Lys, on compte en moyenne une exécution tous les deux mois pendant cette période, en rupture avec l’abolitionnisme de fait qui prévalait dans nos régions depuis le milieu du XVIIIè siècle (1795-1815)

Le 20 octobre 1796, un an après l’annexion de l’espace belge à la France, la guillotine est mise en service pour la première fois sur la Grand-Place de Bruges, chef-lieu du département de la Lys. Les suppliciés sont deux Français, Jean Pigneron et Placide De Lattre, condamnés notamment pour avoir, avec le chef de bande fugitif François Salembier, tué une aubergiste enceinte, grièvement blessé deux autres personnes et volé argent, bijoux et autres biens, dans un établissement situé sur le chemin de Poperinge à Proven.

Le 28 septembre 1813, la dernière peine de mort sous le régime français dans la future province de Flandre-Occidentale est prononcée à l’encontre de Catherine Le Ducq, une bouchère d’Ypres âgée de 25 ans, convaincue d’avoir empoisonné sa sœur cadette à l’arsenic. Après le rejet de son pourvoi en cassation, elle adresse une demande de grâce à… Guillaume Ier, qui ne règne pas encore en Belgique mais y exerce le gouvernement général au nom des puissances alliées. Le recours est rejeté et l’exécution a lieu le 11 octobre 1815.

Entre ces deux dates, toujours dans le même département, 118 hommes et 12 femmes ont été livrés au bourreau par le tribunal criminel, la cour de justice criminelle (à partir de 1804) et la cour d’assises (à partir de 1811), auxquels s’est ajouté le tribunal criminel spécial (sans jury) mis sur pied par Napoléon. Onze de ces déchus du droit à la vie ont échappé au couperet pour des raisons diverses (un suicide, un décès inexpliqué, une évasion, une contumace, deux grâces impériales, cinq cassations). Des 119 autres résulte une moyenne de près de six exécutions par an – ou une par bimestre –, avec deux années particulièrement « fastes » , 1798 (23) et 1803 (27), parce que deux bandes importantes, celle de Salembier déjà citée et celle de Bakelandt, y sont venues grossir les chiffres. Au recensement manquent en revanche les peines prononcées contre des civils par des tribunaux militaires. Des sources mentionnent bien des cas en terres west-flandriennes, mais les archives qui permettraient de les comptabiliser font défaut.

Continuer à lire … « L’âge d’or de la guillotine française »