Dans le marché européen, les imprimeurs sous pression

Avec la diffusion de la typographie se répandent les publications d’ouvrages non autorisées par leur auteur ou leur éditeur initial. Les privilèges octroyés par les pouvoirs constituent la seule protection, tout en étant « bons pour l’image ». On a plus de chances de les obtenir en étant célèbre ou en ayant des liens dans le pays (XVIIe siècle)

   Avec l’invention de Gutenberg se répand comme traînée de poudre le revers de la médaille, à savoir l’usage de réimprimer des œuvres étrangères sans le consentement de leur auteur ou de leur éditeur initial. La morale peut bien réprouver cette pratique mais aucun cadre légal européen ne lui est opposable. C’est le même phénomène, mutatis mutandis, qui a connu depuis l’Internet une croissance exponentielle. Au sein des Pays-Bas habsbourgeois du XVIIe siècle, où Nina Lamal a mené l’enquête en même temps qu’aux Provinces-Unies [1] (soit une grande partie de l’actuel Benelux), Anvers s’impose comme un centre majeur de cette économie de la contrefaçon. Les livres romains sont ici particulièrement ciblés. S’ils sont écrits en latin, la langue internationale, ils se diffuseront d’autan mieux sous toutes les latitudes.

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Industriels, chrétiens, sociaux: une « forte femme » et son fils au pays de Waes

Marie-Thérèse De Decker s’est trouvée à la tête d’une des plus importantes industries textiles de Saint-Nicolas. Son plus jeune fils est demeuré dans l’entreprise tout en menant une carrière politique. L’une et l’autre ont oeuvré à la promotion sociale et culturelle des travailleurs dans une perspective chrétienne (1822-1906)

   Elle figure parmi les « fortes femmes » que les responsables patrimoniaux et touristiques du pays de Waes ont souhaité mettre en lumière en 2024. Marie-Thérèse De Decker (1805-1871) fut, de fait, un acteur majeur dans l’histoire industrielle et sociale locale en même temps qu’un parangon d’engagement et de foi, traits amplement transmis à sa descendance. La rénovation récente, à Saint-Nicolas, de la maison familiale devenue un musée a offert à Sandra Vancauwenberghe, une des responsables du cercle archéologique waesien, l’occasion de brosser le portrait de cette personnalité et de son plus jeune fils Alfons Janssens (1841-1906), également renommé [1].

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Voyages au temps du charbon et de l’acier

Pour s’y replonger, nombreux sont les sites hérités du passé industriel dans notre paysage: hauts-fourneaux, chevalements de mine, terrils, cheminées, canaux… Certains ont été reconvertis en lieux touristiques, culturels, didactiques… D’autres sont menacés de disparition, faute de sensibilisation des décideurs (XIXe-XXe siècles)

   Du 30 novembre au 2 décembre derniers, sur l’esplanade de la mairie d’Ougrée, Seraing a connu la première édition de sa Fête du Haut-Fourneau B. Au programme: des chalets, des restaurations, des concerts, mais aussi un vin chaud spécial « Haut-Fourneau » et une exposition de photos du HFB, illuminé dans la nuit.

   A l’époque de sa mise à feu en 1962, le « monstre » ou le « titan » , comme il fut parfois surnommé, était considéré comme le plus grand haut-fourneau d’Europe continentale. Et la Belgique était encore le septième producteur mondial d’acier. En octobre 2011 sonna l’heure de l’arrêt définitif, lot de la quasi-totalité de la phase à chaud liégeoise. Fallait-il laisser disparaître ce dernier témoin en bord de Meuse de la puissance sidérurgique du passé – et aussi des mouvements sociaux dont elle fut le théâtre ? Des voix s’élevèrent, dans la population, le monde syndical et les milieux politiques. Elles ont fait un lieu de mémoire du HFB, sauvegardé avec son hall de coulée, ses cowpers et son bâtiment des chaudières.

   Le site est représentatif de ces « icônes de l’industrie » auxquelles est consacré le treizième numéro de la revue annuelle de l’asbl Patrimoine industriel Wallonie-Bruxelles (PIWB) [1]. « Une icône personnifie une communauté, une mode ou encore un courant qu’il soit historique ou architectural, précise Jean-Louis Delaet, président de l’association. L’icône a pour synonymes incarnation, emblème ou symbole » (p. 3). C’est nantis de ce statut que sont appelés à demeurer aujourd’hui dans nos paysages, alors que plus rien n’y est produit, certains des héritages de l’extraction minière d’antan, des industries qu’elle attira autour d’elle, des cités ouvrières construites dans la foulée, plus tard et demain peut-être des zones d’activités. Mais on ne saurait tout conserver.

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Les péages, témoins d’un âge d’or médiéval

Le nombre et la précocité des tarifs perçus dans le comté de Flandre pour le passage des marchandises ainsi que les exemptions, comparés aux autres régions, sont autant de preuves d’un dynamisme économique et d’une attraction internationale. Les autorités favorisent les échanges maritimes et y trouvent des recettes croissantes (XIIe siècle)

   Au XIIe siècle, les affaires marchent. Sous le scalpel de la recherche historique, tous les indicateurs décollent, même s’il faut nuancer l’importance de la récession d’avant cette période, imputée par Henri Pirenne au contrôle musulman de la Méditerranée [1]. On manque cependant d’informations sur les effets pour l’Europe du Nord du développement du commerce et de la circulation des biens, y compris sur de longues distances, favorisant l’essor des villes et des marchés au temps des cathédrales. Le travail d’Elisa Bonduel (Université de Gand) est venu lever les doutes à cet égard pour ce qui concerne le comté de Flandre [2].

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L’UCB, un groupe aux bons soins de la pharmacie

Très diversifiée au départ, l’Union chimique belge a su faire circuler le savoir entre ses divisions et assurer sa présence à l’étranger dans le secteur des médicaments. Celui-ci a pris de l’importance en bénéficiant des profits engendrés par les autres activités. Aujourd’hui, l’entreprise est entièrement biopharmaceutique (1928-2008)

  Les Fours à coke Semet-Solvay & Piette, la Société générale belge des produits chimiques, la Société des produits chimiques de Droogenbos (Drogenbos), les Produits chimiques et pharmaceutiques Meurice: telles sont les compagnies qui s’unissent, le 18 janvier 1928, au sein de l’Union chimique belge (UCB). La première des quatre est le pivot (51,8 %) d’un ensemble des plus hétérogènes, sur un spectre s’étendant du secteur sidérurgique au marché des médicaments. Si vous visitez l’UCB aujourd’hui, oubliez cette pluralité initiale: l’entreprise est exclusivement biopharmaceutique. L’accès aux archives, souvent problématique dans les firmes industrielles, a permis à Kenneth Bertrams (Université libre de Bruxelles) de mettre en lumière les raisons de cette polarisation et d’en retracer les étapes [1].

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Une exposition universelle entre futurisme et tradition

Comme d’autres, celle de Bruxelles en 1897 a vu s’affronter les projets valorisant le patrimoine ancien et ceux qui tablaient sur les créations présentes et à venir. Paul Hankar, un des pères de l’Art nouveau, a fait les frais de cette concurrence. Mais les « modernes » n’étaient pas tous opposés au recyclage des formes historiques (1894-1900)

   Quand Bruxelles se prépare à accueillir l’Exposition universelle de 1897, l’événement a déjà connu pas moins de trente-cinq éditions. La première, en 1851, s’est déroulée à Londres dans le cadre du célèbre Crystal Palace. Deux, relativement proches, se sont déployées à Anvers, en 1885 et en 1894. Toutes ont été de grandes manifestations commerciales et technologiques, mais aussi culturelles et patrimoniales. Les découvertes scientifiques les plus récentes et les produits de l’industrie les plus innovants y ont côtoyé les reconstitutions d’anciens cadres de vie ou de grands monuments hérités du passé.

   Dans notre capitale, cette ambivalence a été source de tensions révélatrices de l’esprit de l’époque à bien des égards. On dispose aujourd’hui, sur ce sujet, du précieux éclairage de Yaron Pesztat, philosophe de formation, curateur « architecture moderne » au Centre d’information, de documentation et d’exposition de la ville, de l’architecture, du paysage et de l’urbanisme de la Région de Bruxelles-Capitale (Civa) [1].

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Une vague de quarantaines à la Côte

Sous l’influence des épidémies dans le bassin méditerranéen ainsi que des conceptions économiques valorisant la croissance et la santé de la population, les mesures de confinement des marins, d’abord liées aux temps de crise, ont évolué en tendant à devenir plus permanentes. Mais les entraves au commerce sont demeurées limitées (XVIIIe siècle)

   Si le mal était connu et nommé dès le Moyen Age, il avait pris, au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, une ampleur appelant des réponses adaptées. Devenue endémique dans le bassin méditerranéen, particulièrement dans l’Empire ottoman, la peste bubonique a imposé, dans les zones portuaires, le renforcement de la seule barrière qui lui était alors opposable: la quarantaine. La mer du Nord et la Manche, certes plus éloignées de la menace, n’ont pas tardé à être impactées elles aussi, au moins dans les phases de crise aiguë. En examinant qu’il en fut dans l’espace actuel de la Côte belge, Stan Pannier (Vlaams Instituut voor de Zee, Oostende, et Katholieke Universiteit Leuven) nous fait découvrir une terra (presque) incognita [1].

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Dans la tête des participants à la plus vieille loterie

Organisée à Bruges en 1441 pour remédier à l’endettement de la Ville, elle a été rééditée et a fait école. Les Pays-Bas de la fin du XVIIe siècle en comptaient plusieurs centaines. Sur les billets, les participants adressaient leurs supplications à Dieu, à la Vierge, aux saints… ou écrivaient des plaisanteries moins édifiantes (XVe-XVIIe siècles)

   C’est à Bruges, en 1441, que fut organisée la première loterie de l’histoire des anciens Pays-Bas, lesquels englobaient une grande partie de la Belgique actuelle. L’événement a été peu étudié et pour cause: pour toute source le concernant, on ne dispose que d’une ligne dans les comptes de la cité. Mais ce ne fut pas one-shot, comme il se dit en franglais. Et pour un des jeux de hasard ultérieurs, celui de 1446, c’est Byzance! Les Archives de la Ville contiennent à son sujet pas moins de trois registres, dont un précieux document qui nous entrouvre la porte sur ce que les joueurs avaient en tête. Marly Terwisscha van Scheltinga (Universiteit Antwerpen, Fonds Wetenschappelijk Onderzoek) en a tiré parti [1].

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La vie agitée d’un joaillier bruxellois

Egalement marchand d’art, Joannes Baptista Grondoni nous est surtout connu grâce son activité d’éditeur de gravures d’ornement et… ses nombreux démêlés avec la justice. Prisées par les collectionneurs, ses planches, souvent inspirées de motifs antérieurs, se retrouvent dans maints musées en Europe et outre-Atlantique (1700-1738)

   Les Pays-Bas méridionaux, soit une grande partie de la Belgique actuelle, ont leur place dans l’histoire moderne du commerce des bijoux. Et pas seulement en tant qu’importateurs. Nombre de pièces d’orfèvrerie ou de diamants sertis d’or, ouvragés sous nos cieux, ont franchi les frontières et même l’Atlantique en passant par Cadix. Au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, un Nicolas de Cachiopin traitait dans son atelier bruxellois des joyaux à partir de modèles qui lui étaient envoyés par la marchande Maria Agatha Boelis, établie dans le port andalou, afin de correspondre au goût hispanique.

   C’est sur la vie, des plus agitées, et sur l’œuvre composite d’un neveu et élève de Cachiopin qu’une étude fouillée vient d’être publiée par Wim Nys, docteur de l’Université de Gand, directeur de collection et de recherche au musée du Diamant, des Bijoux et de l´Orfèvrerie à Anvers [1]. Il s’agit de Jean Baptiste Grondoni, né en 1680 à Bruxelles, en formation chez son oncle à partir de 1692. Un jeune homme qui va traverser des temps de troubles et de dèche liés à moult conflits culminant avec le bombardement de Bruxelles par les troupes françaises en 1695. On peut rêver d’un début de carrière sous de meilleurs auspices.

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Les Acec, ce chaudron social

Fleuron de l’industrie belge avant d’être vendus et filialisés, les Ateliers de constructions électriques de Charleroi, présents aussi à Gand, Herstal et Ruisbroek, ont été le haut lieu d’un militantisme « rouge » qui ne fut pas que syndical et socialiste. Il fut aussi associatif dans sa forme et communiste, trotskiste ou chrétien dans ses obédiences (1886-1992)

   La place majeure qu’occupent, dans l’histoire industrielle de la Belgique, les Ateliers de constructions électriques de Charleroi (Acec), ainsi que la parution récente d’une monographie du syndicaliste et communiste Robert Dussart qui donna longtemps le ton social au « Pays noir » [1], ont incité le Centre d’animation et de recherche en histoire ouvrière et populaire (Carhop) à consacrer un numéro de sa revue trimestrielle à ce haut lieu du militantisme en entreprise [2]. Un militantisme beaucoup plus diversifié dans ses formes et ses inspirations qu’il n’y paraîtrait de prime abord au sein d’une firme des plus « rouges » , où le syndicat socialiste (FGTB) fut de fait tout-puissant.

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