Maastricht au front pionnier, Liège aux avant-postes

Rattachés aux Provinces-Unies protestantes, la cité de saint Servais et ses environs n’en sont pas moins demeurés partie intégrante du diocèse de Liège. La fragile coexistence des Eglises catholique et réformée n’y a pas fait taire les controverses, avivées par un pasteur français des plus combatifs (1632-1636)

Riche est l’Ancien Régime en singularités institutionnelles et en configurations territoriales inattendues. Le statut de Maastricht constitue à ces égards un cas des plus exemplaires. Placée sous la cosouveraineté des rois d’Espagne (en tant que ducs de Brabant) et des princes-évêques de Liège, la ville conserve ce régime même après son rattachement aux Provinces-Unies en 1632, dans la dernière phase de la guerre de Quatre-Vingts Ans. Tout en se situant hors de la principauté et dans un Etat né de la Réforme protestante, la cité de saint Servais continuera de faire partie du diocèse de Liège.

Enjeu stratégique de taille, contrôlant le passage de la Meuse, la place est aussi montée en puissance symbolique dans les deux camps, ayant subi à la fois les flambées iconoclastes et la furie espagnole. Mais les nouveaux maîtres jugent opportun d’agir avec prudence. On ne rééditera pas ici l’opération radicale menée en 1629 à Bois-le-Duc où la « Milice » orangiste « a laissé quelques Couvens de Religieuses, mais chassé tous les gens de l’église » , selon le témoignage d’Henri de Turenne, alors jeune soldat dans l’armée de son oncle [1].
Continuer à lire … « Maastricht au front pionnier, Liège aux avant-postes »

Une symphonie d’arbres en souvenir de Passchendaele

Composée par Piet Swerts pour le centenaire de la troisième bataille d’Ypres, notamment sur des poèmes du soldat anglais Gurney, l’œuvre met en valeur la nature détruite puis renaissante comme métaphore des dévastations de la guerre et de la reconstruction. Le message de paix l’emporte sur la mémoire des sacrifices (1917, 2017)

Au printemps 2015, 138 ormes étaient plantés autour d’Ypres pour rendre visible aujourd’hui la ligne de front opposée à l’ennemi pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale. On a pu parler d’une sorte de nouvelle résurrection pour ces arbres déjà bien présents au début du XXè siècle, ceux qui leur avaient succédé après 1918 ayant été décimés par une maladie. Ils renaissaient comme l’ancienne cité drapière, presque entièrement détruite, avait su renaître de ses cendres.

La symbolique traverse allègrement les âges. En témoigne la circulaire qu’adressa le 7 mai 1919 le ministre de l’Agriculture Albéric Ruzette aux gouverneurs de Province, leur demandant de faire planter des arbres de la liberté « à la mémoire perpétuelle des victimes de la guerre » . Près d’un siècle plus tard, en 2017, c’est par la création d’une Symphonie des arbres, et en y plaçant le chiffre 138 au centre du processus musical, que le compositeur flamand Piet Swerts a répondu à la demande d’une œuvre en commémoration de la bataille de Passchendaele (ou troisième bataille d’Ypres) [1]. Le Symfonieorkest Vlaanderen dirigé par David Angus, avec Lee Bisset (soprano), Thomas Blondelle (ténor) et une série de chœurs, ont été mobilisés pour ce grand oratorio en cinq parties, marquant le centième anniversaire de la vaine offensive que déclencha l’état-major anglais, en novembre 1917, avec pour bilan plusieurs centaines de milliers de morts inutiles des deux côtés [2].

Continuer à lire … « Une symphonie d’arbres en souvenir de Passchendaele »