Dans le marché européen, les imprimeurs sous pression

Avec la diffusion de la typographie se répandent les publications d’ouvrages non autorisées par leur auteur ou leur éditeur initial. Les privilèges octroyés par les pouvoirs constituent la seule protection, tout en étant « bons pour l’image ». On a plus de chances de les obtenir en étant célèbre ou en ayant des liens dans le pays (XVIIe siècle)

   Avec l’invention de Gutenberg se répand comme traînée de poudre le revers de la médaille, à savoir l’usage de réimprimer des œuvres étrangères sans le consentement de leur auteur ou de leur éditeur initial. La morale peut bien réprouver cette pratique mais aucun cadre légal européen ne lui est opposable. C’est le même phénomène, mutatis mutandis, qui a connu depuis l’Internet une croissance exponentielle. Au sein des Pays-Bas habsbourgeois du XVIIe siècle, où Nina Lamal a mené l’enquête en même temps qu’aux Provinces-Unies [1] (soit une grande partie de l’actuel Benelux), Anvers s’impose comme un centre majeur de cette économie de la contrefaçon. Les livres romains sont ici particulièrement ciblés. S’ils sont écrits en latin, la langue internationale, ils se diffuseront d’autan mieux sous toutes les latitudes.

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Le poids des mots, le choc des cartes

Les informations au XVIIe siècle circulaient plus rapidement qu’on ne le pense. A l’aide des actualités cartographiées publiées à Amsterdam par Claes Jansz Visscher, régulièrement mises à jour en ajoutant du présent au passé, on suivait de près les affrontements hispano-néerlandais dans et autour du delta de l’Escaut (1627-1640)

   Les moyens dont disposent les élites alphabétisées pour s’informer à l’aube des temps modernes sont, bien sûr, sans comparaison avec ceux de notre époque. Ils ne sont pas pour autant insignifiants. Les recherches d’Anne-Rieke van Schaik (Allard Pierson Museum et Université d’Amsterdam) viennent, à cet égard, attirer notre attention sur ce média alors nouveau et en pleine expansion que constitue la cartographie narrative [1].

   Celle-ci s’avère des plus idoines pour certaines catégories d’événements, particulièrement ceux dont la relation gagne à être inscrite un contexte géographique: guerres, incendies, inondations… Sont ici étudiés les affrontements qui ont opposé les forces espagnoles et hollandaises – pour faire simple – dans et autour du delta de l’Escaut entre 1627 et 1640.

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Coups de tarets et impasses à la Côte

Dans les années 1730, les mollusques xylophages se sont attaqués aux infrastructures portuaires d’Ostende. Les mesures des autorités ont permis de sauvegarder les digues, mais non les écluses de Slyckens qui se sont effondrées en 1752. Les conflits d’intérêts ont bloqué toute décision avant que le pouvoir central impose des réformes (1720-1770)

   Redoutables pour l’économie maritime, les tarets, ces mollusques bivalves qui s’attaquent aux bois immergés, ont proliféré dans les années 1730 au long des côtes belge et néerlandaise actuelles. Capables en 300 jours de faire perdre à un bloc de pin la moitié de son poids et davantage encore de son volume, les xylophages ont posé aux sociétés un défi d’envergure, relevé bien ou mal selon les cas, ce qui ne fut pas sans retombées politiques dans le comté de Flandre. Une étude de Michael-W. Serruys (Vrije Universiteit Brussel) nous permet aujourd’hui d’en prendre la pleine mesure [1].

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Les œuvres coulées du bronzier bruxellois

Bronzier et orfèvre au service de Charles de Lorraine, Michel Dewez a notamment travaillé à la salle d’audience et au grand salon du palais du gouverneur général, avant de tomber en disgrâce en même temps que son frère l’architecte Laurent. Rares sont ses œuvres à avoir survécu aux troubles révolutionnaires (1773-1789)

   A Bruxelles au cœur du quartier royal, non loin de la place du même nom, s’élève le palais de Charles de Lorraine, témoin, certes transformé au fil du temps, des plus hauts fastes du XVIIIe siècle. De la salle d’audience aménagée par le gouverneur général des Pays-Bas méridionaux, qui ne put toutefois l’achever, l’historien d’art Reinier Baarsen (Université de Leyde,  Rijksmuseum Amsterdam) écrit qu’elle constitue « une sorte d’apothéose des réalisations des artistes et des artisans » de nos régions à l’époque et même « une des pièces les plus prodigieuses créées en Europe à la fin de l’Ancien Régime » ainsi qu’ « une brillante démonstration des fruits d’un gouvernement bienveillant » .

   Comment, pour parvenir à pareille réussite, se sont noués les rapports entre les métiers de la création et leurs clients ou mécènes des élites dirigeantes ? C’est ce que vient éclairer une étude de cas due à Kevin Brown, « chercheur indépendant » vivant en Ecosse, ce qui n’est pas sans lien avec le sujet [1].

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« Amadis » , chevalier modèle et phénomène éditorial

La célèbre romance ibérique a connu pas moins de 66 éditions néerlandaises en 80 ans, la première par l’imprimeur anversois Martin Nuyts en 1548. Mais le récit qui fascina le Don Quichotte de Cervantes eut aussi ses contempteurs. L’humaniste Juan Luis Vives le fit figurer parmi « les livres pestilentiels » (XVIe-XVIIe siècles)

   Faut-il y voir une illustration de cette « première globalisation » que des historiens font survenir à partir de 1500 environ ? Toujours est-il qu’à cette époque, la littérature en provenance du monde ibérique se répand comme traînée de poudre, non seulement dans nos Pays-Bas, alors liés politiquement et commercialement à l’Espagne, mais aussi dans d’autres espaces, français notamment.

   Les imprimeurs et les traducteurs constituent, bien sûr, la principale courroie de transmission culturelle. Et le centre européen par excellence à cet égard n’est autre qu’Anvers. On y touche le sommet avec la diffusion de l’Amadís de Gaula (Amadis de Gaule), célèbre roman de chevalerie dont l’origine demeure discutée. Sa plus ancienne édition/adaptation connue, due à l’écrivain Garci Rodríguez de Montalvo, est datée de 1508, à Saragosse. De cette œuvre, Rita Schlusemann (Institut für Deutsche und Niederländische Philologie, Freie Universität, Berlin) a retracé le parcours remarquable en terres néerlandophones [1].

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Le poète et le peintre au service de la fertilité dynastique

Les tableaux mythologiques de Titien, inspirés d’Ovide et destinés à Philippe II après son mariage avec Marie Tudor, sont animés par la conviction que les effets de l’art s’exercent sur l’imagination, l’âme et le corps. Le peintre a pris en compte la place d’Eros dans un cadre nuptial et l’importance de la beauté pour la fécondité (1550-1575)

   Roi d’Espagne et des conquêtes américaines et asiatiques, seigneur de nos Pays-Bas, régnant également sur le Portugal, Naples et la Sicile, par ailleurs duc de Milan, comte de Bourgogne et de Charolais, sans oublier quelques postes fortifiés en Afrique du Nord, Philippe II fut aussi, par son mariage avec Marie Tudor en 1554, Roi consort d’Angleterre. Cet événement, qui peut nous paraître insolite aujourd’hui, ne pouvait échapper à l’illustre Tiziano Vecellio, Titien en français, peintre de plusieurs cours mais principalement de celle des Habsbourg depuis 1530 environ.

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Des martyrs inconnus chez les capucins de Bruxelles

De leur établissement supprimé sous le régime français demeurent notamment deux toiles de Gaspar de Crayer représentant les saints Agapit et Florent, inconnus au bataillon hagiographique. Avec d’autres, ils avaient été ramenés des catacombes romaines pour doter les frères mineurs d’un haut lieu spirituel (XVIIe-XVIIIe siècles)

   Quelle mouche a piqué Gaspar De Crayer, disciple de Rubens (1582-1669) – ou ses commanditaires – pour qu’il consacre deux toiles à deux saints dont on n’avait guère ou pas du tout souvenir, même à son époque ? A l’origine, les œuvres appartenaient à la communauté des capucins de Bruxelles. Elles sont conservées aujourd’hui aux musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) et ont fait récemment l’objet d’un travail de restauration, occasion pour Lara de Merode, diplômée de l’Université libre de Bruxelles, d’en retracer le cheminement [1].

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Les animaux dans la ville, quelle histoire!

Amies ou utiles, ennemies ou esclaves, les bêtes couraient les rues sous l’Ancien Régime. Focale sur les relations entre la faune et l’homme à Liège et à Namur, de l’éloignement ou l’abattage des espèces nuisibles ou alimentaires à l’adulation des compagnons à poils et à plumes dans la sphère privée (XVIIe-XVIIIe siècles)

   Les archives des autorités locales, centrales et provinciales des villes de Liège et Namur contiennent la bagatelle de 134 règlements relatifs aux relations entre l’homme et l’animal rien que pour les XVIIe et XVIIIe siècles. C’est dans ce cadre géographique et chronologique que William Riguelle s’est attaché à éclairer les rapports anthropozoologiques en milieu urbain. Son livre, issu d’une thèse soutenue à l’Université catholique de Louvain, prend appui sur la plus grande diversité de sources possible [1].

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Pilleurs de troncs, gibier de potence

Pris en flagrant délit dans une église de Dinant aujourd’hui disparue, trois « étrangers » vivant de rapines de ville en ville ont payé de leur vie leur vol considéré comme un sacrilège. L’instruction judiciaire a mis en lumière leur vaine recherche d’un métier stable, suivie de leur errance de hors-la-loi sans frontières (1698)

   Dans le fonds de l’échevinage de Dinant, déposé aux Archives de l’État à Namur, sont contenues les pièces du procès de trois pilleurs de troncs pris en flagrant délit dans la « bonne ville » alors liégeoise, à la fin du XVIIe siècle. De ces archives, Pascal Saint-Amand, animateur à la maison du Patrimoine médiéval mosan, a tiré les riches enseignements, tant sur le fonctionnement de l’appareil judiciaire que sur le profil social des aigrefins du temps [1].

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Des échevins et leurs sceaux dans le temps

Chacun d’eux avait le sien. Garants de la validité des actes, ils témoignent de l’imagerie et de la symbolique d’une époque ainsi que de l’art des graveurs qui atteint son apogée au XIVe siècle. Il y a plus de cent ans, Albert Huart avait retrouvé et décrit ceux de la Ville de Namur. Son travail est aujourd’hui complété par René Laurent (XIIIe-XVIIe siècles)

   Ancêtres de nos tampons modernes – avant nos signatures numériques –, les sceaux ont servi longtemps de garants de la validité des actes sur lesquels ils étaient apposés. Leur usage à tous les niveaux de pouvoir, ainsi que ce qu’ils révèlent des représentations de leurs contemporains, confèrent tout son intérêt au riche ensemble des photographies de moulages de la collection des Archives générales du Royaume (AGR), aujourd’hui accessible en ligne [1]. Intérêt aussi, dans le cas plus particulier de Namur, du travail accompli par un érudit dès le début du siècle dernier et poursuivi ces dernières années par un autre: il nous ouvre l’instructive série des sceaux des échevins de la Ville au Moyen Age et aux premiers Temps modernes [2].

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