Belge, Européen, Eurégional…: ce sacré Charlemagne

Charlemagne Ce n’est pas sans raison qu’une statue équestre de Charlemagne se dresse à Liège, au boulevard d’Avroy, comme à Paris, sur le parvis de Notre-Dame, pour ne citer que ces lieux emblématiques. A des titres divers, le roi franc devenu empereur s’est vu ou se voit encore octroyer un rôle de pionnier, voire de père, de la Belgique ou de la France mais aussi de l’Allemagne, de l’Europe, de l’Occident chrétien… « Un padre dell’Europa » est le sous-titre de la biographie qu’Alessandro Barbero lui a consacrée en 2000 (trad. franç. Payot, 2004). Devenue moins fréquente aujourd’hui, son instrumentalisation dans les constructions historiques nationales a fait florès au XIXè siècle. Une série d’études, réalisées à l’occasion du 1200è anniversaire de la mort de cette figure tutélaire, en témoigne pour la Belgique [1].

   Au même titre que Godefroi de Bouillon, Philippe le Bon ou Charles Quint, le fils de Pépin le Bref prend place dans la galerie de nos grands ancêtres. Un écueil toutefois: sa naissance en terres aujourd’hui belges n’est nullement attestée (et même improbable pour les médiévistes actuels). Catherine Lanneau (Université de Liège), qui a centré ses recherches sur les ouvrages de vulgarisation, épingle notamment la manière dont Théodore Juste, qui façonna notre « roman national » après 1830, bottait en touche sur le sujet. Tout en admettant avec Eginhard qu’on ne peut situer le lieu où Charlemagne vit le jour, il ajoutait que « les traditions populaires suppléent heureusement au silence des chroniqueurs » et permettent de le rattacher « au pays qui avait été le berceau de sa famille« , celui des Pépin de Herstal, des Charles Martel et autres Pépin le Bref. Ferdinand Henaux, tenant de l’histoire romantique, allait plus loin encore en faisant naître Charlemagne au palais de Liège, mais il s’attira des critiques pour avoir poussé le bouchon un peu trop loin!

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Des pétitions foutrement moyenâgeuses

pétitions,comté de flandre,communes   « Pardonnez-moi, Prince, si je / Suis foutrement moyenâgeux« , chantait Brassens. Il aurait pu le dire aussi de ces écrits pour lesquels notre signature est fréquemment sollicitée et par lesquels une plainte ou une demande est adressée à telle ou telle autorité. Rien de plus ordinaire de nos jours que le recours à la pétition comme mode d’action politique. La Constitution belge (article 28) comme la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (article 44) en font un droit qu’organisent notamment les règlements de nos diverses assemblées parlementaires. Mais combien savent que cet instrument si familier l’était déjà au temps des cathédrales ?…

   Les historiens ont mis en évidence depuis belle lurette les formes et procédures par lesquelles, individuellement ou collectivement, oralement ou scripturalement, des requêtes pouvaient être transmises au prince ou à d’autres détenteurs de pouvoir dans l’Europe médiévale. Jan Dumolyn (Université de Gand) a ainsi récemment analysé le contenu des écrits pétitionnaires particulièrement florissants dans le comté de Flandre à la fin du XIIIè siècle [1]. Sans doute leur croissance alors significative n’est-elle pas étrangère à la récession économique, particulièrement sensible en milieu urbain, qui caractérise cette période où s’affirment en outre les corporations d’artisans désireuses de participer au pouvoir communal.

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