Quand le pays de Herve et les Limbourgs étaient sans frontières

Un système interrégional de commerce et de transport faisant usage des bêtes de somme les a traversées entre le sud de l’actuel Limbourg hollandais et le plateau hervien au sens très large. La scission des Pays-Bas au XVIè siècle n’avait pas brisé l’unité de ces contrées. Mais le chemin de fer a mis fin aux anciennes formes de mobilité (XVIIIè-XIXè siècles)

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Fermier avec un cheval de bât sur un chemin de campagne, gravure de Jan Van de Velde (II), 1639-1641. (Source: Collectie Rijksmuseum Amsterdam; n. 1 (mémoire), p. 25)

   Si le bocage caractérise de nos jours le pays de Herve, il n’en alla pas toujours ainsi dans le passé. Le plateau et ses environs ont, en fait, connu à partir du XVIè siècle un lent changement de physionomie lié à ce qu’on appelle parfois la première mondialisation (mais il y a de la concurrence!). Le commerce des céréales à meilleur marché en provenance des pays de la Baltique, dont Amsterdam était devenu la plaque tournante, a contraint à des réorientations de la production locale jusque dans les régions les plus éloignées. Les Herviens furent ainsi de plus en plus nombreux à se transformer en éleveurs, une autre partie de la main-d’œuvre devenue disponible alimentant des industries nouvelles de la laine ou du métal.

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Où descend la haute société au XVIIIè siècle ?

Les quartiers articulés autour du Cantersteen sont au centre des loisirs des élites à Bruxelles à la fin du siècle des Lumières. Mais dans des parcs de la ville se pratique aussi la chasse, la marche à pied est une tendance émergente et les progrès accomplis en matière de pavage des routes incitent à se déplacer davantage « en province » (1760-1790)

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L’Allée verte, un haut lieu des promenades bruxelloises. D’après le dessinateur et peintre rotterdamois Dirk Langendijk, vers 1800. (Source: musée de la Ville de Bruxelles, https://www.coordinatiezenne.be/downloads/BXL_waterlopen-coursdeau/senne-bruxelles-ancien-parcours/fotolink2OK_historischefotos-kaarten-ill/viewer.swf)

   Où vit-on, que fait-on, comment se déplace-t-on, où se rend-on quand on appartient aux classes sociales les plus aisées dans la Bruxelles des dernières décennies du XVIIIè siècle ? Sans surprise – car est-ce tellement différent aujourd’hui ? –, les réponses à ces questions font rapidement ressortir une distribution de l’espace urbain entre ceux qui appartiennent à la haute société et les autres.

   Pour son mémoire de master en histoire présenté à l’ULB, Elodie Basso a quantifié et traité cartographiquement les données contenues dans les journaux personnels, les carnets, les mémoires ou la correspondance de six membres de l’élite ayant résidé dans la capitale économique, culturelle et politique des Pays-Bas autrichiens [1]. Résidant majoritairement à l’est de la Senne ou au sud-est de l’enceinte, les auteurs de ces ego-documents, quand ils se déplacent, se rendent pour l’essentiel dans les quartiers articulés autour du Cantersteen où la chercheuse voit le centre de « la probable carte mentale des élites » . C’est le lieu du luxueux hôtel d’Angleterre, des belles boutiques et des marchés, de la sociabilité et aussi de nombre d’activités professionnelles. Autour, dans un rayon d’environ 600 mètres, se trouvent la collégiale Sainte-Gudule, la Grand-Place et le palais du gouverneur général Charles de Lorraine. The places to be, dirait-on de nos jours… La palme revient sans doute au théâtre de la Monnaie, que fréquentent les auteurs des six sources analysées. « Son activité était si intense, rapporte Elodie Basso, qu’un règlement de circulation fut établi à ses alentours en raison du désordre provoqué par les carrosses des spectateurs » . Les pics de circulation se situent entre 9 et 10 heures du matin pour le travail, le culte, la promenade ou le shopping, entre 18 heures et 18 heures 30 sur les voies conduisant aux théâtres, aux salons ou aux dîners des nombreux notables qui tiennent table ouverte. Il fait calme entre 13-14 heures et 16 heures, temps du repas de midi volontiers prolongé. Après 18 heures, aucun déplacement pédestre de membres de la bonne société n’est recensé: la réputation d’insécurité des rues est bien établie.

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La naissance laborieuse des pianos « à la belge »

Leur fabrication chez nous a démarré plutôt petitement et, bien sûr, sous l’influence allemande. Le Tournaisien Henri-Joseph Van Casteel, établi à Bruxelles, a été le premier vrai pionnier. On note une croissance de la demande et du nombre d’entreprises, mais peu ou pas de brevets relatifs à une invention importante (1761-1851)

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La maison L. Hoeberechts & fils a duré presque un siècle, jusqu’en 1910. (Source: Must – Textielmuseum, Renaix; n. 1, cover)

    Pas de chauvinisme: c’est à des Allemands que nous devons l’implantation d’une industrie du piano, comme ce fut aussi le cas en France et en Angleterre. Et à en juger par l’étude que Pascale Vandervellen consacre à cette naissance, les anciens Pays-Bas méridionaux et la principauté de Liège ont démarré plutôt petitement [1]. Alors que les concepteurs du mariage du clavier et des cordes frappées – Cristofori, Marius, Schröter, Silbermann surtout – avaient accompli leur œuvre dès le premier quart du XVIIIè siècle, il faut attendre 1761 pour trouver chez nous la première mention d’un fabricant qui propose « des instruments pianoforte, qui sont des clavecins d’un genre nouveau » . Il s’agit, selon le journal Annonces et avis divers, de Fregfried, établi à Bruxelles mais d’origine allemande. Ses produits, de structure verticale, sont présentés comme plus maniables, plus harmonieux et se désaccordant moins facilement que leurs prédécesseurs à cordes pincées.

   Mais Fregfried ne semble pas s’être éternisé sous nos cieux. Et quelques années s’écoulent encore avant qu’en avril 1767, un article de la Gazette de Liége – simple homonyme de la Gazette actuelle née en 1840 – fasse état de la vente d’un « clavecin appelé pantalon » qui, d’après la description donnée, présente bien les mêmes caractéristiques que celles des pianos de Fregfried. Deux ans plus tard, le premier concert de piano attesté dans les provinces belges est donné par le compositeur liégeois Jean-Noël Hamal sur un instrument que son neveu a ramené de Rome. La digestion de la nouveauté est cette fois bien engagée. La même année 1769 voit s’établir à Bruxelles le Tournaisien Henri-Joseph Van Casteel, qui sera « le premier vrai pionnier » de la fabrication de pianos sous nos cieux. Maîtrisant parfaitement le métier qu’il a appris à Lisbonne, il bénéficie rapidement de la reconnaissance des musiciens bruxellois. Et il fait aussi des émules. Autre indice: à partir des années 1770, les premières partitions spécifiques pour piano sont éditées à Bruxelles.

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