L’université flamande, « un sacrilège obscurantiste »

La « demi-flamandisation » de l’Université de Gand en 1923 – avant celle, complète, de 1930 – s’est heurtée à une opposition résolue en Flandre comme en Wallonie. A Liège, corps académique, étudiants et diplômés se sont mobilisés contre une mesure jugée attentatoire au ciment intellectuel de la Belgique et à la liberté de l’institution (1918-1930)

   22 novembre 1918, onze jours après l’Armistice Le roi Albert Ier annonce dans un discours du trône une série de réformes majeures, parmi lesquelles la néerlandisation – on dit alors « flamandisation » – de l’Université de Gand. C’est peu dire qu’il y a là de quoi surprendre. La revendication n’est certes pas neuve et certainement pas incongrue: dans l’Empire austro-hongrois, cette soi-disant « prison des peuples » , les Tchèques ont eu à Prague une université dans leur langue dès 1880. Mais en Belgique, au sortir de la guerre, le projet est lourdement entaché de sa récupération par l’occupant allemand dans le cadre de la Flamenpolitik visant à scinder le pays.

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Le rêve d’un peuple de lecteurs

Des premières bibliothèques au XIXè siècle à l’animation de rue aujourd’hui en passant par la loi Destrée de 1921, la lecture publique s’est voulue formative autant qu’informative, dans le prolongement de l’école et de ses réseaux (1830-)

   Il y a un peu plus de cent ans était votée la loi Destrée organisant et finançant la lecture publique en Belgique. L’initiative privée comme politique avait toutefois précédé, et de loin, cette intervention du législateur en la matière. Un récent dossier du Centre d’animation et de recherche en histoire ouvrière et populaire (Carhop) est venu poser quelques jalons à cet égard [1].

   Dans le sillage de sa longue expérience acquise sur le terrain scolaire, le monde catholique apparaît à l’origine des premières bibliothèques, dès les années 1830-1840. Les « bons livres » y sont en principe destinés à tous mais de facto, lecteurs et lectrices proviennent surtout des classes instruites. Les sections gratuites destinées aux moins favorisés s’ouvriront plus tard, avec un succès variable, à mesure que s’élargira l’accès à l’école.

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Papy n’était pas un attentiste (2)

Entre 100 et 150.000 Belges de toutes tendances ont combattu l’occupant hors de l’armée régulière. Les hommes appartenant aux classes moyennes et à la fonction publique ont été proportionnellement les plus nombreux. Un guide aide à retrouver les résistants dans le dédale de sources pas toujours fiables ou accessibles sans condition (1940-1944)

   Dans sa dernière lettre à son épouse, avant son exécution le 31 août 1944, François De Kinder, chargé de mission par le gouvernement belge réfugié à Londres, écrivait: « J’ai toujours aimé faire un peu plus que mon devoir… Bien que je n’aie plus les illusions de la dernière guerre, je ne partage pas l’opinion de ceux qui essaient de traverser la présente tempête en faisant le moins de sacrifices possible » [1]. Le nombre des compatriotes qui, comme l’auteur de ces lignes, combattirent l’occupant, et ce de multiples manières, se situe dans une fourchette qui va de 100.000 à 150.000. Entre un sur dix et un sur sept (15.000) payèrent ce choix de leur vie. Quant au service opposé, celui de l’Ordre nouveau, qui pouvait lui aussi conduire à une issue fatale, quelque 100.000 Belges s’y engagèrent, à s’en tenir aux statistiques judiciaires.

   Il a été assez dit qu’il s’agit de minorités, dans un pays qui comptait 8,4 millions d’habitants en 1940. En valeurs absolues, il ne s’en agit pas moins d’une formidable multitude de destinées individuelles. Pour aider à la recherche sur ces dernières, deux guides précieux ont vu le jour ces dernières années. Après Papy était-il un nazi ?, ouvrons Papy était-il un héros ? [2], ouvrage que prolongera à l’avenir un nouvel outil, coordonné par le Centre d’études et de documentation Guerre et sociétés contemporaines (CegeSoma), pour lequel des données issues de plus de 72.000 dossiers personnels de résistants sont actuellement encodées [3]. Quant au « marais gris » que j’évoquais dans le premier volet de cette présentation – ceux qui se mettaient, autant que possible, à l’abri de la tempête, selon l’image de De Kinder –, Koen Aerts (CegeSoma, Université de Gand) m’a signalé qu’il travaille  aujourd’hui à en éclairer les différentes facettes.

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Papy n’était pas un attentiste (1)

Etait-il alors collaborateur ou résistant ? Plongée dans deux livres qui dressent un état global de la question et fournissent les outils pour retrouver la trace de ceux qui, à des degrés très divers, servirent l’occupant ou le combattirent. Deux minorités: moins de quatre Belges sur cent au total… (1940-1944)

   Sur ce que fut le lot des enfants de parents réprouvés pour avoir fait « le mauvais choix » pendant la Deuxième Guerre mondiale, nous savons l’essentiel depuis l’enquête de grande ampleur que leur a consacrée Koen Aerts [1]. L’historien, docteur de l’Université de Gand, a par ailleurs codirigé un ouvrage qui entreprend d’aider les héritiers de la faute à répondre aux questions qu’ils se posent sur le passé de leurs ascendants [2]. Questions restées sans réponses dans bien des familles où il ne convenait pas d’aborder le sujet…

   Ce guide pour la recherche et le traitement des sources éparses et complexes, précédé d’un aperçu global de la question, a l’ambition d’être utile à l’amateur comme au professionnel. Il a été suivi d’un autre, complémentaire et de même structure, consacré aux hommes et aux femmes de la Résistance [3]. J’en rendrai compte dans mon prochain article. L’un et l’autre de ces « modes d’emploi » sont arrivés à un moment clé, celui qui voit disparaître les derniers acteurs et témoins pouvant encore être interrogés (20 ans en 1940-1945 = 97 à 102 ans en 2022). Et cependant, « le nombre de demandes de précisions et d’explications est en perpétuelle augmentation » , signalent les auteurs du premier livre (p. 14).

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Belges ou Wallons d’abord ? La brouille des libéraux liégeois

Jusqu’à la fin des années ’60, la défense de l’unité belge est centrale dans le programme du Parti de la liberté et du progrès (PLP-PVV). Mais les adeptes du mouvement wallon constituent dans ses rangs une minorité non négligeable. Ouvertement ou à fleurets mouchetés, les deux tendances n’ont cessé de s’opposer (1945-1972)

   C’était en mars 1992. Jean Gol s’apprêtait à retrouver la présidence du Parti réformateur libéral (PRL, aujourd’hui MR) quand il me convia, en même temps que le chef du service politique d’un quotidien bruxellois bien connu, à un déjeuner dans un petit restaurant sis non loin du théâtre royal de la Monnaie. Au cours de l’entretien, il apparut vite que cette invitation avait pour but de nous sonder sur l’hypothèse d’un rattachement de la Communauté française de Belgique à la France. Car l’ex-ministre liégeois, qui avait percé dans la carrière sous les couleurs du Rassemblement wallon, était convaincu que la Flandre se rendrait sous peu indépendante. Et la seule issue viable pour les francophones, dans ce cas, était pour lui de s’intégrer à l’Hexagone. Tout ceci étant, bien sûr, off the record: le grand chef bleu se garda toujours de faire état publiquement de son option préférentielle, alors même qu’il nouait des contacts en ce sens dans les cénacles français.

   Difficile d’imaginer plus grand contraste qu’entre ce président-là et l’actuel, le jeune Georges-Louis Bouchez (6 ans en 1992!), qui arbore volontiers les couleurs nationales et n’a pas craint d’affirmer son regret de la Belgique unitaire. L’un et l’autre, l’ancien et le nouveau, ont été ou sont le reflet, aux deux extrémités, d’un clivage persistant parmi les élus et cadres libéraux, entre fédéralistes-unionistes (dont un petit noyau unitariste) et partisans d’une autonomie régionale ou communautaire maximale (dont un petit noyau rattachiste).

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Philippe II et les insurgés des Pays-Bas prêts à faire la paix

A l’initiative de l’empereur germanique Rodolphe II, les représentants du Roi et des Etats généraux se sont rencontrés à Cologne. Les commissaires impériaux ont fait la synthèse des positions en présence. La médiation a échoué, mais elle a aidé l’empire hispanique à avancer ses pions en Europe tout en sauvant les meubles dans nos provinces (1579)

   Née du soulèvement d’une opposition disparate à la tutelle espagnole, la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648), dont résulta l’indépendance formelle des Pays-Bas du Nord (Provinces-Unies), ne fut pas qu’un flux ininterrompu de combats. Bien avant la trêve de Douze ans (1609-1621), des tentatives de réconciliation jalonnèrent ces temps troublés.

   La pacification de Gand, en novembre 1576, avait été proche du but. En échange de l’allégeance réitérée des sujets à Philippe II, les troupes hispaniques se seraient retirées, les édits visant à contrer la diffusion du protestantisme auraient été suspendus et les Etats généraux convoqués. Mais le nouveau gouverneur général don Juan d’Autriche, désigné peu après, se heurta à l’opposition des élites du Brabant, de la Hollande et de la Zélande, avec Guillaume d’Orange pour figure de proue. Le règlement fut dès lors lettre morte et, déjà, apparurent les prémices du gouffre qui allait se creuser entre les Etats du Sud catholique, en lutte pour la restauration des coutumes garantissant leurs libertés, et le Nord soumis à l’influence croissante de la religion réformée.

  Même s’ils se soldèrent, eux aussi, par un échec, les pourparlers organisés à Cologne de mai à novembre 1579 méritent de retenir l’attention. Au regard d’Etienne Bourdeu (Université François Rabelais, Centre d’études supérieures de la Renaissance), ils ne furent, en effet, dénués ni de sens, ni d’utilité [1].

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Pourquoi nos rois arborent la Toison d’or

Tous ont été faits chevaliers de l’ordre. Mais bien qu’il ait été institué à Bruges par Philippe le Bon, le « Conditor Belgii » , ses branches actuelles sont autrichienne et espagnole. Et son trésor, évacué à Vienne en 1794, s’y trouve toujours. La « raison » européenne a fait taire les revendications belges (1832-)

   Depuis Léopold Ier, tous nos souverains ou héritiers du trône ont été faits chevaliers de la Toison d’or, à l’instar d’autres têtes couronnées. Sur cette singulière continuité, Gilles Docquier, historien et historien de l’art diplômé de l’Université catholique de Louvain, a présenté le fruit de ses recherches au Congrès des cercles francophones d’histoire et d’archéologie réuni à Tournai l’été dernier [1]. Selon les cas, la distinction fut octroyée par la branche autrichienne ou par la branche espagnole de l’ordre chevaleresque et nobiliaire institué par Philippe le Bon, à Bruges en 1430, pour servir Dieu et le Prince. Scindé depuis 1700 entre Vienne et Madrid, il demeure de nos jours après avoir connu maintes transformations.

   « Ces désignations royales, a expliqué l’intervenant, par ailleurs conservateur de la section d’histoire régionale et domaniale du Musée royal de Mariemont, font inévitablement écho aux circonstances politiques du moment, qu’il s’agisse d’un rapprochement entre la cour de Bruxelles et celle de Madrid, alors en difficulté, pour la nomination de Léopold Ier en 1835, ou dans le cadre d’une union dynastique, comme ce sera le cas, par exemple, pour le futur Léopold II en 1853 ou Baudouin en 1960 » . Albert II sera le seul à recevoir à la fois le collier autrichien (1962) et l’espagnol (1991).

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Une Bourgogne bougrement belge

Philippe le Bon et son chancelier Nicolas Rolin ont conjugué puissance politique et rayonnement culturel, avec l’ample contribution des artistes de nos anciens Pays-Bas. Les fastes de cour allaient de pair avec les rêves de croisade et l’attention aux souffrances humaines (1376-1462)

   Jan Van Eyck et Rogier Van der Weyden, bien sûr. Mais aussi les frères Limbourg et leur oncle Jean Malouel, Claus Sluter et Melchior Broederlam, les tapisseries tournaisiennes et le retable bruxellois d’Ambierle, des Christ souffrant et des Vierges de piété à satiété…: le visiteur belge ne se sent guère dépaysé au contact des joyaux de la Bourgogne, qu’il arpente le musée des Beaux-Arts de Dijon, la chartreuse de Champmol ou l’hôtel-Dieu de Beaune, entre autres. Ce dernier haut lieu, avec l’hôtel des Ducs et surtout la porte Marie de Bourgogne de la ville vinicole, accueillent actuellement et jusqu’au 31 mars une exposition articulée autour des figures du Conditor Belgii, de son (trop) hardi successeur et de son puissant bras droit [1].

   Sans surprise, les œuvres en provenance de nos régions sont nombreuses à séjourner à cette occasion dans le chef-lieu costalorien. On a pu dire que la culture bourguignonne fut en quelque sorte absorbée par celle des anciens Pays-Bas, qui englobaient une grande partie de l’espace belge actuel, de même que Bruxelles éclipsa progressivement Dijon comme résidence ducale. La principauté de Liège, certes, eut maille à partir avec cet ensemble et sa capitale fut anéantie par le Téméraire en 1468, de même que Dinant en 1466. C’est néanmoins à un valeureux Liégeois, Philippe George, conservateur honoraire du Trésor de la Cité ardente (cathédrale), qu’ont été confiés le commissariat général, la coordination scientifique et la scénographie de l’exposition.

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Sur les traces du national-socialisme

Le château de Wégimont transformé par la SS en « usine à bébés » aryens. Les premières infrastructures de l’aéroport militaire de Melsbroek construites par les Allemands. Le quartier chic de Schaerbeek où vécut la future Madame Goebbels avec sa mère et son (beau-)père juif… (1906-1945)

   Les visiteurs qui, pendant la belle saison, s’égaient au domaine et aux attractions du château de Wégimont (Soumagne), aujourd’hui propriété de la Province de Liège, sont très loin pour la plupart d’imaginer de quoi ces lieux enchanteurs furent le théâtre pendant la Seconde Guerre mondiale. Sous l’égide de l’organisation Lebensborn ( « Fontaine de vie » ), créée et dirigée par la SS, l’occupant allemand installa ici un véritable haras humain, sous le nom de Heim Ardennen ( « maison ou maternité des Ardennes » ), rebaptisé par la population locale « l’usine à bébés » – aryens, bien entendu.

   Cet épisode constitue un des volets du documentaire par lequel RTL TVI, avec l’aide d’une série de journalistes et d’historiens (dont votre serviteur), a entrepris de cheminer sur les traces du national-socialisme en Belgique [1]. Les futures mères accueillies dans la pouponnière soumagnarde pouvaient être des jeunes femmes qui, ayant « fauté » avec un grand blond aux yeux bleus, trouvaient ici la possibilité d’accoucher dans l’anonymat qui les mettaient à l’abri de l’opprobre. Mais il pouvait aussi s’agir de partisanes du Grand Reich venues s’accoupler avec l’un ou l’autre de ses militaires ou serviteurs, Himmler ayant encouragé ceux-ci à procréer abondamment, y compris hors des liens du mariage. De quoi accréditer l’idée que les institutions du Lebensborn furent – aussi – des bordels nazis. La syphilis fit des ravages à Wégimont, frappant même l’adjoint de l’officier placé à sa tête, le commandant Pletsch, qui la transmit à une dactylo, alors qu’une cuisinière belge en infecta un sergent SS flamand…   

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« Le passé belge », du blog au livre

A deux jours près, il y a exactement cinq ans (le 13 décembre 2016) que paraissait le premier article du blog « Le passé belge ».

Cet anniversaire coïncide avec la publication d’un premier volume imprimé. Régulièrement, en effet, des lecteurs m’ont fait part de leur souhait de disposer de la matière ici rassemblée sur un support physique, avec le confort de lecture et la durabilité certaine qui lui sont liés. On trouvera dans ce livre 140 chapitres, mis à jour quand cela s’imposait, regroupés autour de grands thèmes (figures, religion, politique, économie-social, vie quotidienne…), à l’intérieur desquels l’ordre chronologique est suivi.

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